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Il faudrait mettre la Grèce
sous tutelle, mais on ne peut pas

"La dette grecque est maintenant hors de contrôle", c'est le constat accablant d'une commission d'experts nommée par le ministère des Finances grec. Certains envisagent, pour le salut de la zone Euro, de mettre la Grèce sous tutelle. Est-ce seulement possible ?

Dernière chance ?

Publié le

Atlantico : Comment expliquer que la Grèce, même avec l’appui du Fonds de soutien européen, ne puisse toujours pas restaurer l’état de ses finances ? 

Nicolas Bouzou : Les Grecs connaissent une forte récession. L’arithmétique d’une dette est assez simple : on ne peut la rembourser que lorsque les recettes fiscales (taux de croissance économique plus inflation) sont supérieures aux taux d’intérêts.

En France, on a une croissance économique d’une moyenne d’1,5% et une inflation de 2%, cela fait des recettes fiscales qui augmentent de 3,5% par an. Les taux d’intérêts sur la dette étant autour de 3%, nous sommes à la limite mais cela reste supportable.

La Grèce connait aujourd’hui une récession de 5%. Cela veut dire que même si on leur prêtait de l’argent à un taux d’intérêt zéro, ce qui n’est bien sûr pas le cas, sa dette continuerait d’augmenter mécaniquement. Or, la Grèce, si elle s’endette aujourd’hui sur les marchés, s’endette à 15 ou 20% et quand elle s’endette auprès du Fond de soutien européen, c’est à un taux moyen de 5%.

Le comité d’experts a raison. A l’heure actuelle, la dette de la Grèce est insoutenable. Au minimum, si l’on était sérieux, il faudrait que le Fonds de soutien prête à la Grèce sans intérêts.

 

En quoi le fait que la dette grecque soit "hors de contrôle" est-il une menace pour l’Union européenne ?

C’est une menace pour l’Union européenne parce que les banques ont passé des dépréciations d’actifs sur la Grèce qui, je crois, ne sont pas assez suffisantes. C’est d’ailleurs l’idée qui est en train de tourner dans la tête des régulateurs internationaux. A partir du moment où la dette grecque est hors de contrôle, cela veut dire que l’on va avoir un défaut, sur une partie de la dette grecque, supérieure a ce qui a été provisionné, déprécié par les banques. Pour les créanciers de la Grèce, c’est quand même un vrai sujet d’inquiétude.

Dès le début de cette affaire, il aurait fallu prêter à la Grèce des sommes extrêmement importantes à des taux d’intérêts nuls. Plus on attend, plus cela sera compliqué à faire.

 

La dernière solution serait-elle de mettre la Grèce sous tutelle ?

Idéalement, oui, il faudrait mettre la Grèce sous tutelle. Mais on ne peut pas car les traités ne le prévoient pas. Théoriquement, on pourrait procéder de la même manière qu'en France où les collectivités locales peuvent être mises sous tutelle de l’Etat. L’Etat les financerait et les gèrerait totalement. En théorie, cela pourrait se passer comme cela mais comme l’intégration européenne en termes économique et financier n’est pas allée très loin, on a de grosses difficultés à intervenir sur le budget grec.

Là où il faut agir aujourd’hui, c’est plus sur la question de la croissance que sur celle du budget. Les Grecs, contrairement à ce que l’on peut dire, ont fait énormément d’efforts. Il est difficile de leur demander aujourd’hui d’aller plus loin en termes d’austérité. On voit bien que cela a, en plus, des effets négatifs sur la croissance.

 

Existe-t-il, selon vous, une solution efficace et rapide à prendre pour venir en aide à la Grèce ?

La Banque centrale européenne pourrait intervenir sur le marché des changes de manière à faire baisser l’Euro. Si vous faites baisser l’Euro de 20%, il est sûr que la croissance en Grèce, très assise sur le secteur touristique, repartira. Il faut jouer là-dessus pour faire repartir les recettes fiscales.

Politiquement, c’est très compliqué, des pays comme l'Allemagne s'y opposerait fortement. En Europe, Il y a une partie des pays qui a du mal à exporter avec une monnaie forte (les pays méditerranéens, dont la France) et une autre partie (Allemagne, Pays-Bas, Autriche) qui y arrive et qui, par conséquent, peuvent importer des biens de consommation et des matières premières, dans des monnaies qui ont dévaluées. Il faut faire comprendre à nos amis allemands que la survie de la zone Euro passe par un redémarrage de la croissance dans les pays qui sont aujourd’hui en perte de compétitivité.


