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Faut-il changer l’objectif et l’objet social de nos entreprises ?

Les Etats, jusqu’alors, avaient été les détenteurs de l’intérêt général, du bien commun, de la garantie du vivre ensemble.

Les entrepreneurs parlent aux Français

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Peut-on changer la société en changeant l’objet social des entreprises ? L’entreprise est-elle sociale par nature ou par obligation ? L’entreprise est elle un objet social ou outil sans objet sociétal ? Le code a beau être civil, rend il l’entreprise civilisée ?

Nous pourrions remplacer cette tribune par au moins 200 questions. Que ce débat mériterait tout à fait d’ailleurs !

La seule conclusion qui s’impose, c’est que l’on ne peut en décider à la légère, et certainement pas en laissant un blanc seing à la Loi et au Juge.

A la Loi car le devoir sociétal ne doit pas être examiné, précisé et dicté comme le droit du travail. Au Juge, car il n’a ni la légitimité, ni la réserve, ni la neutralité politique qui permettrait de préserver ce qui doit rester un objectif, une obligation de moyens, et non une obligation de résultat.

Tout d’abord pourquoi cette question est-elle posée ? A l’évidence, la faillite des Etats aimerait trouver un nouveau porteur du virus sociétal. Les Etats, jusqu’alors, avaient été les détenteurs de l’intérêt général, du bien commun, la garantie du vivre ensemble. Ils avaient également été le ciment qui scellait des pierres de natures différentes, plus ou moins solides, plus ou moins fragiles, pour maintenir un édifice social acceptable pour tous. Les gouvernements conservaient les fonctions régaliennes, l’éducation, la santé, la sécurité, la recherche. Mais tout cela, c’était avant.

Avant que leur paresse, leur corruption institutionnelle, leur paresse intellectuelle et leur contentement de soi, leur endogamie organisée à leur unique avantage et protection (reproduction), leur lâcheté à faire les réformes indispensables à adapter la société à son présent et la préparer à son avenir, leur préférence pour les mesures faciles comme le pouvoir d’achat et l’achat à crédit, hypothéquant, chaque jour un peu plus, l’avenir des générations qui leur succèderont. Bref, avant que l’homme d’Etat ne laisse place au rentier de la République. Passés en 30 ans de 30% d’endettement sur PIB à plus de 90%, dans tous les Etats occidentaux, l’Etat n’a plus les moyens de façonner la société, ni même de lui assurer son socle ou son ciment, et assiste impuissant, à la montée en force des entreprises, notamment digitales, au conseil d’administration des nations, avec des moyens que l’Etat n’a plus. L’entreprise qui elle n’a pas le choix que d’accepter la concurrence, l’innovation et les remises en cause permanentes, remplace en bonne fourmi, la cigale, qui voit, bien démunie, l’hiver sonner à sa porte avec insistance et détermination.

L’Etat se demande alors comment « refourguer » à l’entreprise, un devoir sociétal qu’elle n’a plus les moyens d’assumer, mais aimerait bien en conserver la maîtrise, et en retirer les bénéfices. Le politique n’aura ainsi pas besoin de remercier les entreprises, et au passage reconnaître leur rôle essentiel, mais remercier la Loi et ceux qui l’appliquent, avec vertu parfois, dogmatisme, toujours. C’est mon analyse de la commande faite à la Mission Sénard/Notat. Mais le talent, la sagesse et la hauteur de ce binôme indiscutable, nous permet d’être rassuré sur les contours des propositions qui pourraient être faites. Ils savent bien que donner les clés de cet engagement à la Loi, recèle un danger réel, et que manipuler les explosifs est aussi dangereux pour ceux qui les manipulent que pour le reste de la population.

 
Commentaires

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  • Par ajm - 12/02/2018 - 17:44 - Signaler un abus Empilement de lois absurdes.

    Comme l"Etat Français est incapable de remplir son rôle, il se décharge â bon compte sur les autres, les citoyens et les entreprises, invités de plus en plus à faire le travail de l'administration dans toutes sortes de domaines: impôts, sécurité, papiers et etat-civil etc.. Changer la raison sociale des entreprises commerciales dont la finalité normale et évidente est économique, en y ajoutant des finalités vagues et politiquement correctes, c'est leur faire courir un risque juridique considérable avec une immiction permanente de la justice dans leur management sous les prétextes les plus variés découlant des "objectifs sociétaux" insérés par la nouvelle loi. C'est en réalité plomber un peu plus nos entreprises, surtout les moyennes et petites qui ne pourront pas se payer les services d'une armada de conseillers juridiques et de communication. C'est ajouter encore de la complexité et de l'arbitraire sur un terrain déjà miné depuis des décennies par toute la couche de lois absurdes empilées par des politiciens nullards qui polluent la France depuis trop longtemps. Mais cette pollution là, elle prospère et rien ne semble pouvoir l'arrêter !

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Denis Jacquet

Denis Jacquet est entrepreneur (Edufactory), investisseur (Entreprise et conquête) et président de Parrainer la croissance, une association d'aide aux PME pour rechercher la croissance, et cofondateur de l'observatoire de l'Uberisation. 

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