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Grand Est, Occitanie, Hauts-de-France… petit portrait politique de la France de 2016 à travers le baptême de ses nouvelles régions

Alors que la nouvelle carte des régions a été définitivement entérinée au Journal Officiel ce jeudi, le nouveau découpage et les nouvelles appellations qui en découlent soulèvent de nombreuses questions tant historiques que géographiques.

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Grand Est, Occitanie, Hauts-de-France… petit portrait politique de la France de 2016 à travers le baptême de ses nouvelles régions

Atlantico : Ce jeudi a été publiée au Journal Officiel la nouvelle carte des régions de France, dont le nombre passe de 21 à 12. D'un point de vue strictement géographique, que révèle ce nouveau découpage territorial de ce qu'est la France de 2016 ? Est-il cohérent avec la vie quotidienne des Français (vie personnelle et professionnelle, déplacements, réseaux, attachements, etc.) ?

Laurent Avezou : Ce nouveau découpage relève d'une volonté d'adéquation des divisions régionales à l'échelle européenne, avec l'établissement d'entités régionales plus englobantes que celles du découpage de 1956, destiné à l'époque à dégager un bassin d'emploi valide pour chacune des métropoles d'équilibre qui avaient été distinguées afin d'atténuer la centralisation parisienne. L'objectif en 1956 était un surcroît de cohérence nationale. En 2016, c'est l'accélération de l'intégration à l'Europe de l'espace français, avec des entités plus larges qui se rapprochent en quelque sorte du modèle allemand des Länder.

Reste à savoir si la logique des bassins d'emploi qui présidait en 1956 est encore opérationnelle dans le découpage de 2016. On observe que cette logique a été maintenue dans les régions qui n'ont pas changé de physionomie, avec notamment le cas de la Bretagne et des Pays de la Loire. Une Bretagne qui est en réalité une Bretagne rennaise, conçue pour servir d'arrière-pays à Rennes, et qui a relégué – et cela a été très critiqué à l'époque – Nantes, historiquement bretonne, hors de la région pour qu'elle soit dotée de sa propre région géographique (Pays de la Loire).

Il est certain que la logique d'ensembles géographiques plus larges vise à intégrer davantage les voies de communication dans les nouvelles entités créées. C'est ce qui justifie ainsi l'intégration de l'Auvergne au nouvel ensemble Auvergne-Rhône-Alpes : essayer de redynamiser une transversale Est-Ouest qui faisait partie des "creux" dans le système des communications françaises. Reste à savoir si ce sera efficace sur le terrain, étant donné que les problèmes rencontrés par l'adoption de la nouvelle étiquette régionale montre que la dichotomie est fortement ressentie de part et d'autre du Rhône. Cette logique d'intégration à l'Europe prévaut aussi pour des régions qui n'ont pas réussi à se doter d'un nom historique convaincant, telles que Grand Est ou Hauts-de-France, qui ont une certaine pertinence à l'échelle européenne mais qui peinent à se trouver une identité intérieure.

Jean-Luc Boeuf : La question d'un découpage de la France en régions date du début du 20ème siècle. Et il est frappant de constater que la question économique est mise très rapidement au-dessus des préoccupations. Afin de proposer une matrice qui réponde aux besoins des citoyens et usagers. La supposée cohérence du découpage se mesure à deux aspects. Le premier a trait aux compétences strictes des régions. Le second au rayonnement de la région sur son territoire. Pour le premier point, le nouveau découpage ne change pas grand-chose. Pour la simple et unique raison que 90% des moyens des régions vont à des compétences que la région finance, mais en partenariat avec d'autres (lycées, transports régionaux et formations). Au demeurant, les nouvelles régions ne disposent pas de moyens financiers supplémentaires et ne lèvent (presque) pas d'impôt. Elles dépendent totalement de l'État. Pour ce qui est du rayonnement sur le territoire, ce qu'il y a de frappant c'est que les richesses s'agglomèrent autour des métropoles. Or, par un curieux transfert, le nombre de métropoles sera bientôt de 20, comme les anciennes régions... Donc la vie des usagers se passe dans les métropoles, ce qu'un géographe tel que Paul Vidal de la Blache pointait déjà. C'était en 1903...

 
Commentaires

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  • Par Deudeuche - 30/09/2016 - 09:55 - Signaler un abus 2017 retour de l'Alsace

    Et Champagne-Ardennes et Lorraine peuvent continuer à faire Grand Est si ils le souhaitent. La légende sur l'Europe et les Laender allemands est une vaste fumisterie, car ceux ci sont le résultat de l'histoire et non d'un Normal 1er sur le coin d'un bureau.

  • Par hermet - 30/09/2016 - 11:34 - Signaler un abus Merci Hollande

    Et sinon les économies, elles sont où ? C'est sûr en Occitanie le ministre Baylet vient de rafler un beau contrat de 4,3 millions d'euros, ça a du bon la fusion pour certains...

  • Par zouk - 30/09/2016 - 11:59 - Signaler un abus Nouveau découpage en régions

    Irréflexion, inculture profonde, où est la notion de nation française? Sacrifiée à l'idée artificielle de "grandes régions européennes", une véritable politique économique conduirait naturellement à des rapprochements, signifiants ,eux.

  • Par Leucate - 30/09/2016 - 15:43 - Signaler un abus lander allemands

    Vouloir copier les Lander allemands ou les provinces d'autres pays est une hérésie anarchique barbare. Tous ces Lander ont une histoire, c'étaient des royaumes, principautés, duchés ainsi que des "villes libres hanséatiques" remontant loin dans le temps, à celui du saint empire romain germanique. Ils sont donc de toute taille, certains étant très grands, NordRhein-Westfallen, la Bavière (l'ancien royaume), d'autres petits (la ville libre de Hambourg, celle de Brême), la plupart de taille moyenne. On pourrait comparer aux Provinces d'Ancien Régime au nombre d'une trentaine dont certains petits qu'il était loisible de rattacher à des provinces plus grandes. Qu'est ce que c'est grands Machins ingouvernables inventés par nos énarques déjantés ? On est dans M. Le Trouhadec saisi par la débauche là !

  • Par clint - 30/09/2016 - 21:18 - Signaler un abus Les Länder reflètent un état confédéral et non centralisé !

    La France en ayant voulu renier l' héritage de la royauté a, avec la révolution, ultra centralisé pour justement casser les régions "naturelles". Le découpage actuel ne peut être qu'une aberration, quelqu'en soit le découpage, à moins de revenir à ce que l'on ne veut pas : les régions françaises !

  • Par Deudeuche - 01/10/2016 - 01:25 - Signaler un abus @clint

    Vous voulez dire les provinces françaises.

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Laurent Avezou

Laurent Avezou est historien, professeur en classes préparatoires, auteur de Raconter la France : histoire d’une histoire, Paris, Armand Colin, 2e éd. 2013, et de 100 questions sur les mythes de l’histoire de France, Paris, La Boétie, 2013.

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Jean-Luc Boeuf

Jean-Luc Bœuf est directeur général des services de la ville et de la communauté d’agglomération de Quimper. Il vient de publier Un seul lit pour deux rêves, la France et ses régions  et anime le site www.jean-luc-boeuf.fr

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