Les décisions prises, jusqu'à présent, par les gouvernement européens vous paraissent-elles suffisantes ?

On est allé de déceptions en déceptions. On a toujours l’impression que les gouvernants n’ont pas pris la mesure de la crise. La dernière réunion Sarkozy-Merkel en est la preuve. Il aurait fallu des mesures techniques à prendre rapidement comme les euro-obligations ou comme l’expansion du Fonds de soutien européen. Au lieu de cela, des mesures extrêmement « cosmétiques » sont sorties des différents sommets organisés, comme la création d’un conseil d’un conseil des ministres des finances européens, qui, au passage, existe déjà.

Je souhaite que les gouvernants européens prennent enfin des décisions précises que l’on puisse appliquer rapidement.  Le contraire équivaudrait à renforcer le mal.

 
Commentaires

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  • Par bobocleaner - 03/09/2011 - 09:43 - Signaler un abus Mettre un pays sous tutelle d'une institution non démocratique ?

    en dehors de l'ineptie économique plus que démontrée de la tntative de sauvetage d'un pays étranglé par une monnaie inadaptée cela serait envisager des violnces et paradoxlement donner à l'Europe le rôle du bouc émissaire. Qu'on laisse la Gréce faire défaut et revenir à la drachme . Ensuite scindons l'euro et que on écoute enfin ceux qui ont dit la vérité sur cette affaire.

  • Par JMP33 - 03/09/2011 - 09:50 - Signaler un abus @bobocleaner

    Une fois n'est pas coutume ... je suis d'accord avec Vous ! Et au fait, DSK super économiste français mondial se serait-il fourvoyé également sur ce dossier ? On le présente comme une pointure. Pour ma part, j'ai plutôt l'impression que c'est juste un pied, et le mauvais en plus, celui qui rend de mauvaise humeur le matin !

  • Par HR - 03/09/2011 - 10:20 - Signaler un abus Oui mais

    Il faudrait une Union Européenne fédérale et démocratique. La majorité des citoyens de l'Union Européenne étaient d'accord jusqu'à récemment. Les bureaucraties nationales sont parvenues à l'empêcher avec leur "Constitution Européenne" qui n'était pas une Constitution mais un traité. Mais aujourd'hui? Est-ce encore possible?

  • Par GBCKT - 03/09/2011 - 10:35 - Signaler un abus A chaque technicien sa solution, ce sera cher.

    Celle du fonds européen, faites accepter aux Français que cela signifie de doubler le coût de leurs emprunts au profit des grecs et autres espagnols, et un peu d'eux-mêmes. L'euro un bidule sans pilote fait pour tenir un temps restreint par mer calme, on l'étend à tout va pour le rendre encore plus instable, on y viole joyeusement les règles que l'on édicte. A la caisse pour payer la casse!

  • Par Lepongiste - 03/09/2011 - 11:27 - Signaler un abus Cette Graisse doit fondre et faire place aux muscles !!

    Pour cela un seul remède même si cette graisse est antique ... La lipoaspiration douce et mutualisée par les créanciers Européens !!

  • Par rue102361 - 03/09/2011 - 11:53 - Signaler un abus le 29 mai 2005, les francais etaient au courant .

    Qu'on aller trop loin pour le moment.

  • Par Ex abrupto - 03/09/2011 - 16:21 - Signaler un abus Efforts

    Les grecs ont fait beaucoup d'efforts? En particulier sur l'augmentation de la fraude fiscale???

  • Par patrickg64 - 03/09/2011 - 17:08 - Signaler un abus Vous ne connaissez pas la Grèce...

    La Grèce a toujours eu un déficit commercial énorme, même avec leur drachme faible. Ils n'ont pas besoin d'une dévaluation, ils ont besoin d'un Etat digne de ce nom, avec moins de corruption, des fonctionnaires compétents un point c'est tout. Ce n'est pas tant les traités qui empêchent la mise sous tutelle (l'article 125 TFUE interdit le FESF par ex.), que le bon sens politique.

  • Par vangog - 03/09/2011 - 23:01 - Signaler un abus La grèce doit changer pour éviter l'effet domino!

    Nicolas Bouzou se trompe en cherchant des recettes extérieures à la Grèce pour solutionner son déficit abyssal. C'est aux Grecs eux-mêmes de se responsabiliser, et de ne plus choisir ses politiciens parmi les Sociaux-démagogues du passé. Après avoir ponctionné du pays tout ce qu'il pouvaient ponctionner, en offrant à ses électeurs la promesse de "conquêtes sociales" faciles, ils ont plombé...

