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France : les entreprises gagnent-elles trop ou pas assez ?

Les entreprises du Cac 40 ont gagné 94 milliards d’euros en 2017, pas loin des records de 2006 (97 milliards) et de 2007, avec 95 milliards, l’année de l’avant crise.

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France : les entreprises gagnent-elles trop ou pas assez ?

 Crédit Reuters

Trop ! Les entreprises du Cac 40 ont gagné 94 milliards d’euros en 2017, pas loin des records de 2006 (97 milliards) et de 2007, avec 95 milliards, l’année de l’avant crise. Ces 94 milliards de bénéfices en 2017, pour un chiffre d’affaires de 1 300 milliards, c’est trop diront certains, d’autant que presque la moitié (47 milliards) seront versés en dividendes ! Horreur ! Mais il ne faut pas oublier, quand même, que ce chiffre d’affaires vient pour les trois-quarts de ventes à l’étranger, qui ont généré environ trois-quarts de ces profits.

Ne pas oublier non plus que le Cac 40 est à 5 300 aujourd’hui, loin des 6 900 de 2000 et des 6 000 de 2007. Ne pas oublier enfin que ces dividendes sont versés aux actionnaires, qui partagent les risques (on le voit), et qu’il ne tiendrait à rien que les retraités français en bénéficient, si le financement des retraites se faisait davantage par capitalisation. Mais, c’est trop !

Trop peu ! L’épargne nette des entreprises est nulle en 2016 ! Autrement dit, le capital installé en France, moins son usure, physique et technologique, n’augmente pas ! Il stagne ! L’épargne brute des sociétés non financières en France est en effet égale à 20% de leur valeur ajoutée… à laquelle il faut enlever 20% de cette valeur ajoutée pour compenser l’amortissement (ou Consommation de Capital Fixe). 20% - 20% = 0% ! Avec de tels chiffres, on voit que les sociétés installées en France, et pas les multinationales du Cac 40, n’investissent pas assez parce qu’elles ne gagnent pas assez. Elles ne gagnent pas assez pour investir au-delà de l’usure de leur équipement ! Donc, pour que leur capital net (de l’usure) augmente, elles doivent en théorie s’endetter (crédit et/ou obligations) ou augmenter leur capital. Mais, si l’on passe de la macroéconomie à la microéconomie, autrement dit aux entreprises, on voit immédiatement qu’elles ne vont pas émettre des actions ou des obligations sous prétexte qu’elles ne gagnent pas assez ! Ce serait incompréhensible pour les marchés financiers. Ils veulent bien financer l’innovation, l’expansion, les achats d’entreprises, mais pas la stagnation. Ils demanderaient des restructurations, pour augmenter la marge et aller de l’avant. Reste donc le crédit ! Et c’est bien pourquoi cette économie française, trop peu rentable, s’endette trop !

Trop peu de rentabilité : ce n’est pas moi qui le dis, mais la Banque de France, plus précisément le papier que vient de publier l’économiste Pierre Sicsic (Bloc-notes Eco 2018). Il mesure sur longue période le taux d’épargne brute des entreprises par rapport à leur valeur ajoutée, pour savoir combien il reste à l’entreprise après qu’elle a payé ses frais, dont les salaires, pour financer amortissement, frais financiers et impôts. Les calculs montrent alors, partout, la part croissante de la consommation de capital fixe dans le Pib. Il est ainsi passé de 16 à 18% en France, où il se stabilise, à 17,5% en Allemagne et 15,8% aux États-Unis (pour des raisons largement méthodologiques). Alors : pas assez de marge ? Trop d’usure ? Les deux ?

 
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Jean-Paul Betbeze

Jean-Paul Betbeze est président de Betbeze Conseil SAS. Il a également  été Chef économiste et directeur des études économiques de Crédit Agricole SA jusqu'en 2012.

Il a notamment publié Crise une chance pour la France ; Crise : par ici la sortie ; 2012 : 100 jours pour défaire ou refaire la France, et en mars 2013 Si ça nous arrivait demain... (Plon). En 2016, il publie La Guerre des Mondialisations, aux éditions Economica et en 2017 "La France, ce malade imaginaire" chez le même éditeur.

Son site internet est le suivant : www.betbezeconseil.com

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