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Fin du capitalisme : pourquoi la thèse idyllique que défend Jeremy Rifkin ne tient pas

Le dernier livre de Jeremy Rifkin, "The zero marginal cost society", qui prédit la disparition du capitalisme, est encensé en France avec béatitude par une presse socialiste trop heureuse de célébrer toute critique du marché. Décryptage comme chaque semaine dans votre chronique du "buzz du biz".

Le buzz du biz

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Fin du capitalisme : pourquoi la thèse idyllique que défend Jeremy Rifkin ne tient pas

Jeremy Rifkin prévoit la mort du capitalisme. Crédit Reuters

Vous l’ignoriez peut-être, mais nous voici engagés sur la route sublime de l’harmonie généreuse du monde post-capitaliste. Fini le règne de l’argent, de l’accumulation et de la compétition des uns contre les autres ! Dans un avenir proche, nous entrerons dans l’ère radieuse d’une économie du partage, hybride et collaborative, qui abolira la propriété, glorifiera l’acte "solidaire" et replacera "l’humain" au cœur de nos préoccupations. Le tout grâce au numérique et dans un développement gracieux, sensible et social, soucieux de la préservation de la biodiversité, respectueux de l’environnement et parfaitement inscrit dans une démarche soutenable et durable.

En résumé – et certes, de façon un peu caricaturée –, c’est la thèse (idyllique) que défend Jeremy Rifkin dans son dernier livre (The zero marginal cost society), relayé avec succès dans les médias français. La conclusion, reprise avec béatitude par une presse socialiste trop heureuse de célébrer toute critique du marché, est claire : le capitalisme va disparaître. Autant dire que dans beaucoup de rédactions et de salons mondains, on a débouché le champagne ! Et qu’importe si le livre est en réalité plus nuancé que les articles qui en parlent ou même que ce que l’auteur en dit dans ses entretiens.

Le problème, c’est que la thèse de Jeremy Rifkin ne tient pas. Le capitalisme ne disparaît pas avec le numérique. Bien au contraire ! Prenons l’exemple de "l’économie collaborative".

Au premier abord, elle a tout pour plaire aux "alters". D’abord, elle s’auto-désigne comme fondée sur un principe de coopération, de mise en commun, venant ainsi répondre aux inquiétudes sur l’atomisation de la société et l’absence de sens ou de lien social. Ensuite, elle défend le "partage" : dans un élan de générosité, les consommateurs s’échangent une perceuse qui ne sert pas, une place de voiture vide, une chambre inoccupée. Dans cette dynamique, la propriété n’a plus de sens et (fantasme post-marxiste), la voici abolie ! ; ce qui importe, c’est l’usage : pourquoi acheter une voiture, puisque je peux me déplacer en autolib ? Top du top, cet écosystème permet même le recyclage, en redonnant une vie à ce qui n’est plus utilisé. C’est tellement beau que cela pourrait arracher une larme !

Ne voit-on pas, d’ailleurs, tous ces jeunes entrepreneurs, bourgeois suffisamment privilégiés pour se désintéresser de l’argent, bobos en devenir ou cathos complexés par la réussite financière, aux ambitions altruistes bien ancrées, se lancer dans ces magnifiques aventures ? En plus, ils peuvent le faire sans coût, grâce à internet !

Tout cela est bien gentil, mais c’est de la communication pour raconter une histoire, du "story telling" comme disent les professionnels. Des fadaises !

Car l’économie collaborative peut se maquiller des atours à la mode dont elle a envie, elle reste un modèle "économique", c’est-à-dire irrémédiablement fondé sur la propriété, l’appât du gain, la concurrence et la recherche du profit.

Ay lieu de s’extasier, les adorateurs de la "sharing economy" devraient se scandaliser. Le principe de l’économie du partage, c’est l’hyper capitalisme, la glorification du marché, et non son retrait. Car à y réfléchir un peu, elle consiste à faire entrer de façon systématique dans la sphère marchande des activités qui en étaient exclues !

Hier, vous preniez un auto-stoppeur dans votre voiture ; aujourd’hui, vous lui louez la place qu’il a réservée sur son smartphone. Hier, votre boîte à outils prenait la poussière dans la cave, en attendant que vous la réutilisiez ; aujourd’hui, vous louez un marteau par-ci, une perceuse par là. Aucune de ces activités de "partage" ne repose sur le prêt : toutes sont fondées sur la location. Les usages et les préférences de consommation peuvent changer (je loue plutôt qu’acheter) mais l’échange marchand, fondé sur la propriété, reste incontournable. C’est tant mieux, car c’est ce qui marche !

