Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Samedi 27 Mai 2017 | Créer un compte | Connexion
Extra

Le gigantesque plan que prépare l’Iran pour booster sa production de pétrole (et ça ne plaira pas à l’Arabie Saoudite)

L'accord américano-iranien sur le nucléaire et la levée des sanctions internationales contre Téhéran ouvre la voie à de nouvelles possibilités pour l'Iran. Le régime perse espère bien en profiter notamment pour développer considérablement sa production de pétrole. Mais les obstacles sont nombreux.

Or noir

Publié le
Le gigantesque plan que prépare l’Iran pour booster sa production de pétrole (et ça ne plaira pas à l’Arabie Saoudite)

Atlantico : Après des années de sanctions internationales et d'isolement diplomatique, l'Iran souhaiterait mettre en place un vaste plan de développement de sa production de pétrole pour l'augmenter de 20% d'ici 2021 (le faisant ainsi passer de 3,8 millions de barils par jour à 5 millions de barils). Pour cela, l'Iran souhaiterait attirer près de 200 milliards de dollars d'investissements étrangers sur cette même période. D'un point de vue économique, un tel plan vous paraît-il réalisable dans le contexte actuel ?

Francis Perrin : L'Iran a un potentiel pétrolier considérable puisque ses réserves prouvées de pétrole sont généralement considérées comme étant les quatrièmes plus importantes au monde après celles du Venezuela, de l'Arabie Saoudite et du Canada. La production de pétrole brut de ce pays est estimée à 3,65 millions de barils par jour (Mb/j) en août par l'Agence Internationale de l'Energie (AIE) et elle était proche de 4 Mb/j avant l'embargo européen imposé en 2012 et levé au début 2016. À terme, un niveau de l'ordre de 5 Mb/j n'est donc pas impossible. L'Iran contrôle également d'énormes réserves de gaz naturel, ce qui le classe au premier ou au second rang mondial (devant ou derrière la Russie selon les estimations) pour cette source d'énergie, et produit aussi des liquides extraits du gaz naturel. Si l'on ajoute ces liquides à la production de pétrole brut, le chiffre de 5 Mb/j est tout à fait à la portée de l'Iran.

Si l'objectif est parfaitement atteignable, on peut évidemment s'interroger sur le calendrier. 2021, c'est dans cinq ans, ce qui est un délai assez court dans le secteur de l'énergie. Aujourd'hui, la production pétrolière iranienne (que ce soit seulement le pétrole brut ou le brut plus les liquides du gaz naturel) est le fait de la National Iranian Oil Company (NIOC) seulement. Pour accroître de façon importante le niveau de production actuel, il faudra de très gros investissements et ceux-ci seront partagés entre la NIOC et ses filiales et des compagnies étrangères. L'un des grands défis pour l'Iran est donc d'attirer les investissements des grandes compagnies pétrolières sur son territoire, ce qui suppose d'offrir à ces sociétés de bonnes perspectives de rentabilité. À cette fin, le pays vient d'adopter un nouveau modèle de contrat pétrolier, l'Iran Petroleum Contract, qui est présenté par les autorités iraniennes comme beaucoup plus intéressant économiquement que les contrats précédents. Une autre question clé porte sur les risques de rétablissement futur des sanctions contre l'Iran, ce qui peut dissuader une partie des investisseurs étrangers. Des discussions sont en cours avec certaines compagnies pétrolières et cela permettra de tester l'appétit des investisseurs étrangers.

Dans l'ensemble, l'objectif d'une production de 5 Mb/j vers 2021 n'est pas irréaliste même si plusieurs incertitudes subsistent.

Au-delà de l'aspect économique, quels sont les autres enjeux que soulève une telle volonté de la part de Téhéran (énergétiques, géopolitiques, rivalité avec l'Arabie Saoudite, etc.) ?

Pour un pays producteur de pétrole (et de gaz naturel), augmenter sa production et ses exportations, c'est aussi, directement ou indirectement, affirmer sa puissance. Plus de production (et plus d'exportations) génère plus de recettes d'exportation et de recettes budgétaires, ce qui représente plus de ressources financières pour un État. Dans ce cas précis, l'Arabie Saoudite pense que l'accroissement de ses revenus pétroliers permettra à l'Iran d'augmenter sa capacité de nuisance dans divers domaines et que ce pays deviendra encore plus dangereux au Moyen-Orient et au Proche-Orient. Ces deux puissances s'affrontent déjà indirectement à travers les conflits au Yémen et en Syrie et, à ces guerres "chaudes", s'ajoutent des guerres "froides", dont une guerre du pétrole.

Chacun a encore en mémoire l'échec de la réunion entre pays membres et non membres de l'OPEP en avril dernier à Doha, au Qatar. L'objectif était de geler la production pétrolière en 2016 en vue de faire remonter les prix du brut et cette décision semblait acquise mais l'opposition de l'Arabie Saoudite à la conclusion d'un accord OPEP/non-OPEP qui ne s'appliquerait pas à l'Iran a torpillé cette réunion. Cinq mois après cette rencontre, il n'y a toujours pas d'accord entre producteurs sur ce sujet crucial. L'Arabie Saoudite n'est manifestement pas d'humeur à faire la moindre concession à l'Iran, et cela inclut le secteur pétrolier.

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par Marie-E - 19/09/2016 - 10:15 - Signaler un abus je ne dirai pas grand chose aujourd'hui

    seulement que j'espère que les obstacles seront nombreux, que le régime des ayatollahs finira par tomber comme un fruit mûr, et que la population iranienne pourra être enfin libérée et heureuse après les années moyennes du Shah et les années terribles de la théocratie.

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Francis Perrin

Francis Perrin a travaillé pendant plusieurs années comme journaliste et consultant indépendant sur l’énergie et les matières premières avant de rejoindre, en 1991, le Centre arabe d’études pétrolières. Francis Perrin a été rédacteur en chef de Pétrole et Gaz Arabes (PGA) et d’Arab Oil & Gas (AOG) entre 1991 et 2000 et directeur de la rédaction de l’ensemble des publications de l’APRC entre 2001 et le début 2012.

En 2012, Francis Perrin a créé Stratégies et Politiques Energétiques (SPE).

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€