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Guerre commerciale : pourquoi les barrières imposées par Donald Trump à la Chine risquent de produire l’effet inverse à celui recherché

La structure économique chinoise, avec une consommation fragile, pourrait réagir inversement aux objectifs recherchés par Donald Trump, c'est à dire une croissance plus importante des importations chinoises en provenance des Etats Unis.

Excès d’épargne chinois

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Guerre commerciale : pourquoi les barrières imposées par Donald Trump à la Chine risquent de produire l’effet inverse à celui recherché

 Crédit JOE RAEDLE / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Atlantico : Alors que la guerre commerciale opposant Chine et Etats-Unis suit son cours avec l'annonce par l'administration Trump de la mise en place de droits de douane de 25% sur 50 milliards de dollars d'importations en provenance de Chine, quels sont les risques de voir cette pratique avoir des résultats opposés à ceux recherchés ? En quoi la structure économique chinoise, avec une consommation fragile, pourrait réagir inversement aux objectifs recherchés par Donald Trump, c'est à dire une croissance plus importante des importations chinoises en provenance des Etats Unis ? 

Christophe Dembik : La « guerre commerciale » est un jeu à somme nulle.

Personne n’en sortira gagnant. L’attitude la plus sage serait même, dans une certaine mesure, de ne pas sur-réagir en imposant à son tour des mesures protectionnistes qui pourraient entrainer de nouvelles représailles et, au final, un cercle vicieux impactant négativement la commerce internationale et, par corollaire, la croissance mondiale. 

L’une des accusations assez régulières de l’administration Trump, pour légitimer son action, est de souligner que la Chine dévalue abusivement sa monnaie afin de soutenir le secteur des exportations et donc son économie. C’est faire complètement abstraction de la rapide transformation à l’oeuvre de l’économie chinoise. La part de l’investissement en pourcentage du PIB a chuté d’un point haut de 47% en 2013 à 43% fin 2017 tandis que la part de la consommation a augmenté de 36% à 39% sur la même période. A terme, si la Chine suit l’évolution des autres économies émergentes, on peut anticiper que la part de l’investissement chute vers 35% et que la part de la consommation se rapproche de 50%, ce qui implique d’importantes réformes à mener. 

En outre, le modèle tourné vers les exportations est désormais moins crucial pour l’économie. Les exportations ne représentent plus que 18% du PIB chinois contre près de 35% en 2007. Pour l’année dernière, les exportations nettes n’ont contribué qu’à hauteur de 9% à la hausse du PIB, ce qui montre bien qu’elles ne sont plus le moteur principal de la croissance chinoise. Ces résultats n’ont pas été faciles à obtenir et il est peu probable que la Chine décide de faire marche arrière, tant les sacrifices consentis ont été importants. Ce qu’ont bien compris les autorités chinoises, c’est que plus ce processus de transformation de l’économie prendra du temps, plus la question de la soutenabilité de la dette du pays sera problématique. Les turbulences commerciales actuelles ne changeront rien à la voie tracée par la Chine qui consiste à poursuivre rapidement la montée en gamme, à être moins dépendant des exportations et à développer un vaste marché de consommation autour d’une classe moyenne qui a pu se développer grâce à la mondialisation économique et financière. 

 
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  • Par LouisArmandCremet - 18/06/2018 - 13:43 - Signaler un abus Déséquilibre

    La situation actuelle avec la Chine, ne doit pas masquer le fait que depuis son entrée dans l'OMC une vraie relation déséquilibrée s'est construite avec ce pays. Relation déséquilibrée tant dans les conditions juridiques, économiques et monétaires. Je n'arrive toujours pas à comprendre que les pays occidentaux aient pu accepter des conditions pour accéder au marché chinois qui a permis à des entreprises mi-d'état, mi dans les mains de potentats, de siphonner le savoir faire technologique de nos entreprises tout en ouvrant grand nos marchés aux produits chinois à bas coût. La Chine a maintenu cette politique monétaire extrêmement déséquilibrée, ce qui a eu pour conséquence de siphonner aussi par ailleurs une partie importante de l'épargne des pays occidentaux. Bref, juste pour avoir des produits pas chers à court terme, nous avons accepté de donner sur un plateau d'argent une grosse partie de notre avance technologique et de nos capitaux. Nous avons eu sur le coup des produits bon marché mais à long terme nous avons détruit une grosse partie de notre industrie. Les industriels voraces ont déchanté trop tard quand ils ont vu leur "partenaire" chinois les concurrencer avec leur techno

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Christopher Dembik

Avec une double formation française et polonaise, Christopher Dembik est diplômé de Sciences-Po Paris et de l’Institut d’Economie de l’Académie des Sciences polonaise. Il a vécu cinq ans à l’étranger, en Pologne et en Israël, où il a travaillé pour la Mission Economique de l’Ambassade de France et pour une start-up financière. Il est responsable de la recherche économique pour le Groupe Saxo Bank. 

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