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Famille à temps partiel : avec à peine 8 heures passées ensemble par semaine, parents et enfants sont de plus en plus séparés par la vie moderne

Les parents ont de moins en moins de temps à consacrer à leurs enfants. Une évolution qui s'inscrit dans une mutation plus globale du modèle familial depuis 30 ans.

Famille 3.0

Publié le 19 juillet 2013
 
Le taux d'activité féminin est passé de 40% à 83% entre 1960 et aujourd'hui.

Le taux d'activité féminin est passé de 40% à 83% entre 1960 et aujourd'hui. Crédit Reuters

Atlantico : Un sondage britannique, relayé par le Daily Mail (lire ici), révèle que les parents ont de moins en moins de temps à consacrer à leurs enfants (36 minutes en moyenne les jours de semaine et seulement 2h30 chaque week-end). La France connaît-elle la même évolution ? Comment l'expliquez vous ?

Gerard Neyrand : Il y a une évolution similaire en France. Les enfants n'ont jamais été aussi importants dans la société. Mais paradoxalement le nombre d'enfants par famille diminue, de même que le temps qui leur est consacré. Au début du siècle les familles nombreuses comptaient au moins cinq enfants contre seulement trois aujourd'hui. La valeur de l'enfant a cru, l'investissement des parents aussi d'autant plus que l'enfant quitte de plus en plus tardivement le foyer familial. Ce paradoxe se retrouve beaucoup dans le discours des médias : ces derniers valorisent la relation parents/enfant et en même temps la socialisation par des instances autres que les parents est très importante. La socialisation est pluriel alors que le discours parental est extrêmement fort. 

La première explication est l'augmentation du taux d'activité féminin qui est passé de 40% en 1960 à 83% aujourd'hui. Le modèle de la femme au foyer a disparu pour laisser place au modèle du couple à double carrière. Mécaniquement, le temps consacré par les femmes aux enfants a diminué. Ces derniers passent ainsi beaucoup plus de temps dans les organismes d'accueil de la petite enfance. 

L'émancipation des femmes qui a permis leur accès au monde du travail est-il vraiment le seul facteur d'explication ?

Il y a aussi des explications complémentaires liées à l'évolution sociale. On est actuellement dans l'air de développement des médias et des loisirs très individualisés. Aussi bien les enfants que les parents peuvent avoir des "loisirs individuels" notamment via Internet. Les enfants ont également des loisirs avec "leurs pairs" où les parents ne sont pas conviés. Autrefois, les loisirs familiaux étaient davantage la norme. L'évolution la plus importante est celle du travail, mais l'organisation du temps libre a également évolué. 

Cette enquête britannique révèle également que de nombreuses familles passent beaucoup de temps devant la télé sans échanger le moindre mot. La modernité est-elle tout simplement en train détruire progressivement la famille ? En quoi ?

La modernité a un impact sur les modes de communication à l'intérieur de la famille. Pour que la famille moderne et "démocratique" (égalité entre les sexes, autonomie des personnes, relations affectives) fonctionne, il faut qu'il y ait du dialogue et de la communication à l'intérieur de celle-ci. Ce dialogue est parfois parasité par le rapport aux médias. Mais les médias servent aussi à communiquer, notamment les médias interactifs qui se sont beaucoup développés ces derniers temps. Aujourd'hui, lorsqu'une personne fait les courses seule, on la voit souvent téléphoner à son conjoint ou à sa conjointe pour savoir quel type de produits acheter. On voit bien  qu'il y a une communication différente qui ne se passe peut-être pas au même moment. Contrairement à autrefois, les repas ne se déroule pas forcément en famille. Néanmoins, la communication à l'intérieur de la famille reste primordiale pour que celle-ci continue à fonctionner. 

 


Commentaires

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  • Par clbm - 20/07/2013 - 07:21 - Signaler un abus Eduquer

    Si l'on veut des citoyens -animaux il n'y a qu'à laisser faire la nature, c'est facile cela se fait tout seul.
    Si l'on veut avoir une société faite d'êtres réellement humains ,il faut les sortir de leur condition naturelle d' être animal pour les élever vers la condition d'être humain.
    Qu'est-ce qu'un être humain ?
    Justement quelqu'un capable de se poser cette question ! Quelqu'un qui réfléchit à ce qu'il est et à ce qu'il fait et donc aux conséquences de ses actes.
    Un être humain intègre dans ses raisonnement la question de la souffrance des autres provoquée par lui-même .Il sait que cela s'appelle " le mal " .
    Il intègre aussi la notion du bonheur des autres qu'il peut souvent créer lui-même.Cela s'appelle " le bien ".
    Sans ces deux notions vous ne pouvez pas sortir un être de sa condition primitive d'animal pour le hisser vers la condition supérieure d'être humain.
    On voit ce qu'un manque d'éducation peut produire comme société .
    Qui peut éduquer ? Les parents . L 'école .

