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La France en plein déni du réel - partie 2 : cachez-moi cet héritage que je ne saurais voir

Alors que la France se cherche un nouveau souffle au cœur de la crise économique et d’identité dont elle souffre, les élites ne semblent pas avoir bien évalué la portée du malaise. L’héritage de la France est en voie de disparition et peu s’en émeuvent.

Les yeux grands fermés

Publié le
La France en plein déni du réel - partie 2 : cachez-moi cet héritage que je ne saurais voir

Tout le monde a célébré le bicentenaire de Waterloo sauf la France.  Crédit Reuters

Atantico : La France est-elle en train de solder son héritage ? Quels en sont les signes ? Quelles sont les conséquences visibles et souterraines de cette liquidation d'héritage ?

Dimitri Casali : C’est une évidence.

Nous traversons une grave crise d’identité, une crise économique, mais aussi une crise morale. Chose typiquement française, nous sommes les champions du monde de l’autodénigrement et du pessimisme. Un sondage de Pew Research nous classait en 2014 à la première place mondiale du pessimisme devant le Liban et la Palestine, c’est dire. Notre manque de confiance en nous constitue un grave handicap. Les terribles événements de janvier 2015 ont renforcé cette crise d’identité.

Nous avons développé une incapacité à être fiers de notre histoire alors que le monde entier nous l’envie. Le récent exemple du bicentenaire de Waterloo illustre parfaitement mon propos. Le monde a célébré Napoléon à cette occasion sauf la France qui n’a envoyé aucun officiel alors que c’était une formidable opportunité de célébrer à la fois la réconciliation des Européens, mais aussi le colossal héritage européen de Napoléon. C’est lui qui a diffusé le Code civil, des lois et un système administratif dans l’Europe entière.

Les élites françaises ont-elle vraiment conscience de cette liquidation ? Pire, y participent-elles activement ? Quelles sont alors leurs motivations ?

Nous avons les hommes politiques que nous méritons et ceux qui sont actuellement en place sont les pires de notre histoire. La lâcheté conduit toujours au désastre et cela se vérifie aujourd’hui.

Regardez la situation de la Libye. A l’origine on retrouve Sarkozy qui a été influencé par Bernard Henri-Lévy.Dernièrement Christiane Taubira a retenu mon attention avec des déclarations consternantes. Elle rêve d’une semaine de travail de 32 heures pour avoir le temps d’aller au cinéma ou à la plage. On nage en plein délire existentiel ! La France a-t-elle été construite depuis 15 siècles par des hommes et des femmes qui travaillaient 32 heures par semaine ? Napoléon travaillait 18 heures par jours soit 126 heures par semaine et Taubira rêve d’une semaine de 32 heures. Comment pense-t-elle que Napoléon a relevé la France au sortir de la Révolution et réconcilié tous les Français ? Notre pays a été bâti par la puissance de travail de personnages allant de Philippe Auguste à Napoléon en passant par Richelieu. C’est leur labeur acharné qui a tiré la France vers le haut.

Nos hommes politiques actuels ne sont pas en adéquation avec nos grands personnages d’il y a 200 ans. On peut même chercher dans l’histoire récente pour trouver des hommes d’Etat. Taubira et Hollande prouvent qu’ils n’appartiennent pas à cette caste. Notre ministre ne semble pas réaliser la portée de ses paroles. Lorsque les Français travaillaient 40 heures par semaine et partaient à la retraite à 65 ans il n’étaient pas plus malheureux qu’aujourd’hui. On a oublié la valeur du travail. Pire, les devoirs ont disparu au profit des seuls droits. Avant, chaque citoyen se demandait ce qu’il pouvait faire pour son pays. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Le patriotisme est même devenu un gros mot.

Les Français sentent qu’ils ne sont plus portés par un homme providentiel. Ils nagent en plein désarroi car ils ne sentent plus cette vocation universelle qu’avait la France. Nous sommes le pays des droits de l’Homme, mais aussi des Arts et des Lettres et nous avons apporté l’universalisme à l’image des principes de liberté, et d’égalité. Les Français sont perdus alors que le pays traverse des bouleversements ethno-culturels profonds. Lorsque l’on voit 4,5 millions d’entre eux descendre dans la pour défendre nos valeurs après les attentats de janvier 2015, on reprend confiance. Mais rien de tangible n’a été fait depuis. On a seulement entendu des discours de convenance avec en plus le concept d’islamophobie qui empêche la tenue d’un réel débat sur les conditions d’intégration de l’Islam en France.

 
Commentaires

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  • Par vangog - 02/07/2015 - 09:52 - Signaler un abus Phraséologie typiquement socialiste...

    "L'école doit se reapproprier ses principes fondateurs" ...mais non, M.Casali! Personne ne se "reapproprie" quoi que ce soit, ce sont les gauchistes qui croient cela, mais ça ne veut rien dire... C'est la construction et l'organisation de l'EN qu'il faut changer. Il faut changer son mode de sélection marxiste, débroussailler son administration pléthorique et remettre les profs qui n'y sont pas au boulot, plutôt que ces formations fumeuses qui s'alternent avec des arrêts de travail plus ou moins justifiés. Désintoxiquer l'EN de son gauchisme, voilà l'enjeu!

  • Par Deudeuche - 03/07/2015 - 07:13 - Signaler un abus @vangog

    encore mieux en finir avec l'ENa-tio-nale! Education du ressort de la région, ou chèque éducation pour aller dans le privé. La nation fournit juste un cadre générique pourles programmes. Région = démarxisation, déétatisation du bololo!

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Dimitri Casali

Dimitri Casali, historien et directeur de collection, est l’auteur de plus d’une trentaine d’ouvrages historiques, notamment : Qui a gagné Waterloo ? Napoléon 2015 (6 mai 2015, Flammarion), L’Histoire de France de l’Ombre à la Lumière (Flammarion 2014), le manuel Lavisse-Casali (Armand Colin, 2013), L’Histoire interdite (JC. Lattès, 2012), L’Altermanuel d’Histoire de France (Perrin) - prix du Guesclin du livre d’histoire 2011. Il est le co-auteur de l'ouvrage L'Empire colonial français (éditions Gründ, 2015).

Plus d'informations sur son site : http://dimitricasali.fr/

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