Crise
Et si on supprimait le FMI ?
Dominique Strauss-Kahn n'est plus depuis ce jeudi Directeur général du Fonds monétaire international. Mais au-delà de l'identité de son successeur, c'est peut-être l'intérêt même de cette institution qui pourrait être mis en cause.

Au coeur du FMI, à Washington. Crédit Reuters
Le Fonds monétaire international a été créé en 1944 à la suite des accords de Bretton-Woods qui visaient à créer un nouvel ordre monétaire international après les troubles de la Seconde Guerre mondiale. En fait, l'objectif à terme consistait à rétablir un système d'étalon-or dans lequel les monnaies nationales bénéficient d'une garantie de convertibilité à prix fixe par rapport à l'or, ce qui implique en conséquence la fixité des taux de change entre ces monnaies nationales.
L'objectif consistant à maintenir la fixité des prix des monnaies par rapport à l'or est par lui-même tout à fait souhaitable puisqu'il signifie que les autorités monétaires ne peuvent pas se lancer dans des politiques monétaires trop expansionnistes et que, contrairement à ce que l'on pense, l'expansion monétaire n'est jamais justifiée.
Les banques centrales à l'origine des crises monétaires
Le principe de fonctionnement d'un système à parité fixe est en effet simple : si un producteur de monnaie - par exemple une banque centrale - crée trop de monnaie, une partie de l'excédent se déverse sur l'extérieur, mais elle est tout d'abord échangée auprès de la banque centrale contre de l'or. Les réserves d'or de la banque centrale diminuent donc et celle-ci est obligée de freiner puis d'arrêter sa politique de création monétaire.
Malheureusement, les banques centrales publiques considèrent qu'elles peuvent annuler de manière arbitraire les engagements de convertibilité à prix fixe qu'elles avaient prétendu donner aux utilisateurs de monnaie : elles dévaluent leur monnaie - ce qui constitue tout simplement du vol - et l'Histoire montre qu'elles ne se sont pas privées de le faire (contrairement à ce qui se passait lorsque les garanties de prix fixe en or étaient données par des banquiers privés). Elles ont été ainsi à l'origine de l'inflation et des crises monétaires.
Une institution centralisatrice et irresponsable
Par ailleurs, l'instauration d'un système de fixité des monnaies par rapport à l'or n'impliquait pas une institution centrale comme le FMI, puisqu'il suffit que chaque banque centrale prenne l'engagement de convertibilité et fasse le nécessaire pour le maintenir. Autrement dit, dès le début l'existence même du FMI était contestable. Mais il est caractéristique de notre époque que l'on ait décidé de créer une structure centralisatrice au lieu de s'en remettre à la responsabilité de chacun dans un système décentralisé.
En fait, beaucoup d'autorités monétaires n'ayant pas respecté la discipline des changes fixes, elles ont enregistré des pertes de réserves de change et on a appelé cela des "problèmes de balance des paiements" (comme si une sorte de fatalité extérieure s'abattait sur elles). Il s'agissait en réalité d'une inadaptation de la politique monétaire. Mais toute institution a tendance à accroître ses pouvoirs et le FMI a vu dans ces situations des occasions inespérées d'intervenir. Il a pour cela un instrument important puisqu'il peut prêter des réserves monétaires aux Etats qui ont des "problèmes de balances des paiements" à partir des ressources apportées par les Etats-membres.
Certes, ses prêts sont conditionnels, c'est-à-dire qu'ils impliquent des changements dans les politiques économiques des pays bénéficiaires. Mais il n'en reste pas moins que le FMI détourne des ressources financières vers les pays les plus mal gérés, contrairement à ce qu'implique toute bonne gestion bancaire, à savoir orienter les ressources vers ceux qui sont le plus capables de bien les utiliser.
