Jeudi 17 mai 2012 | Créer un compte | Connexion RSS 
 

Zone franche

Publié le 21 octobre 2011

Maternelle : cachez cet élève en difficulté que je ne saurais voir

Évaluer les enfants en fin d’école maternelle, c’est plus sûrement pour leur donner un coup de main en primaire que pour les envoyer en taule juste après le collège…

 
Une maman dépose son enfant dans une école parisienne : "Et surtout, si la maîtresse tente de t'évaluer mais que tu ne parviens pas à t'échapper, tu me le dis en rentrant, hein mon chéri..."

Une maman dépose son enfant dans une école parisienne : "Et surtout, si la maîtresse tente de t'évaluer mais que tu ne parviens pas à t'échapper, tu me le dis en rentrant, hein mon chéri..." Crédit Reuters

Il est logique que, dans un pays aussi idéologisé que le nôtre, on n’aime pas beaucoup les données concrètes ― ces faits qui viennent clasher avec le point de vue que l’on adopte par principe parce que si les choses ne sont pas vraiment « comme ça », c’est « comme ça » qu’elles devraient être…

Mais les données concrètes, c’est ainsi, sont souvent fournies pas la statistique ou la comparaison. D’où cette aversion croissante pour les classements et autres évaluations qui se multiplient depuis l’invention du tableur Excel.

De fait, et quel que soit le sujet, l’esprit français récuse tous les thermomètres gradués, des classements mondiaux d’universités (les critères nous désavantagent) aux classements nationaux de qualité des hôpitaux (c’est une nouvelle étape vers la privatisation de la santé), en passant par l’étude PISA sur les résultats scolaires dans les pays de l’OCDE (ils ne comprennent rien à notre modèle) ou l’aide aux pays en développement (mais bien sûr qu’il faut comptabiliser les transferts vers les DOM-TOM !).

Et je ne vous parle pas de ces agences de notation financière, dont les classements comportent nécessairement un terrible biais anti-Gaulois.

Aiguiller de petits malfaisants de 5 ans vers les Baumettes ?

La dernière proposition d’évaluation à faire bondir dans les chaumières, c’est celle qui, en fin d’école maternelle, permettra de repérer les enfants en difficulté d’apprentissage. Inspectez-là pourtant sous toutes les coutures, et demandez-vous franchement d’où la polémique a pu partir qui désigne cet outil pédagogique d’une effrayante banalité comme un premier aiguillage de malfaisants de cinq ans vers la prison des Baumettes

En gros, les enseignants sont invités à vérifier si leurs ouailles progressent toutes au même rythme dans quatre domaines distincts (motricité, langage, comportement scolaire, reconnaissance des sons), l’idée étant d’apporter une aide particulière aux enfants dont on aurait reconnu les petits soucis avant qu’ils ne deviennent de gros ennuis.

Rien de bien méchant ? Allons donc ! Personne n’est plus retors qu’un évaluateur d’évaluation ! Ce dispositif n’est rien d’autre que l’avatar de la phrénologie, explique d’ailleurs Marianne : une charlatanerie d’il y a deux siècles visant « à reconnaître les délinquants d’après la forme de leur crâne » ! Argh… Et c’est écrit où, ça ?  Ben nulle part.

Pour Politis, la prison semble encore un sort trop réjouissant pour les petits zigotos évalués. Non, c’est la décharge qui leur est promise puisqu’il s’agit carrément de « tri sélectif »... C’est aussi l’avis des instits du SNUipp, qui évoquent un « dispositif national de marquage des élèves » et de « fichage ». Il est vrai que le ministère de l’Éducation nationale, en lançant cette initiative, fournissait aussi le bâton pour se faire battre en classant les enfants sur la base d’un « risque » d’échec scolaire.

Au pays du principe de précaution, parler de risque ? Quelle idée ! Qu’à cela ne tienne : le terme malheureux a immédiatement été retiré par Luc Chatel, ce qui n’a d'ailleurs pas vraiment désarmé les hostiles. Le gros naïf : la détermination des opposants, ça s'évalue, non ?

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par Hugues Serraf - 22/10/2011 - 11:19 - Signaler un abus @albert1

    Il s'agit d'un commentaire sarcastique, rappelant qu'en France, les transferts vers les DOM sont agrégés à l'aide au développement ce qui surévalue artificiellement notre générosité.

  • Par albert1 - 22/10/2011 - 00:58 - Signaler un abus Ignorance ou désinformation

    Comment parler d'aide aux PVD,au sujet des départements et territoires français (DTOM),sans lesquels ,il n'aurait jamais eu ni force de frappe (liaison Taverny,Pointe-à-Pitre,Mururoa),ni Europe spatiale (Kourou).
    Albert1

  • Par albert1 - 22/10/2011 - 00:47 - Signaler un abus Ignorance ou désinformation

    Comment inclure dans l'aide aux PVD les DTOM,territoires de souvera

  • Par sheldon - 21/10/2011 - 21:02 - Signaler un abus Comme en Grèce, que les jeunes partent de ce pays !

