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Comment la guerre commerciale entre Washington et Pékin montre les tensions internes du parti communiste chinois

En Chine, la gestion du conflit commercial avec les Etats-Unis provoque des dissensions au sein du Parti communiste chinois. Beaucoup critiquent une position chinoise trop nationaliste qui aurait eu pour effet de durcir la position des Etats-Unis vis-à-vis de Pékin.

Bras de fer

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Comment la guerre commerciale entre Washington et Pékin montre les tensions internes du parti communiste chinois

 Crédit Greg Baker / AFP

Atlantico : De nombreux économistes et intellectuels estiment que la position actuelle de la Chine a été trop stricte dans sa politique de guerre commerciale et que les dirigeants ont clairement mal jugé la situation.  Autre élément de discorde, une exagération de la force économique, technologique et militaire du pays par certaines institutions chinoises qui auraient influencé les perceptions américaines, et même les opinions nationales.   Quelle rupture la guerre commerciale croissante avec les Etats Unis a-t-elle révélée au sein du Parti communiste chinois ?

Emmanuel Dubois de Prisque : Il existe au sein de l'élite chinoise  un courant libéral favorable à une évolution progressive de la Chine vers un système proche de celui des Occidentaux. Ce courant ne croit pas à une voie de développement originale chinoise et doute des ressources que la culture chinoise serait susceptible de fournir à la Chine contemporaine dans sa lutte pour la prééminence mondiale. Depuis l'arrivée de Xi Jinping, ce courant est mis sous le boisseau. Des sites ont été fermés, des revues reprises en main par les conservateurs, des think tanks liberaux harcelés par les autorités. Avec l'arrivée de Xi, les points de vue critiques sont soumis à une censure stricte. Au-delà du constat, il n'est pas évident de comprendre cette évolution : l'extinction des voix libérales correspond-elle à un renforcement du régime ou au contraire à une crispation d'un régime aux abois?Je l'ai déjà noté ailleurs, mais bizarrement, tout se passe comme si les craintes et le triomphalisme du régime se développaient de conserve, comme chez un individu maniaco-depressif, avec une ampleur des cycles hauts et bas de plus en plus grande. Depuis la crise financière de 2008, et donc bien avant l'arrivée de Xi Jinping à la tête du Parti fin 2012, les dirigeants et l'opinion chinoise étaient entrés dans une phase haute. Ils avaient  globalement le sentiment d'être installés dans le sens de l’histoire, alors que l'Occident était irrémédiablement en déclin. La vigoureuse offensive de Donald Trump a brutalement mis fin à ce cycle. Il existe en Chine une fascination pour l'homme fort, qui obtient ce qu'il veut en roulant des mécaniques. Face au très policé Obama, c'est Xi qui incarnait cette figure. Mais aujourd'hui, c'est Trump qui l'incarne face à un Xi Jinping qui semble sur la défensive. C'est dans ce contexte que quelques voix critiques ont pu s'exprimer, remettant en cause la posture triomphaliste, voire agressive du Parti, et appelant même à un retrait de Xi. Ces quelques voix, malgré l'écho qu'elles trouvent dans une partie de l'élite chinoise, suffiront-elles à fragiliser l'emprise de Xi sur le Parti et donc sur le pays dans son ensemble? C'est peu probable. 
 
Barthélémy Courmont : Les débats au sein de l'appareil politique chinois autour de cette question ne datent pas d'hier, et opposent des libéraux, favorables à une ouverture économique accrue de la Chine en arguant qu'il s'agit de la base de son développement, à des nationalistes - ou conservateurs - inquiets des risques d'occidentalisation et sensibles à un principe de contrôle accru des importations. Aux Etats-Unis, on est parfaitement informé de ces dissonances au sein de l'Etat-parti, et c'est sans doute ce qui a motivé l'administration Trump à provoquer une guerre commerciale, dans le but de négocier des accords plus profitables à Washington en misant sur les divisions chinoises. Mais il convient de rester prudent quant aux conséquences de ces dissonances, qui restent assez logiques dans un tel contexte. 
 
 
Commentaires

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  • Par Liberte5 - 10/08/2018 - 17:09 - Signaler un abus 30 ans de complaisance de l'occident envers la Chine

    De favoritisme , de passe droit, ont convaincu les Chinois qu'ils allaient devenir les maîtres du monde.Ils avaient raison. Mais voilà, un grain de sable, D. Trump est venu enrayer cette trajectoire. Et d'un seul coup les Chinois comprennent que la partie va être plus difficile dorénavant. L'Europe toujours béate et soumise , ne bouge pas et se laisse exploiter de façon éhontée par la Chine. L'Allemagne tire son épingle du jeu , mais la France laisse des plumes dans ces accords biaisés.

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Barthélémy Courmont

Barthélémy Courmont est maître de conférences l’Université Catholique de Lille, directeur de recherche à l’Iris, et rédacteur en chef de Monde chinois, nouvelle Asie. Il est l'auteur de L’énigme nord-coréenne (Presses universitaires de Louvain) et Mémoires d’un champignon. Penser Hiroshima (Lemieux éditeur).

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Emmanuel Dubois de Prisque

Emmanuel Dubois de Prisque est chercheur associé à l'Institut Thomas More et co-rédacteur en chef de la revue Monde chinois nouvelle Asie.

 

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