Lorsque les taux de change flexibles se sont généralisés à partir des années 1970, le FMI aurait dû disparaître, puisqu'il n'avait plus de raison d'être. Mais il s'est trouvé de nouvelles tâches, comme on l'a vu très récemment. Ainsi, dans la crise de la Grèce - que l'on devrait plutôt appeler une crise de l'Etat grec - il a prêté à ce pays des ressources qui sont détournées de pays mieux gérés, ce qui n'a aucune justification. Un banquier privé accroît le taux d'intérêt demandé à un débiteur douteux. Lorsque le débiteur est un État, les marchés financiers agissent donc ainsi. Mais la connivence entre gouvernements les conduit à refuser la sanction des marchés et ils utilisent leur pouvoir de contrainte pour utiliser les ressources des citoyens - éventuellement par l'intermédiaire du FMI - afin de prêter à des taux plus favorables à ceux d'entre eux qui sont de mauvais débiteurs.
Un symbole de la "mondialisation capitaliste" ?
On a par ailleurs souvent déclaré dans les jours récents que Dominique Strauss-Kahn avait heureusement accru le rôle du FMI à la suite de la crise financière, en augmentant ses moyens d'action et en pratiquant une politique d'inspiration keynésienne, c'est-à-dire une politique de relance par la demande. Or, la crise ne résultait en rien d'une insuffisance de demande, mais au contraire d'un excès de création monétaire dans le monde. Le retour à la stabilité n'implique pas des politiques laxistes, mais bien au contraire une réduction des déficits publics et des politiques monétaires plus strictes.
On peut enfin noter qu'il est étrange que le FMI - de même que la Banque mondiale - soit souvent présenté comme le symbole de la "mondialisation capitaliste", alors qu'il en est exactement le contraire, puisqu'il s'agit d'une institution publique représentant les États et qu'il est donc l'instrument d'un interventionnisme public et mondialisé regrettable. Il faut donc souhaiter la disparition du FMI.
Pascal Salin
Pascal Salin est Professeur émérite à l'Université Paris - Dauphine. Il est docteur et agrégé de sciences économiques, licencié de sociologie et lauréat de l'Institut d'Etudes Politiques de Paris.
Ses ouvrages les plus récents sont Français, n'ayez pas peur du libéralisme, Paris, Odile Jacob, 2007; Revenir au capitalisme pour éviter les crises, Paris, Odile Jacob, 2010.


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Il n'est pas un symbole de la mondialisation capitaliste, mais au contraire de la mondialisation bureaucratique. DSK révait de faire du FMI un outil de gouvernance planétaire...
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www.contrepoints.org/2011/05/18/25436-le-fmi-cette-grenouille
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lebulletindamerique.com/2011/05/21/dsk-symbole-du-fmi-par-doug-bandow/
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lupus1.wordpress.com/2011/05/21/le-grand-detournement-du-fmi-par-beat-kappeler/
Suite à la crisse internationale et du scandal DSK, on parle du FMI comme s'il s'agirait d'un bras de l'ONU. Le FMI est une banque comme il y en a d'autres, dont le premier actionnaire est le gouvernement des USA et il sont là pour faire de bénéfices avec l'endettement des états. Fin de l'histoire. Arrêtons de croire qu'ils sont là pour aider désintéressement, ça s'appelle du marketing.
Je me joins à vous pour remercier Atlantico de permettre aux libéraux de principe de s'exprimer dans un pays, la France, où la pensée étatiste et corporatiste de gauche -- prétendant détenir la vérité malgré ses échecs à répétition, et donneuse de leçons de morale malgré ses innombrables turpitudes -- a remplacé l'Inquisition d'antan.
Le FMI déresponsabilise les pays mal gérés avec l'argent des citoyens étrangers, (souvent pour acheter des clientèles électorales) en bafouant le principe de "pas de taxation sans représentation", le FMI est en tête de pont pour promouvoir une monnaie mondiale et une gouvernance mondiale.
Merci Atlantico pour permettre aux libéraux de principe depuis 20 ans exclus du débat public de s'exprimer.
Le FMI n'est pas un outil du capitalisme?? Le FMI a toujours promu la privatisation des entreprises d'Etat dans les pays en développement et la dérégulation. Si ça ce n'est pas capitaliste (qui d'ailleurs est une vertue)... Ne pas se focaliser sur les dernières années où la conjoncture et DSK ont fait du FMI un repère de regulationsites.
