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Faire croire au surmenage : le sport national de la fonction publique

Bienvenue dans le petit monde de la fonction publique ! Voici l'administration telle que vous de l'avez jamais vue, devoir de réserve oblige. Le narrateur, employé de mairie d'une ville de banlieue, lui, l'a outrepassé - afin que vous sachiez enfin où passent vos impôts. Extrait de "On ne réveille pas un fonctionnaire qui dort", de Jérôme Morin aux édition L'Archipel (2/2).

Bonnes feuilles

Publié le

À la mairie de Poufoulah, le sport préféré de chacun consiste à faire croire au surmenage tout en travaillant le moins possible.

Un tel exercice n’est pas sans contraintes. Il faut de l’entraînement et de l’organisation. Les informations doivent se recouper.

Quand on vous demande si le labeur est en bonne voie, il s’agit d’être cohérent et persuasif : « J’ai bien avancé sur le sujet, mais comprenez que ce n’est pas mon unique priorité. J’ai d’autres dossiers importants qui nécessitent aussi toute mon attention. »

Une autre réponse est possible : « Ah ! oui, ce dossier-là. Il est prêt, je vous l’apporte en fin de matinée ! » Mais il est alors nécessaire de s’activer quatre heures durant pour s’occuper dudit dossier dans lequel on n’a pas encore mis le nez.

D’autres techniques sympathiques existent, visant notamment à éviter une visite surprise de la chef Baducq. Une complice, postée près de son bureau, m’avertit par courriel lorsqu’elle sort fumer sa cigarette en disant : « Je vais faire un tour à l’environnement. »

Dans ce type de situation, je prends le temps de sortir quelques dossiers, de mettre mes lunettes de travail, et j’attends tranquillement son arrivée. Je la vois, au loin, longer les murs pour éviter que je l’aperçoive, puis monter l’escalier en douce. À pas de loup, elle frappe à ma porte, entre et me trouve plongé dans mes dossiers, heureuse de constater que j’accomplis à merveille la tâche pour laquelle je suis rémunéré. Ce qu’elle cherche, c’est surprendre l’employé fautif. Le fond des dossiers, lui, ne l’intéresse aucunement, surtout pas ceux du service environnement. J’en ai eu la confirmation alors que je devais organiser, en pleine nature, une journée de ramassage des déchets. Avant même la mise en place du projet, elle m’avait annoncé son refus d’y participer. Son excuse : elle n’allait pas faire le travail des éboueurs. Elle avait sans doute raison. L’idée venant de moi, et non d’un élu, je n’ai jamais été autorisé à la concrétiser.

Il existe une option nº 2 pour fuir Mme Baducq, qui pourrait s’intituler : « Panique à bord ! » Je ne l’utilise que rarement, quand ma complice n’a pas vu sortir Mme Baducq. Son coup de fil prend alors la forme d’un avertissement : « Alerte ! elle est partie il y a cinq minutes et on ne sait pas où elle est ! »

D’un coup d’oeil furtif, je me rends compte, presque systématiquement, qu’elle est à deux pas de la porte. Elle a encore longé le mur afin que je ne puisse l’apercevoir. Elle écrase lentement sa cigarette. Il me reste trente secondes. Mon bureau est encombré de dessins que j’ai imprimés pour mes enfants et de dossiers en cours. Rien de suffisant, toutefois, pour éviter les ennuis. Il ne me reste qu’une parade. Je saute pardessus mon bureau. J’éteins la lumière. Je ferme la porte à clé. Je me faufile jusqu’aux toilettes. J’ai le souffle coupé et le coeur battant, tel le renard atteignant son terrier juste avant que les chiens assoiffés de sang ne le croquent. Le sourire aux lèvres, j’entends Mme Baducq frapper à la porte et tenter, de sa main frêle, de tourner la poignée. Elle s’exclame avec surprise : « Oh ! bah ! tiens, il n’y a personne… »

