Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Mercredi 18 Octobre 2017 | Créer un compte | Connexion
Extra

Fin du pétrole : Quels seront les grands défis à relever pour gérer la pénurie ?

Éviter une flambée des prix du baril, empêcher que l'OPEP ne soit en situation de monopole, recenser réellement les réserves mondiales... Thomas Porcher liste les nombreux défis pétroliers que nous aurons à relever dans la prochaine décennie. Extraits de "Regards sur un XXIe siècle en mouvement" (2/2).

Quand y'en a plus, y'en a plus !

Publié le
Fin du pétrole : Quels seront les grands défis à relever pour gérer la pénurie ?

dans son livre, Thomas Porcher liste les grands défis pétroliers des dix prochaines années.  Crédit Reuters

1er défi : sortir de la crise sans provoquer une flambée du prix du baril

L’analyse actuelle du marché du pétrole semble indiquer qu’une reprise de la demande (même de force moyenne) aux États-Unis et en Europe risque de provoquer de fortes tensions sur les prix. Actuellement, le marché du pétrole est déjà un marché tiré par la demande, notamment par celle des émergents. Les chiffres l’attestent : en 2011, le monde brûlait 90 millions de barils par jour contre 87,4 millions en 2010 et 85 millions en 2009. Le taux de croissance de la demande s’élève à 4 % par an contre une moyenne de 1,4 % de 1983 à 2000.

Dans la décennie 1990-2000, le monde consommait chaque jour 1 million de barils de plus qu’un an auparavant, désormais ce chiffre est de 3,3 millions de barils. Du côté de l’offre, l’OPEP (Organisation des pays exportateur de pétrole) ajuste toujours ses quotas en suivant l’évolution de la demande, de sorte que l’offre égale tout juste la demande. C’est d’ailleurs pour cela que le marché du pétrole est un marché très sensible. Dans ce contexte, une reprise économique aux États-Unis et en Europe pourrait créer un cercle vicieux car une hausse de 1 % de la croissance entraîne une hausse de 1 % de la demande de pétrole. Une reprise économique augmenterait donc
la demande de pétrole ce qui provoquerait une forte hausse des prix (soutenue par les fondamentaux et alimentée par la spéculation) ce qui pèserait à nouveau sur la reprise économique : c’est la reprise
en O comme cercle vicieux. Sans prise en compte de cette variable, l’ensemble des prévisions, qui sont d’ailleurs basées sur la reprise d’anciennes crises à un moment où le prix du pétrole était peu cher,
ne tiennent pas.

2e défi : endiguer la stratégie de l’OPEP avant qu’elle n’exerce un prix de monopole

Derrière le terme « pays producteurs de pétrole » se cache un grand nombre de pays que l’on peut séparer en deux groupes : les pays OPEP et les pays non OPEP. Les pays de l’OPEP forment un cartel qui détient la majorité des réserves (72,5 % des réserves prouvées) et les pays non OPEP agissent indépendamment les uns des autres et n’ont pas assez de réserves et de capacités de production
pour influencer le prix du baril. Le but de l’OPEP est d’épuiser les réserves du « concurrent » pour augmenter sa part de marché future. En jouant avec les quotas, l’organisation établit une tranche de prix
suffisamment élevée pour rentabiliser l’exploitation de la plupart des gisements de la zone non OPEP. Cependant, cette tranche de prix ne doit pas être élevée au point d’inciter les pays consommateurs à la
recherche de substituts à grande échelle.

Or, à moyen terme, la menace du substitut reste illusoire, sauf transition ultrarapide vers d’autres sources d’énergie ce qui, compte tenu de la situation financière des vieux pays consommateurs (Europe, États-Unis), semble difficilement envisageable. Une compression de la demande des pays consommateurs, par des politiques d’économie de l’énergie comme lors du contre choc pétrolier (1982-1986), est également utopique car aujourd’hui la croissance de certains pays (Chine, Inde) en fait des consommateurs captifs, ce qui explique la faible élasticité de la demande de pétrole au prix.

Dans ces conditions, la stratégie unique de l’OPEP consiste donc dans l’épuisement des réserves des pays non OPEP, pour pouvoir être en monopole et pratiquer un prix de monopole.

