Il n'y a pas si longtemps, l’agence Moody’s a dégradé une nouvelle fois la note d’endettement à long terme de l’Espagne. Cette dégradation est conséquente puisqu’elle est de trois crans pour finalement établir la note espagnole à « Baa3 », c'est-à-dire la dernière note avant de tomber dans le Non Investment Grade, la catégorie spéculative, seuil au-delà duquel peu de fonds d’investissement s’aventurent, considérant de telles obligations comme « pourries ».
La réaction des marchés ne s’est pas fait attendre et dès le lendemain le taux d’intérêt des emprunts à 10 ans de l’Espagne a atteint presque 7%, un record absolu depuis la création de la zone euro. Le plan d’aide européen, pourtant massif, de 100 milliards d’euros, c'est-à-dire 60 milliards de plus que ce que préconisait le FMI, n’a pas suffit à rétablir une confiance pérenne dans la solidité de l’Espagne. La situation n’est pas tenable, l’Espagne semble bien au bord du gouffre à son tour. De plus, on considère généralement qu’un taux supérieur à 6% est un signe très négatif d’insoutenabilité de la dette publique.
La situation espagnole ne manque pas d’une tragique originalité. Elle présente une double crise : celle de la liquidité du secteur bancaire, et celle de l’insolvabilité de l’État, situation qui s’empire. Depuis quelques temps déjà, cette double crise est devenue une véritable bombe à retardement pour l’économie.
La dette privée, donc l’endettement des ménages et des entreprises espagnoles, atteint des sommets à 4 500 milliards d'euros, soit environ 300% du PIB et devient la première dette privée d’Europe. Parallèlement, les banques espagnoles se révèlent au bord de la faillite et appellent à la recapitalisation de l’État, comme Bankia il y a quelques jours.
Mais ce même État, lui-même, par l’intermédiaire notamment de ses communautés autonomes, croule sous le poids de sa dette à presque 80% de son PIB. C’est l’évolution qui est préoccupante ici, plus que sa valeur absolue.
L’État a donc besoin d’emprunter aux banques qui lui demandent elles-mêmes de les recapitaliser. Depuis quelques jours déjà, une fuite en avant abracadabrantesque était engagée par l’État espagnol qui prêtait de l’argent aux banques pour qu’elles puissent lui re-prêter dans la foulée.
Ce phénomène se retrouve dans une moindre mesure dans la plupart des économies européennes et a pour conséquence dramatique de lier le sort de l’État à celui des banques. Tant que chacun peut engranger la dette de l’autre, le système tient en équilibre. Si l’un des deux chute, il emporte l’autre avec lui.
Cette situation a fait fuir les investisseurs qui refusent aujourd’hui d’acheter de la dette espagnole, ce qui fait grimper en flèche le taux d’endettement à long terme. Le taux de chômage à presque 25% n’arrange rien à la situation.
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