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L’ "exorbitant privilège fiscal américain" : des profits de rente (pétrole) et de monopole (nouvelles technologies) quasiment sans impôt. Que faire ?

De plus en plus de multinationales américaines stockent leurs profits dans des pays avec une fiscalité privilégiée.

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L’ "exorbitant privilège fiscal américain" : des profits de rente (pétrole) et de monopole (nouvelles technologies) quasiment sans impôt. Que faire ?

 Crédit DAMIEN MEYER / AFP

Atlantico : Les économistes Gabriel Zucman et Thomas Wright, dans leur étude "the exorbitant tax privilege" ont pu dresser le profil des multinationales américaines qui stockent leurs profits dans des pays à "fiscalité privilégiée". Ainsi, en 2016, 76.5 milliards étaient comptabilisés en Irlande par ces entreprises, 43.3 milliards aux Pays Bas, ou encore 40.9 milliards à Singapore. Alors que la réforme fiscale de Donald Trump a pu être présentée comme un moyen de lutter contre ce phénomène, peut-on d'ores et déjà en mesurer les résultats ? 

 
Jean-Paul Betbeze: Oui, on peut mesurer ce phénomène dans la montée actuelle des bourses américaines, avec encore du mieux dans la croissance et l’emploi, toujours au plus haut, mais pas dans les hausses de salaires !
Paradoxe si l’on veut, c’est en fait l’achèvement d’une stratégie ancienne. La réforme fiscale de Donald Trump, en abaissant les impôts sur les profits des multinationales américaines, hors impôts car non encore rapatriés aux États-Unis, entérine une course à la baisse des impôts, et donne raison aux entreprises qui attendaient. Elles attendaient un traitement fiscal plus « aimable », sachant qu’en bonnes patriotes leurs profits étaient, quand même, investis en bons du trésor américain. Barak Obama leur demandait régulièrement de faire leur devoir et de payer 35% d’impôts. Elles ont plutôt attendu Donald Trump qui les a taxées à 15,5% si l’argent revenait avant fin 2017. Un tiers du trillion (estimé) de dollars de profits ainsi parqué est revenu. Le reste devrait suivre.
 
C’est du Donald Trump pur sucre : conforter la croissance américaine par l’effet richesse, autrement dit par la hausse des bourses. En effet, les 300 milliards de dollars revenus au bercail en décembre ont payé l’impôt, en vendant leurs bons du trésor, ce qui ne s’est pas vu, puis ont racheté les actions de leur société pour en faire monter le cours. Pas plus d’investissements, ils sont déjà élevés. Pas plus de salaires : il s’agit d’Apple ou de Facebook, dont les salariés sont à l’abri du besoin, et aussi leurs descendants !
 
Surtout, le travail remarquable de Gabriel Zucman et Thomas Wright, qui exploitent pour la première fois les données issues de la dernière loi fiscale américaine, explique le miracle américain : comment le pays le plus endetté du monde gagne-t-il autant d’argent à l’extérieur ? Les entreprises américaines ont-elles une expertise particulière, pour être plus rentables que leurs concurrentes ?
 
La réponse est non : les entreprises américaines ne sont pas plus rentables : elles exploitent des situations de rente, puis de monopole, en payant moins d’impôts !
 
Ces profits viennent en effet, pour moitié, de l’industrie pétrolière, donc de la rente pétrolière, et les taxes des pays producteurs y ont brutalement baissé, passant de 70% à 40%... après la Guerre du Golfe. En « paiement » de la protection américaine ? Puis, l’impôt sur les bénéfices a continûment baissé depuis mi-1990, mais ceci n’a pas empêché les multinationales non pétrolières de mettre leurs profits dans des havres fiscaux, de 20% à 50%, incités en cela par les autorités américaines ! Jusqu’aux profits des GAFA, clairement monopolistiques.
 
 
Commentaires

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  • Par Atlante13 - 13/09/2018 - 12:22 - Signaler un abus On devrait leur exporter

    nos Piketi et autres économistes fonctionnaires. Sur qu'en deux ans les USA déposent le bilan.

  • Par vangog - 13/09/2018 - 13:43 - Signaler un abus Irlande , Pays-Bas, deux paradis fiscaux europeistes...

    au milieu des enfers fiscaux comme la France...le problème ne provient pas des multinationales américaines, qui ne font qu’exploiter un système inégalitaire engendré par l’UE, le problème provient des enfers fiscaux socialistes qui persistent dans l’UE , et que des rats comme Mosco-le-vicieux permettent que ces pays gouvernés par des archaïques, ne respectent aucun des critères de Maastricht, sans supporter aucune sanction...ces fascistes modernes préfèrent sanctionner le patriote V.Orban, résistant à l’invasion, plutôt que le socialiste honteux Macron-Rothschild, collabo de cette invasion, et encourageant l’Europe inégalitaire et la soumission aux GAFAs américains...un pur suicide européen!

  • Par vangog - 13/09/2018 - 13:46 - Signaler un abus @atlante13 on pourrait leur envoyer Jacques Delpla...

    économiste vedette de la chaîne Macroniste BFM-TV...sûr qu’en un an, les USA déposent le bilan, avec ce gauchiste archaïque, pire que Piketty...

  • Par Anouman - 13/09/2018 - 19:56 - Signaler un abus Leçons

    "La troisième leçon est de baisser les impôts !" Chez nous la première est de baisser les dépenses publiques pour pouvoir baisser les impôts. On pourrait même commencer par s'entraîner à ne pas les faire augmenter. Mais cela semble hors de portée des sociaux démocrates au pouvoir. D'ailleurs, ils sont même incapables de déterminer les dépenses qui pourraient baisser sans faire autre chose que supprimer quelques rentes de situation.

  • Par Lazydoc - 14/09/2018 - 00:14 - Signaler un abus Euhhh

    Bosser?

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Jean-Paul Betbeze

Jean-Paul Betbeze est président de Betbeze Conseil SAS. Il a également  été Chef économiste et directeur des études économiques de Crédit Agricole SA jusqu'en 2012.

Il a notamment publié Crise une chance pour la France ; Crise : par ici la sortie ; 2012 : 100 jours pour défaire ou refaire la France, et en mars 2013 Si ça nous arrivait demain... (Plon). En 2016, il publie La Guerre des Mondialisations, aux éditions Economica et en 2017 "La France, ce malade imaginaire" chez le même éditeur.

Son site internet est le suivant : www.betbezeconseil.com

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