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Faut-il s’inquiéter des roulements de tambour protectionnistes américains ?

Indépendamment du style diplomatique quelque peu théâtral du nouveau président américain, il est important de rappeler un certain nombre d’éléments expliquant le coup d’éclat qui semble avoir remis en cause l’accord final du G7.

When Donald comes marching home

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Faut-il s’inquiéter des roulements de tambour protectionnistes américains ?

 Crédit SAUL LOEB / AFP

L’échec du dernier G7 a déjà suscité quelques odes au protectionnisme teintées à la fois d’un anti-américanisme mesuré,  et d’un anti-germanisme virulent. L’ensemble s’accompagne inévitablement d’un recours au discrédit du libéralisme et de la globalisation qualifiée de « mondialisme ». Rappelons à toutes fins utiles que l’anti-libéralisme virulent de l’Allemagne des années 1930 se repaissait d’un même vocabulaire fielleux exprimant la même critique de la liberté des échanges et du multilatéralisme.

Le retour à une politique de pouvoir commercial unilatérale  a alors enfermé les partenaires commerciaux de l’Allemagne dans un bilatéralisme dominateur. En conséquence de la mise en place d’une politique commerciale protectionniste et d’un  contrôle systématique des flux financiers, l’Allemagne sombra alors dans un système d’économie dirigée centralisée qui a vu dans une politique de conquête territoriale la seule alternative possible à la destruction du système d’échanges internationaux.

Quittons cependant ici la polémique pour nous mouvoir quelques instants sur le terrain économique et commercial qui explique, mieux que les grandes déclarations de principe ou les allégations politiciennes de plus ou moins bonne foi, les difficultés actuelles des puissances réunies lors du dernier G7. Indépendamment du style diplomatique quelque peu théâtral du nouveau président américain, il est important de rappeler un certain nombre d’éléments expliquant le coup d’éclat  qui semble avoir remis en cause l’accord final du G7. Et d’examiner également à cette occasion les aléas et les impérities des conséquences multiples d’une politique protectionniste dans le cas d’une taxe prohibitive sur l’acier et l’aluminium.

Donald Trump a fait du déficit commercial américain son cheval de bataille et s’attaque actuellement au « sauvetage » de l’industrie métallurgique américaine.  A cet effet, le président a signé le 9 mars dernier un décret de hausse tarifaire frappant les importations d’acier et d’aluminium à hauteur respectivement de 25 et 10%. S’il entre effectivement en application, ce décret frappera surtout potentiellement les principaux exportateurs que sont le Canada, le Brésil et la Corée du Sud.  

Voici un petit florilège des conséquences inéluctables d’une telle mesure si elle venait à être appliquée.

Outre le risque d’escalade protectionniste mondial, à la suite des inévitables   mesures de rétorsion envisagées par l’Union Européenne et la Chine touchant d’autres types de producteurs, les nouvelles taxes à l’importation, si elles étaient appliquées réellement à l’encontre de tous les pays exportateurs, risqueraient surtout faire de manière très immédiate des perdants de taille sur le continent nord-américain lui-même : les sidérurgistes allemands  certes, mais aussi l’industrie automobile allemande ET américaine ; l’industrie de modules solaires américaine qui verrait alors l’effet des subventions dispensées par l’Etat américain, anéanti par la hausse massive du coût de ses approvisionnements ; les industries du bâtiment et l’électroménager également consommatrices d’acier et d’aluminium ; les agriculteurs américains visés par les mesures de rétorsion chinoise prévues à l’encontre des produits agricoles américains exportés vers la Chine qui constitue pour les fermiers américains leur deuxième marché mondial ; les constructeurs de machines outils et d’avions également visés par la panoplie de mesures de rétorsions tarifaires préparée par les Chinois ; last but not least, les consommateurs américains  eux-mêmes qui verraient le prix de leurs voitures, de leurs appareils électroménagers et de leurs maisons considérablement augmenter.  

 
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Patricia Commun

Patricia Commun est professeure d'études germaniques à l’université de Cergy-Pontoise où elle participe aux recherches du laboratoire Agora.

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