Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Samedi 01 Octobre 2016 | Créer un compte | Connexion
Extra

Génération "enfultes", ces adultes qui ont les mêmes réflexes que des enfants (et pas seulement pour leur liste de cadeaux Noël)

Ils ont 20, 30 ou 40 ans, et pourtant ils restent jeunes... dans leur tête. Portrait d'une société qui fuit autant la crise que le vieillissement.

Grand mais pas trop

Publié le
Génération "enfultes", ces adultes qui ont les mêmes réflexes que des enfants (et pas seulement pour leur liste de cadeaux Noël)

Atlantico : Le phénomène des "kidults" monte en puissance en Corée du sud : ces jeunes adultes de 20 à 40 ans consacrent une grande part de leur budget à l’achat de jouets tels que des legos ou des divertissements de haute technologie, pour un prix conséquent. Le mouvement a-t-il la même ampleur en France ?

Michel Fize : Les jeux vidéo le montrent, les premiers utilisateurs ne sont plus les adolescents, qui ont été pionniers en ce domaine à une époque, mais les adultes. On peut simplement se dire que ces adultes sont d’anciens ados qui ont commencé à jouer tôt, et qui n’ont jamais arrêté, mais je considère que cela en dit long sur notre société, qui est en crise. Tout naturellement, les adultes cherchent à oublier cet état de crise.

Parallèlement à cela, nous nous trouvons dans une société qu’un grand ethnologue a appelé la « société des loisirs » : tout y est ludique, amusement et pitreries, dont on voit chaque jour des exemples sur internet, même lorsque c’est pour la bonne cause. Je pense notamment à l’Ice bucket challenge.

Dans notre monde, le sérieux est mis à distance. Le sérieux, c’est l’adulte, donc si on n’est pas sérieux, cela veut dire que l’on se préserve de l’âge et de de ses tracas. C’est le jeunisme : il faut paraître jeune, et cela commence par l’habillement. Il existe même des « quinquados », c’est-à-dire des quinquagénaires encore ados dans leur tête, qui se comporte de la même manière. Cela renvoie au phénomène des lolitas, ces mères et filles habillées de la même manière, un peu sexy, et sui se baladent toujours ensemble. J’en avais croisé deux sur le plateau de Jean-Luc Delarue ; il était difficile de dire laquelle était la file, et laquelle était la mère ! Cette injonction à paraître jeune conduit à commettre des enfantillages, comme c’était le cas à l’époque du phénomène Jackass, même si c’est déjà de la préhistoire.

Quelles sont les caractéristiques des endultes/adulescents ? S'agit-il du même concept ?  

Le phénomène décrit ne peut pas être associé à l’adulescence, tranche d’âge qui se situe entre la fin de la vingtaine et le début de la trentaine. Il s’agit de jeunes et d’adultes pas tout à fait indépendants, qui ont le temps de prolonger un peu le temps de leur jeunesse.

Ce dont il est question ici, c’est du syndrome de Peter Pan, ce garçon qui ne veut pas grandir, à l’image des hommes et des femmes d’aujourd’hui : grandir, vieillir, tout cela fait peu. LA mort et la vieillesse, c’est pour les autres. C’est la grande illusion, tant que je fais plus jeune que moi, je me soustrais à la menace. Que l’on croit.

Les préoccupations et les centres d’intérêt que l’on à l’âge adulte ne devraient-ils pas entrer en contradiction avec l’achat de jeux vidéo, consoles, drones et autres lego géants ? Comment l’adulte et l’enfant cohabitent-ils dans une seule et même personne ?

Ils cohabitent en faisant bien la distinction entre la vie obligée et la « vraie vie », c’est-à-dire celle que l’on choisit. Le temps du travail, pour ceux qui en ont un, est obligatoire, et à l’heure de l’hypercompétitivité, il n’est pas toujours très drôle. Là où quelques uns ont réussi à cumuler plaisir et travail, en concevant des jeux vidéo par exemple, la plupart attendent la fin de la journée pour se sentir libres, faire ce qui leur passe par la tête.  C’est une société qui a effacé toute notion de ridicule, où plus rien ne choque. Il fut un temps où les âges étaient bien différenciés, les sexes également : garçon, on ne portait pas de rose, on ne portait pas un sac à la main… Tout cela était impensable.

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par scorne - 27/11/2014 - 08:00 - Signaler un abus Tout est question d'équilibre

    A lire cet article, on a l'impression que vouloir conserver un part d'immaturité en soi est une mauvaise chose. Mais je ne vois pas pourquoi, passé un certain âge, l'on devrait absolument s'interdire certains plaisirs et loisirs sous prétexte que l'on a "passé l'âge". Tout est une question de juste équilibre: une personne adulte qui vit comme un enfant, qui se montre irresponsable, dilapide l'argent de sa famille et commet des excès, oui, c'est une mauvaise chose. Mais un adulte capable de faire la part des chose, qui se montre un parent raisonnable, un collaborateur efficace dans son travail et qui veille sur sa famille, au nom de quoi devrait-il s'interdire de jouer comme un gosse sur son temps libre? Savoir se montrer responsable et rigoureux mature sur les questions sérieuses, et immature, infantile, voir un peu fou, sur les questions futiles, c'est le début de la sagesse à mon avis.

  • Par Xhishou - 27/11/2014 - 13:06 - Signaler un abus Je suis d'accord avec scorne.

    Je suis d'accord avec scorne. On peut être sérieux sur les questions importante et sur l'avenir tout comme se permettre des moments de folies ou une petite partie sur un jeu qui ne mettent rien en péril. C'est décompresser un minimum et profiter un peu de la vie.

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Michel Fize

Michel Fize est un sociologue, ancien chercheur au CNRS, écrivain, ancien conseiller régional d'Ile de France, ardent défenseur de la cause animale.

 Il est l'auteur d'une trentaine d'ouvrages, dont  Le Peuple adolescent (2ème éd. Mots composés, 2011),  Le Cabinet (Arléa, 2001), Le Livre noir de la jeunesse (Presses de la Renaissance, 2007), L'Individualisme démocratique (L'Oeuvre, 2010), Le Bac inutile (L'Oeuvre, 2012, L'adolescence pour les nuls (First, 2010), Antimanuel d'adolescence (Marabout, 2014), et de Jeunesse à l'abandon (Mimésis, 2016) son dernier ouvrage. 

 

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€