3e défi : recenser (réellement) les réserves mondiales

Aujourd’hui, aucune statistique concernant les réserves n’a pu être contrôlée par des experts indépendants ou par des organismes supranationaux. Un rapport de l’AIE (Agence Internationale de
l’énergie) cite différentes méthodes de calculs qui aboutissent au même ordre de grandeur en termes de nombre d’années pendant lesquelles les réserves seront suffisantes : entre 36 ans selon World
Oil et 44 ans selon Oil & Gas Journal. Les estimations de ces réserves vont de 1 051 milliards de barils selon Word Oil à 1 266 milliards de barils selon Oil & Gas Journal. Cependant, on peut noter que sur
les 97 pays retenus par Oil & Gas Journal pour évaluer le montant global des réserves, 38 n’ont pas modifié le niveau de leurs propres réserves depuis 1998 et 13 ont laissé ce dernier inchangé depuis 1993 alors qu’ils ont continué à produire (J. Kergueris, C. Saunier, 2005). Or ce manque de transparence autour des réserves prouvées alimente le débat de la fin du pétrole et la fameuse question du « peak oil ». Les spécialistes parlent de « peak oil » lorsque, dans une année, la production de pétrole est supérieure au montant des nouvelles réserves prouvées, signifiant ainsi un épuisement des réserves, une augmentation forte des prix et une nécessaire transition énergé-
tique. Malheureusement, le manque d’informations fiables sur les réserves ne permet pas un débat sérieux sur la nécessité d’une transition énergétique.

Ont participé à l'ouvrage : Clémence Aubert ; Nicolas Aubouin ; Adil Bami ; Yoann Bazin ; Julien Billion ; Ana Colovic ; Thibault Duchêne ; Frédéric Farah ; Aymeric François ; Héger Gabteni ; Nicolas Gardères ; Anna Glaser ; Serge Guérin ; Jean-Max Koskievic ; Emmanuel Kujawski ; Olivier Lamotte ; Alexandre Le Chaffotec ; Vincent Levrault ; Halim Madi ; Steve Ohana ; Thomas Péran ; Simon Porcher ; Thomas Porcher ; Christophe Schalck ; Benjamin Silverston ; Stephan Silvestre ; Jean-Paul Susini ; Julien Tarby ; Jérôme Villion.

______________________________________________

Extrait de "Regards sur un XXIe siècle en mouvement" chez les éditions Ellipses (août 2012)

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par Ganesha - 02/09/2012 - 11:31 - Signaler un abus Crotin

    Lorsqu'il n'y aura plus que les transports en commun, des taxis, des vélos en location (ou gratuits?) et autres "autolib" électriques, cela fera quelques milliers de morts en moins chaque année... Ou sinon, pour les nostalgiques du "bon vieux temps", le cheval c'est pas mal, mais on peut faire de très mauvaises chutes, et puis, il faudrait faire revenir les "ramasseurs de crotin" dans nos rues !

  • Par le Gône - 02/09/2012 - 11:45 - Signaler un abus Ridicule...

    le pétrole ne manques pas !! a 200$ le baril c'est celui a 100$ le baril qui va manquer...et l'opep le sait tres bien car ce dernier n'est pas dans "leurs" territoires !!

  • Par Superchon - 02/09/2012 - 11:49 - Signaler un abus Fin du pétrole

    Les réserves des compagnies sont certainement surestimées mais qu'en est-il des réserves de la planète. Il y a 10 ans, on ne parlait pas des gaz de schistes, aujourd'hui ils représentent des centaines d'années de réserves http://ow.ly/dp8zR. Il en va de même pour le fameux "peak oil" qu'on ne voit jamais arrivé http://ow.ly/dp8xs. Les technologies évoluent et ainsi permettent d'augmenter les sites exploitables.

  • Par altona - 02/09/2012 - 12:06 - Signaler un abus Pays émergents :stop

    c'est de la folie que de vendre de plus en plus de voitures aux Chinois, c'est ça en moins pour nous en pétrole disponible !

  • Par luc.b - 02/09/2012 - 13:10 - Signaler un abus La voiture représente moins de 30% de la consommation de pétrole

    En 2000, la France a consommé 90 millions de TEP de pétrole dont environ 25 millions de TEP pour les voitures. Il est temps de faire un gros effort sur 70% restant, c’est en autre le chauffage, les plastiques et le transport des marchandises sur lesquels on peut faire de grosses économies.

  • Par yt75 - 02/09/2012 - 13:38 - Signaler un abus Pétrole, pic de production

    Bon article, mais rappelons que le problème est avant tout une question de flux, beaucoup plus que de stock ou réserves, il y aura du pétrole pour encore très longtemps, c'est le nombre de barrils consommés par jour ou année qui va baisser (baisse déjà suivant ce que l'on considère comme du "pétrole" dans les hydrocarbures liquides et biocarburants), ceci étant amplifié par le fait que les réserves sont exploitées en commencant par les plus faciles avec les plus compliquées (en ivestissements et énergie nécessaire) pour la suite ... Et le cycle a priori, hormis effondrement brutal est plus quelque chose comme : 1) pic de prix du fait des vannes ouvertes à fond et tendance à la hausse pour la demande (juillet 2008) 2) "demand destruction" c'est à dire récession, baisse de la consommation, baisse du prix : 2009 (la conso mondiale a baissée, y compris l'électrique) 3) plus ou moins reprise de l'économie, go to 1 De fait la crise actuelle, quelque soit les étiquettes "financières" qu'on lui accolle (subprimes, de l'euro, de la dette, etc), est avant tout un choc pétrolier, il serait temps qu'on le réalise, à signer et relayer : http://tribune-pic-petrolier.org/