  • Par vangog - 03/09/2011 - 23:09 - Signaler un abus La grèce doit changer pour éviter l'effet domino!

    leur propre croissance. Maintenant ils ne cherchent qu'à se défausser sur l'Europe des erreurs de leur Social-démagogie, en espérant qu'elle prendra en charge, à son tour, les "conquêtes sociales"(SIC), dont elle n'est plus capable d'assumer le coût! En épongeant les dettes, l'Europe prend le risque de conserver sa social-démagogie Grecque, si facile pour se faire élire, et celui de la contagion

  • Par Jacques Francis - 04/09/2011 - 01:01 - Signaler un abus Rapide

    Un peu rapide la simplification du premier paragraphe. Le taux d'augmentation des recettes fiscales est une chose le taux d'intérêt de la dette en est une autre. Ces économistes ont toujours des problèmes avec les maths !!

  • Par bobocleaner - 04/09/2011 - 14:38 - Signaler un abus la Gréce doit surtout faire ce que les grecs veulent

    et en ce qui nous concerne en les laissant faire défaut on leur fera cadeau de 32 Milliards d'euros ( je parle de l'impact sur notre budget national, aprés les banques c'est du ressort de leurs actionnaires et de ceux qui ont plus de 100 000 euros en dépot chez chacune d'elle ). Et avant de faire des "eurobonds" garantissons nous que ce n'est pas pour payer les déficits italiens ou bulle immo Esp.

  • Par lorrain - 04/09/2011 - 15:57 - Signaler un abus maastricht

    depuis les accords de maastricht, on va de déception en déception, la construction européenne n' aura été qu' un fiasco, la grenouille a voulu se faire aussi grosse que le boeuf, sans précaution et on est maintenant au bord de l' explosion, ça ferait rire si il n' y avait pas des conséquences dramatiques à venir, avant l' économie, relisez Lafontaine mrs les économistes, le bon sens ne nuit pas

  • Par Kalinday - 05/09/2011 - 11:35 - Signaler un abus Une Europe non démocratique dans un Nouvel Ordre Mondial

    On nous a mené en bateau avec l'Europe. Le dernier élargissement était une anerie, et pourtant il continue avec de nouveaux pays qui rentreront prochainement. Et que dire de cette Europe de l'emploi qu'on nous a vendu ? 20% de chomeurs en Espagne et la France fait venir 200 000 immigrés qu'il va falloir loger, nourrir, soigner, élever et accessoirement leur donner un travail.

  • Par bobocleaner - 05/09/2011 - 16:16 - Signaler un abus le plus drole : les eurofédéralistes

    qui veulent un budget et un déficit commun avec les GIPSI. Ils sont totalement dans leur délire idéologique qu'il s'imaginent pouvoir plier à leur vision irréaliste et bureaucratique des peuples entiers. Si on leur cloue pas le bec ils vont enterrer l'euro et l'europe avec leur préchi précha digne de l'URSS de Brejnev.

  • Par labernerie - 05/09/2011 - 16:23 - Signaler un abus sous curatel

    la sego et son ex le fanfois ,les ex tenardiers du ps sous tutel et le plus vite possible, chez les grecs qu ils y restent

  • Par sheldon - 05/09/2011 - 21:02 - Signaler un abus La Grèce n'a rien à faire dans la zone euro

    Ils continuent à tromper l'Europe et le FMI, retardant d'autant l'aide dans le tonneau des Danaïdes. On ne peut pas faire l'Europe sur de telles bases. D'ailleurs, si la Grèce sortait de l'euro, le tourisme serait moins cher pour les européens fourmis du nord !

  • Par ombrelle - 06/09/2011 - 00:07 - Signaler un abus Non, la plupart ne font pas

    Non, la plupart ne font pas d'efforts!! Je vais régulièrement en Grèce. J'ai entendu cet été: la crise? on s'en fout! la personne pensait que j'étais Suisse. on voit du cash en grosses coupures dans les magasins d'alimentation et les tavernes. Les belles voitures et la frime. Mais également des usines en friche, de la main d'oeuvre sans papiers... mais la Grèce est belle comme sa monnaie antique!

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Nicolas Bouzou

Nicolas Bouzou est économiste et essayiste, fondateur du cabinet de conseil Asterès. Il a publié en septembre 2015 Le Grand Refoulement : stop à la démission démocratique, chez Plon. Il enseigne à l'Université de Paris II Assas et est le fondateur du Cercle de Bélem qui regroupe des intellectuels progressistes et libéraux européens

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