Dans sa phrase, je sens toute la déception du prédateur dont la stratégie s’est révélée inutile. Elle déambule ensuite dans le couloir pour tenter de sentir l’odeur de sa proie. Je vois son ombre passer en dessous de la porte de mon refuge. Dans le noir, j’ai allumé mon téléphone portable et entamé une partie de solitaire. Au bout de deux minutes, Mme Baducq se lasse et repart bredouille. Quant à moi, ma partie achevée, je regagne tranquillement mon bureau. Une heure plus tard, je lui téléphone, l’air de rien. Elle m’apprend qu’elle est passée à mon bureau sans m’y trouver. Je prétexte un rendez-vous, précisant que j’étais navré de l’avoir manquée. Je me permets souvent un petit excès de zèle : « Prévenez-moi avant de venir, Mme Baducq, mes dossiers m’obligent fréquemment à me déplacer. Cela vous évitera de trouver porte close ! »

Rien n’y fait : elle ne se lasse jamais de tenter encore et encore son coup favori…

 
Commentaires

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  • Par Anguerrand - 16/02/2014 - 11:19 - Signaler un abus Il faut lire

    "Absolument débordé" ou 35 heures en un mois de Zoé Sheppart fonctionnaire pour comprendre pourquoi il n' y a jamais assez de fonctionnaires en France. Édifiant et à peine croyable. Sous ce pseudo elle a écrit ces livres pour dénoncer les pratiques secrètes dans l'administration, et à été mise à l'index par l'administration et ses collègues qui se sont reconnus ( c'était donc vrai)

  • Par EREC56 - 16/02/2014 - 11:44 - Signaler un abus qui est responsable de la gabegie ?

    - Les fonctionnaires qu'on embauche pour découvrir qu'il n'y a pas de travail à faire ? - les élus qui courtisent les électeurs en s'arrangeant pour les embaucher ? - les chefs d'administration formés à la paperasse qui pensent que l'argent ne vient pas des entreprises mais qu'il pousse tout seul dans les arbres ? - les électeurs qui se battent pour en avoir pour leur argent et si possible pour l'argent des "autres" ? La gabegie administrative est une responsabilité collective. Notre mentalité nationale est au coeur du conservatisme contre-productif.

  • Par prochain - 16/02/2014 - 12:44 - Signaler un abus Lisez...

    La loi de Parkinson. C. Northcote Parkinson La bureaucratie. Ludvig von Mises Ernest Mandel.De la Bureaucratie marxistes.org ..."une tâche nécessite toujours le temps disponible pour son exécution"

  • Par prochain - 16/02/2014 - 12:49 - Signaler un abus Met-on tout le monde dans le même sac...? NON

    Vivement l'audit général de la Fonction en commençant par la Ô fonction svp. et (tous) les placards financés par les constribuables

  • Par la saucisse intello - 17/02/2014 - 03:10 - Signaler un abus Mais vous savez,............

    Ca existe AUSSI dans le privé. J'en épargnerai ici le détail, mais je sais PARFAITEMENT de quoi je parle. Nous avons nous aussi nos placards, nos emplois fictifs. Un cadre du privé SE DOIT d'avoir l'air toujours débordé. Pour celà : Ayez toujours des papiers à la main, marchez dans les couloirs ou dans la cour en regardant par terre, de temps en temps levez le nez au ciel en guise d'intense réflexion. Quand vous revenez des ateliers ou du parc à matériel, frottez vos mais sur un pneu de camion ou d'engin et tenez les bien écartées en allant au lavabo. Vos collègues (y compris la direction) ne manqueront pas de se dire "en voilà un qui met vraiment les mains dedans !" Et ainsi de suite. Procrastinez tout le temps mais ayez toujours à portée de main les dossiers en cours. Un conseil : Troi banettes avec dedans trois dossiers, ça doit vous permettre de garder tous vos en-cours à portée de main au cas où.....! Et puis commencez à les rapprocher de la corbeille à papier ou (mieux !) du papivore. Soyez tranquille, PERSONNNE ne vous demandera JAMAIS où ils sont. Selon votre activité, il y a la dissuasion absolue : Mimez une conversation au téléphone en anglais.

  • Par la saucisse intello - 17/02/2014 - 03:19 - Signaler un abus Mais vous savez,............suite.....

