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La génération Y face à la crise : engagement et vie sentimentale ne font plus bon ménage

Portrait-robot de ceux qui réinventent le concept "d'adulte". Deuxième volet : le couple (2/4).

L'amour libre

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La génération Y face à la crise : engagement et vie sentimentale ne font plus bon ménage

La jeune génération a-t-elle peur de s'engager ? Crédit Flickr/educationdynamics

La jeune génération a-t-elle peur de s’engager ? C’est souvent ainsi que la question est posée à propos des relations amoureuses. Il serait temps de rompre enfin avec une telle nostalgie du mariage institution pris comme symbole de l’engagement et de la logique quasi virile du défi (avoir peur). Pourquoi les relations amoureuses devraient-elles emprunter les chemins de l’engagement ? Ce n’est pas un vocabulaire qui relève historiquement de l’imaginaire amoureux.

En Occident, l’amour entre deux êtres ne se définit pas par l’amplitude de l’engagement, il se définit avant tout par un sentiment de reconnaissance mutuelle. C’est dans les contes de fée, inventés plus tard par des moralistes, soucieux de la reproduction sociale que l’histoire d’amour doit déboucher sur un engagement : « Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants ! ». Mais les histoires d’amour dans les romans, ensuite au cinéma, et aujourd’hui dans les séries, ce n’est pas cela. En effet, rares sont celles qui se concluent comme dans les contes.

Aujourd’hui les jeunes générations prennent, consciemment ou non, comme modèle de référence pour mener leur vie amoureuse le modèle de l’amour occidental et non celui du conte moral de fées. Ils demandent, dans un univers qui n’est pas nécessairement tendre, un petit monde où ils pourront être enfin eux-mêmes, sans crainte de jugement, où idéalement la valeur de l’amour n’est pas équivalente à la valeur sociale, monétaire des deux personnes. La meilleure preuve de l’existence de l’amour c’est que les plus riches ne sont pas nécessairement les plus aimés. On lit et on relit dans les journaux People cette vérité si décisive d’un autre monde, à côté du monde officiel où on compare les salaires, des fortunes, où on affiche le montant des transferts. Dans le petit monde de l’amour, on se sent estimé autrement. Beaumarchais a donné la définition de l’amour dans une de ses pièces : « Ah qu’il est doux d’être aimé pour soi-même ».

Les jeunes générations inscrivent leurs expériences amoureuses dans cette histoire de l’amour en Occident. Ils considèrent, comme un sondage récent l’indique, que Titanic est le plus grand film d’amour. Or, est-ce que Jack et Rose sont engagés ? Non, Rose était même engagée à un autre homme. Mais dans cette relation officielle, elle n’était pas reconnue, elle était avant tout "fille de". Or, elle voulait exister à titre personnel, et Jack, un artiste, approuve son projet. Il l’autorise à s’émanciper. Titanic est l’histoire d’une relation amoureuse réussie, le critère de sa durée, de l’engagement n’est pas celui qui est pris en compte. Rose conservera le souvenir de cette rencontre, de cette reconnaissance toute sa vie. Cela a peu à voir avec le langage de l’engagement.

Les jeunes tombent amoureux, comme ceux et celles de générations précédentes. Mais ils font un pas de plus dans la dissociation entre la relation amoureuse et l’engagement institutionnel. Ils ne veulent pas confondre les deux niveaux. Contrairement au modèle dominant jusqu’aux années 70, l’entrée dans l’amour, même sérieux, l’entrée dans la vie conjugale sous le même toit, le passage devant monsieur ou madame le/la maire, l’installation dans la vie parentale sont très différenciés ! Ce qui les distingue, c’est le fait de ne pas se précipiter à faire tout très vite. Non, le mariage, lorsqu’il vient, ne se fait pas avant trente ans. Non, le premier enfant a aussi des parents souvent trentenaires. Ces jeunes ne veulent pas être enfermés trop vite dans les traites d’une maison ou d’un appartement, dans les lourdeurs des tâches domestiques. Ils rêvent – et c’est leur droit le plus strict – d’un monde privé, léger.

Pourquoi cette légèreté revendiquée par les jeunes ? Ils ne veulent pas que l’amour soit gâché trop vite par les pesanteurs de la vie quotidienne, par les routines, par une certaine fossilisation de la division du travail entre les sexes. Ils veulent que la reconnaissance de l’amour ne se termine pas en un enfermement identitaire. Ils rêvent d’un amour qui soit compatible avec le développement personnel. Ils continuent ainsi la grande aventure de l’Amour.

 
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  • Par ghislfa - 28/08/2012 - 12:03 - Signaler un abus Ils ont bien raison

    Entre les unions qui explosent et celles qui se traînent sans perspectives, çà fait certainement un bon pourcentage d'échecs. Le modèle "âmes sœurs" a du plomb dans l'aile même si le système de transmission des bien qui le sous-tend reste solide. L'éternel problème est le souci du mâle de s'assurer que la descendance est bien la sienne et celui de la femelle d'assurer à la sienne un avenir meilleur. Les deux (descendances) ne se superposent pas toujours.

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François de Singly

Professeur de sociologie à l’université Paris Descartes, François de Singly dirige le Centre de recherches sur les liens sociaux du CNRS. Il a notamment publié Séparée. Vivre l’expérience de la rupture (A. Colin, 2011) et vient de publier En famille à Paris (A. Colin, 2012). 

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