  • Par motlibre - 19/07/2013 - 21:09 - Signaler un abus On oublie un peu vite que "famille" n'égale pas "parents"

    Personnellement, je viens d'une famille nombreuse assez représentative de ma classe d'âge, et les moments partagés réellement avec nos parents se résumaient, le plus souvent, aux repas.
    Il y avait "des règles", que nous suivions, mais très peu de surveillance rapprochée... Chacun vivait sa vie... à son niveau.
    Les enfants menaient leur vie entre eux, les parents de leur côté. Les adultes se mêlaient bien moins d'organiser les "loisirs" des enfants, nous nous débrouillions entre nous.
    Ce qui a changé, aujourd'hui, ce n'est pas seulement l'absence prolongée des parents, c'est que nombre d'enfants sont seuls chez eux... quand les parents n'y sont pas.
    Et que nombre de parents, pensant bien faire, fournissent à leurs enfants des agendas de ministre, avec inscription au club de ceci, de cela, au centre de loisirs, etc
    Les enfants sont, certes, "occupés", mais au sens propre, ils sont quasi envahis par le monde des adultes et ne prennent plus le temps de s'ennuyer, de décider d'eux-mêmes de leurs jeux, bien souvent. Tout est programmé par les adultes, mais, comme on le voit, les échanges ne sont pas pour autant meilleurs.

  • Par lsga - 19/07/2013 - 15:23 - Signaler un abus Plus de 35h par semaine au travail et dans les transports

    disloque la sphère familiale et augmente la délinquance.
     
    Aux USA, comme en France, ce sont dans les familles où on cumule le plus d'heures de travail + heures de transports que les enfants sont le moins bien élevés et sombrent le plus facilement dans la délinquance.
     
    Quand des parents ne voient jamais leurs enfants, ceux-ci sont élevés par la rue.

  • Par trentenaire-du-14 - 19/07/2013 - 12:27 - Signaler un abus Parents au travail= enfants mal éduqués?

    Bonjour;
    Tout d'abord, petit problème, l'auteur de l'article s'appuie sur une étude britannique sur des familles britannique pour parler des familles françaises, même si il nous assure que la tendance est la même, il n'a pas de données pour justifier sa position.
    le problème est vaste, pour pouvoir s'en sortir financièrement et vivre correctement, il faut deux salaires... De plus, le 2 ème parents souvent la mère a dorénavant aussi une carrière et un investissement professionnel, passer plus de temps avec les enfants se fait au détriment de l'investissement professionnel et de moins en moins de parents souhaitent sacrifier leur carrières. Par exemple, peu d'hommes prennent un congé parental.
    Enfin, je n'ai pas le sentiment que les parents qui travaillent à temps plein ont les enfants les moins bien éduqués; paradoxalement, les petites terreurs indécrottables sont souvent issus de familles dont les parents ne travaillent pas ou peu (temps partiel), dès lors, la question n'est pas le nombre d'heures passées ensemble plutôt que l'investissement et la qualité du rôle de parents durant ce temps.
    Bonne journée.

  • Par ZOEDUBATO - 19/07/2013 - 08:39 - Signaler un abus A quoi sert la débauche de moyens de la sphère PUBLIC ?

    Cet article confirme que les enfants passe plus de temps dans les crèches ,garderie, etc ... avec des éducateurs spécialisés bien natis en privilèges, primes, statuts, avantages plus ou moins occultes, niches fiscales, sociales, salariales, etc qu'avec leur parents.
    Et pourtant on entend constamment les enseignants se plaindre que les enfants sont mal éduqués et en remettre la faute sur les parents
    Est-ce que la sphère Public, non contente de faire supporter tous les efforts de redressement sur le Privé pour pouvoir disposer de plus d'argent et de moyens, ne considéreraient pas les citoyens comme des d'administrés taillables et corvéables à merci et boucs émissaires des échecs des fainéants syndiqués du Public ?

Gérard Neyrand

Gérard Neyrand est sociologue, est professeur à l’université de Toulouse), directeur du Centre interdisciplinaire méditerranéen d’études et recherches en sciences sociales (CIMERSS, laboratoire associatif) à Bouc-Bel-Air. 

Il a publié de nombreux ouvrages dont Corps sexué de l’enfant et normes sociales. La normativité corporelle en société néolibérale  (avec  Sahra Mekboul, érès, 2014) et, Père, mère, des fonctions incertaines. Les parents changent, les normes restent ?  (avec Michel Tort et Marie-Dominique Wilpert, érès, 2013).

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