    Votre visiteur repartira aussi vite qu'il est venu ! Ensuite, vous atteindrez le Graal : La voiture de fonction ! Alors là, c'est Byzance ! Et on vous la donnera justement parce qu'on pensera que vu vos responsabilités, votre charge de travail et ce que vous rapportez (!!!) à l'entreprise, ce n'est que justice. Parfois, vous tomberez sur plus fort que vous. Jy suis passé UNE FOIS en trente trois années à des postes d'un certain niveau : Aprés deux ans de présence, mon boss m'a convoqué et m'a demandé "que faites-vous de vos journées ?" Je lui ai répondu sans détour "pas grand chose". Mais comme mes trés rares actions lui faisaient gagner beaucoup d'argent, nous sommes convenus du statu-quo qui a perduré une année encore. Et nous nous sommes séparés en excelent terme. Comment ai-je pu tromper cet homme supérieurement intelligent (bien qu'autodidacte) aussi longtemps, mystère ! Et j'ai ensuite poursuivi ma carrière au même rythme. En résumé, je dirais selon une formule qui m'est chêre "le monde du travail est un piano, à vous d'être Chopin" !

  • Par Satan - 17/02/2014 - 13:04 - Signaler un abus Privé ou Public

    C'est strictement la même chose... ceux qui prétendent le contraire sont dans le déni de réalité! Fumigènes de la propagande Hollando-Sarkozyste: pas facile de s'en dépêtrer

  • Par zelectron - 18/02/2014 - 00:46 - Signaler un abus Fonctionnaires inefficaces è virer !

    un à deux millions dans les dix ans qui viennent !

  • Par siegfred71 - 18/02/2014 - 04:06 - Signaler un abus prive ou public...c'est pareil???

    mon petit satan,t'as fumer la moquette!!! il est sur qu'il existe dans le prive des places kool,aussi sur qu'il y a des fonctionnaire et assimiles consciencieux.mais de la a dire"pareil"surement pas.pour ex:La SNCF que j'ai cotoye de nombreuse annees,un job kool (retard au boulot hallucinant en nombre et en duree)des pauses a gogo,des effort physiques inexistants pour je dirais 80% d'entre eux,un salaire annuel au bas de l'echelle qui avoisine les 1450 euros par mois,gratuite des trains pour femmes et conjoint et enfants(pas ridicule financierement et tres bon moralement)"il part avec sa famille le matin sur paris et revient le soir comme j'irai au McDO du coin et ca me coutera + cher ,et les vacances al/ret en TGV(tr tr kool),evolution lente com le prive sauf ke travail ou pas c'est pareil,et qu'au bout de kelk annees tu peux changer de specialite pour en aborder d'autre (tr tr bien paye)juste en passant un concour+test psy(trankil) en gros tu peux booster ton evolution,ensuite une retraite(calcul sur les 6 dern mois) a 55 ans,si tu decide 2 ans de+tu as entre 200et300eurde plus sur cette retraite et enfin des absence maladie ss jour de carence(d'ou le record d'absenteisme).

  • Par siegfred71 - 18/02/2014 - 04:51 - Signaler un abus joubliait...!!!

    record de d'accident de travail pour!!!DEPRESSIONS!!! et pourtant si on aligne pour beaucoup le retard,le nombre de pauses(et leur temps exager)+le depart avant l'heure,5h de boulot sur 7.et kan meme n'oublions pas la securite de l'emploi avec les avantages liees (le sourire du bankier et un certain bien etre quand a son avenir et celui des enfants et POURTANT j'ai supporter des annees de plaintes et les consciencieux bizzarement???pour baucoup avait deja bosser dans le priver.MOI a 45 ans j'ai connu plusieur boites essuyer des periodes de chomages meme courte ca plombe le morale(Mais pas de depression) en generale t'as le patron ou un contremaitre au cul,BIN OUI sinon il ferme! kelkefois selon les boites t'as une prime de rendement mais alors t'en chie/proportionellement a ton age et cette prime fait kelke dizaine d'euros mais beaucoup l'evite car il craigne pour leur sante EH oui un arret (rapelle toi!!!jour de carance) ca coute cher.ya pas de13 mois les pause c'est 15 minutes le matin et l'apr midi ,un salaire moyen avec des heures supp de 1650eur et kan je rentre,surtout depuis quelque annees je suis rincer...mais un malgre cela(ma petite fierte)je suis un ROC dans la tete.

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Jérôme Morin

Pour avoir publié ce livre dans une première édition à compte d'auteur, Jérôme Morin, né en 1973 à Champigny-sur-Marne, a été mis à pied pendant 18 mois et mis en examen pour diffamation publique. Il s'apprête à faire son grand retour au sein de sa chère mairie...

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