  • Par Kakou - 02/09/2012 - 16:50 - Signaler un abus Calèches

    Retour au bons vieus bourrins ...avec caléche , a chacun son sac a purrin ..pour le potager ......c'est les( vers) qui vont étre contents

  • Par Superchon - 02/09/2012 - 17:32 - Signaler un abus @yt 75

    Les anglais ne voient pas les choses pareilles pour eux la crise est politique et non pas financière, d'ailleurs le pétrole est plus que politique qu'économique http://ow.ly/dpjWu

  • Par yt75 - 02/09/2012 - 17:59 - Signaler un abus @superchon

    lol, c'est qui "les Anglais" ? La crise est tout cela à la fois mais si il y avait 3 ou 4 Arabie Saoudite pleines et une ou deux Amériques à batir nous ne serions pas en crise, très probablement ... Ne pas oublier que le premier choc (1973) c'est surotut la conséquence du pic de production des US (71, 10 millions barils jours autour de 5 aujourd'hui), pas étonnant que Bretton Woods abandonné au même moment et la bulle du crédit enclenchée après. Aujourd'hui l'addition ... A sujet du pétrole, le documentaie d'Eric Laurent "la face cachée du pétrole" dispo youtube dmotion vraiment excellent pour les aspects historiques. http://tribune-pic-petrolier.org/

  • Par MONEO98 - 02/09/2012 - 19:22 - Signaler un abus fin du pétrole ? pas avant longtemps

    c'est juste une question de prix http://www.commission-petrole.fr/allons-nous-en-manquer/ finalement les défenseurs des énergies alternatives cherchent surtout à nous faire peur pour gagner beaucoup d'argent .ils sont très forts

  • Par yt75 - 02/09/2012 - 20:11 - Signaler un abus @MONEO98

    Il est vraiment comique que votre site ne mentionne même pas le pic de production des US en 71 dans les crises, cette histoire d'étiquette "premier choc=embargo Arabe" est vraiment l'une des plus grandes entourloupes du XXeme siècle. Pour info l'embargo n'a duré que trois mois envers quelques pays, même pas effectif de l'Arabie Saoudite vers les US (voir James Akins à ce sujet ds la "face cachée du pétrole"), et surtout, les majors occidentales et la diplomatie Américaine on POUSSé l'OPEP a l'augmentation des prix. De fait suite au pic de production US en particulier, cette augmentation était nécessaire pour démaré les nouveaux gisements : Alaska, Golfe du Mexique, Mer du Nord en particulier.

  • Par prochain - 03/09/2012 - 00:00 - Signaler un abus Le progrès, les nouvelles technologies

    C'est pour les autres qui osent entreprendre comme en Pologne en ce moment, mais il ne faut pas le dire, nous avons des idées...arrêtées, préconçues. Yaka acheter le gaz à Poutine.

  • Par factsory - 03/09/2012 - 20:45 - Signaler un abus La faute à l'OPEP ?

    Les prix élevés seraient donc de la faute de l'OPEP ? Alors pourquoi les prix du baril sont restés à peu près stables autour de 20–30$ pendant une vingtaine d'années après les deux premiers chocs pétroliers ? Deuxièmement vous parlez de la part de l'OPEP dans les réserves mais personne ne sait réellement si les réserves des pays de l'OPEP sont fiables. Ce qui compte c'est la quantité de pétrole que chacun arrive à mettre en baril, chaque mois. Dans ce cas, l'OPEP ne représente qu'une quarantaine de pourcents de la production mondiale. Voir ici : http://www.eia.gov/cfapps/ipdbproject/iedindex3.cfm?tid=50&pid=53&aid=1&cid=ww,CG9,&syid=2010&eyid=2012&freq=M&unit=TBPD Ça semble peu vraisemblable qu'ils arrivent à maintenir artificiellement les prix haut en n'ayant la main que sur une minorité de la production. Et pourquoi maintenant ? Pourquoi pas il y a vingt ans ? Pour voir les causes des prix élevés du pétrole, il faut regarder plus loin et voir l'épuisement du pétrole bon marché au détriment du pétrole difficile à extraire et donc cher. Voir ici : http://www.factsory.fr/2012/petrole-quelques-faits-a-ne-pas-oublier/

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Thomas Porcher

Thomas Porcher est Docteur en économie, professeur en marché des matières premières à PSB (Paris School of Buisness) et chargé de cours à l'université Paris-Descartes.

Son dernier livre est Introduction inquiète à la Macron-économie (Les Petits matins, octobre 2016) co-écrit avec Frédéric Farah. 

Il est également l'auteur de TAFTA : l'accord du plus fort (Max Milo Editions, octobre 2014) ; Le mirage du gaz de schiste (Max Milo Editions, mai 2013).

Il a coordonné l’ouvrage collectif Regards sur un XXI siècle en mouvement (Ellipses, aout 2012) préfacé par Jacques Attali.

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€