 
Commentaires

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  • Par Anguerrand - 02/10/2014 - 14:53 - Signaler un abus Se battre contre le capitalisme c'est comme

    se battre contre la pluie, le vent, le froid, ou la chaleur. Depuis que l'humanité existe c'est un système naturel qui s'est mis naturellement en place, même à l'époque du troc, c'est bien le rapport entre l'offre et la demande qui a régi les rapports économiques. Le libéralisme récompense l'effort et le risque. Les communistes ont voulu le combattre? Tout le monde sait maintenant que ça ne fonctionne pas, sauf peut être le PS français, les autres partis de gauche étrangers l'on intégré, pas eux. Bien sur , des régulations par la loi sont nécessaires mais le capitalisme- libéralisme ne peut pas mourir, et au fait par quoi on le remplace?

  • Par boulegan - 02/10/2014 - 15:34 - Signaler un abus C'est le SEL quoi !

    (Systèmes d'Echanges Locaux) que certaines communes tentent d’instaurer. Je te coupe les cheveux et tu me donnes des pommes de terre de ton jardin . Je donne des cours de math à ton fils ,tu tailles ma pelouse… C’est du troc, ni monnaie ni chèques, net d’impôts ni taxes ni TVA . On n’est pas tenu d’assurer le service, on échange quand on le veut bien Le rêve ; C’est idyllique Bien entendu les commerces ne pouvant pas lutter à armes égales ,sont disqualifiés ..et disparaissent. Et avec eux les recettes fiscales ….sauf bien entendu en socialeland ou Montebourg séquestrerait ces saligauds ! bref …Back to the Stone Age M'étonnerait que ce bouquin se vende bien en Chine ...voire ailleurs qu'en France

  • Par Mandataire - 02/10/2014 - 15:59 - Signaler un abus Remarques d’améliorations…

    À quand sur Atlantico.fr la possibilité de facilement signaler coquilles/erreurs? Enregistrer un commentaire en brouillon pour relecture? Pouvoir aller à la ligne pour faciliter lecture/compréhension des commentaires? La possibilité de répondre à un commentaire sous celui-ci pour faciliter le suivi? La possibilité de conserver plus que les trois derniers commentaires? Certes, c’est du Travail… mais est-ce si compliqué à voir d’autres sites Internet qui le permettent? Sinon merci pour votre site et ses iconoclastes analyses.

  • Par 2bout - 02/10/2014 - 17:24 - Signaler un abus Promouvoir le travail au noir !

    N'est-ce pas une bonne idée ? Comme le disait boulegan, c'est le libéralisme sans les taxes.

  • Par Olivier K. - 02/10/2014 - 23:24 - Signaler un abus Acheter et échanger sont deux notion similaires,

    Dans les deux cas on transmet un reconnaissance de dette, soit sous forme d'argent lorsqu'on réalise un achat, soit sous forme morale lorsqu'on prête un objet. En effet lorsqu'on prête un objet on attend que l'autre nous rende un service en retour: il nous est redevable. Donc peu importe que les échanges ou partages soient ou non monétisés. Ce qui importe le plus dans la vision du futur de Rifkins est que le partage des moyens permette d'optimiser au mieux l'usage des outils. Au lieu d'avoir des outils, objets, qui perdent de la valeur en n'étant pas utiliser, grâce au partage on exploite au maximum leur potentiel avant qu'ils ne dépérissent, ce qui au final permettra une optimisation de l'usage des ressources. A mon avis c'est le meilleur moyen développer.

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Erwan Le Noan

Erwan Le Noan est consultant en stratégie et président d’une association qui prépare les lycéens de ZEP aux concours des grandes écoles et à l’entrée dans l’enseignement supérieur.

Avocat de formation, spécialisé en droit de la concurrence, il a été rapporteur de groupes de travail économiques et collabore à plusieurs think tanks. Il enseigne le droit et la macro-économie à Sciences Po (IEP Paris).

Il écrit sur www.toujourspluslibre.com

Twitter : @erwanlenoan

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