Corrigez-moi si je me trompe, mais Laurent Joffrin n'est-il pas directeur du NouvelObs depuis peu de temps? Et ceux qui l'ont précédé, ont-ils jamais avoué oeuvrer pour la gauche? Idem pour Le Monde. Avez-vous critiqué ces journaux pour cacher leur idéologie? Décidément, il y a des indignations qui sont très sélectives. Ne vous en déplaise, la gauche n'a plus de leçons de morale à donner.
Je ne vois pas pourquoi vous m'agressez et parlez de "mon rang". Contrairement à vous, je ne me suis jamais sentie supérieure à qui que ce soit, je ne fais que discuter et débattre. Je vous rappelle que le NouvelObs a pour rédacteur en chef Laurent Joffrin, qui a annoncé clairement à plusieurs reprises pour qui il votait (ce n'est pas un atout pour la gauche, j'en conviens, mais c'est ainsi)
C'est quoi les "les déviances du libéralisme" ??
Dites, Simone: pouvez-vous me citer une seule fois où le NouvelObs ou Le Monde aient avoué qu'ils sont à gauche? Pourquoi vous exigez-vous à des sites qui ne font pas partie de la gauche bien-pensante ce que vous ne demandez pas aux organes de presse de votre rang? Croyez-vous, en votre âme et conscience, que la gauche peut encore donner des leçons sur quoi que ce soit?
Ce n'est pas un problème qu'un journal soit orienté politiquement, au contraire la liberté d'expression est nécessaire, qui plus est dans la presse. Ce qui me chiffonne, c'est que Jean-Sébastien Ferjou, directeur de la publication, ne veuille pas admettre que son site web est à droite : "Non Atlantico n'a pas de ligne éditoriale" dit-il. Qu'il l'admette, ce n'est pas un tort.
@simone
vous dormiez ?
cela fait des années que le fmi B.... les petits pays du sud .
orienté sexuellement surement il suffisait de voir jouber hier a l'émission de taddeï avec ses chaussure a pointe. mais politiquement j'en doute car aujourd'hui le ps ou la droite c'est kif kif bourricot
réveillez vous madame...
ça fait plaisir d'entendre ça, qui se dit depuis longtemps sur les blogs liberaux mais est soigneusement occulté par notre presse mainstream, merci pour cet article argumenté et documenté. En fait le FMI représente une sorte de socialisation (baptisée 'solidarité') des réserves monétaires. Les grecs se souviendront longtemps de la 'solidarité' du FMI,
Bravo pour le nouveau "meilleur economiste de France", DSK !
Rempart à quoi? Quel libéralisme? Les Etats surendettés c'est la faute au libéralisme? Une Grèce remplie de fonctionnaires, de corruption et de réglementations vexatoires c'est la faute au libéralisme? Une banque centrale qui par des taux d'intérêt bas encourage au surendettement du privé et à la création d'une bulle du crédit c'est la faute au libéralisme? Le FMI n'a aucune utilité.
Son coût a-t-il été chiffré ou est ce un crime de lése-majesté que de le quantifier?
C'est marrant de reprocher a Atlantico d'être orienté, ce n'est pas ce que font tous les journalistes, à 80% de gauche en France? Quand c'est de droite ou quand c'est libéral ça vous plait moins apparemment.
C'est vrai, quoi: notre presse se concentre sur les conséquences sur la primaire socialiste. Mais le vrai drame, c'est que l'affaire DSK ouvre la voie à des suggestions et des idées de ce genre. DSK était un rempart rare contre le libéralisme sot (et contre l'idéologie aveugle). Personne n'est irremplaçable, sans doute, mais on sent déjà les conséquences de son absence.
Ce genre de personnes s'appellent des charognards de la politique
Sinon, Atlantico n'est pas orienté politiquement paraît-il... Une institution telle que le FMI pourrait justement éviter les déviances du libéralisme à tout prix et de responsabiliser les pays riches par rapport aux pays plus pauvres. Une sorte de solidarité nécessaire. Il est impensable de la supprimer.