    ça me fait très mal de dire ça mais la pâte socialo/radsoc/droitebienpensante/écolos etc nous colle à la peau. On fera tout pour ne jamais prendre une mesure qui risquerait de faire ressortir que les enfants issus de la "diversité/chance pour la France" ont plus de difficulté, vu une autre langue maternelle et des coutumes qu'ils ne peuvent pas retrouver (quoique de - en -) à l'école :pur fantasme

  • Par jesuismoi - 21/10/2011 - 19:51 - Signaler un abus On évalue bien tout et n'importe quoi

    ...., des candidats pendant des primaires, des intentions de vote à 8 mois des éléctions, des nations à travers des AAA, des communes à travers des AAA, des villes aussi....., des rigolos qui essaient de chanter à la télé, des parts d'audience et même la meilleuer vente d'un magasin
    Que chacun d'entre nous continue ce petit jeu... vous verrez qu'on en évalue, des choses.... sans s'en rendre compte

  • Par alain jugnon - 21/10/2011 - 17:53 - Signaler un abus Pour l'exemple

    Sarkozy évalué avant six ans se serait avéré être un danger pour la démocratie : plein de tics , idiot sur les bords, élèves en difficulté et faiblesse d'esprit déjà chronique. Aucun homme de Droite n'aurait passé la barre : après la correctionnelle éducative, ces hommes là auraient juste été bon à augmenter de bras et de mollets la soldatesque républicaine nationaliste. 2012 année des barbouzes.

  • Par fms - 21/10/2011 - 16:10 - Signaler un abus pourrait-on commencer par évaluer les évaluations ?

    leurs approches, leurs idéologies induites, leurs effets pervers, etc...
    Quelle est l'efficacité d'un tel document ? Déterminer les élèves en difficulté ? Et le rôle de l'enseignant ? Juste bon à remplir des cases, on supprime le côté humain des instituteurs ?
    Les entreprises passent leur temps à remplir des fichiers XL et faire des fichiers Powerpoint... souhaitons autre chose pour notre école !

  • Par ISABLEUE - 21/10/2011 - 16:05 - Signaler un abus Les profs ne joueront jamais le jeu

    ils s'en fiichent de repérer un enfant mal dans sa vie, battu, etc ce système aurait aussi aidé le système à voir plus clair dans l'entourage de certains enfants malheureux Mais je soupconne les "maitres d'écoles" d'être fatigués Ah et puis j'oubliais, c'est une idée de la Droite, donc forcément mauvaise, à part les heures supplémentaires défiscalisées..... ne changeons rien c'est fatiguant :))

  • Par paul2 - 21/10/2011 - 15:51 - Signaler un abus Ne changeons rien on

    Ne changeons rien on risquerait de trouver des solutions....

  • Par coin-coin - 21/10/2011 - 14:49 - Signaler un abus la politique de ne pas transmettre

    Que se passe t'il donc en maternelle pour qu'on veuille déjà évaluer les personnes? La méthode de devinette semi-globale commence effectivement à ce moment: le métier de nouveaux parents commence alors, et ceux qui peuvent et qui veulent transmettre creusent alors la différence, culturelle, sociale, laissée par le manque de simplicité d'acquisition de la langue, la politique de ne pas transmettre.

  • Par a.l.l. - 21/10/2011 - 10:34 - Signaler un abus Effet pygmalion

    [en de hors de toute idéologie] il faut prendre très (+++) au sérieux l'effet pygmalion
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Effet_Pygmalion
    Et pour évaluer le domaine de la petite enfance dans des notions telles que la "conscience phonologique" il faut des intervenants très compétents, et du temps. Un travail bâclé peut-être catastrophique... c'est bien beau de pondre des circulaires

  • Par alain jugnon - 21/10/2011 - 09:07 - Signaler un abus Eugénisme républicain de droite nouvelle

    Mais bien sûr... le sarkozysme c'est cool, ça fait le tri dans l'humain et le gauchisme c'est pas cool ça laxiste et ça mou du genou... je rappelle ici que Chatel a dit précisément que cette mesure était "contre les élèves en difficulté"... alors ? heureux ? la République bouffe ses enfants au berceau, ça va aider le bourgeois et l'intello de droite décomplexé à mettre de l'ordre dans sa cuisine.

  • Par brennec - 21/10/2011 - 08:32 - Signaler un abus etiquetage

    On sait que les étiquettes influencent le professeur. On sait qu'une classe étiquetée mauvais élèves sera jugée moins bonne qu'avec une étiquette surdoués. L'étiquette qui sera apposée a la sortie de la maternelle collera jusqu'a la fin des études. Pourquoi attendre la fin de la maternelle pour pallier aux déficiences?

Hugues Serraf

Hugues Serraf est journaliste, écrivain et blogueur.

Aujourd'hui, éditorialiste à Atlantico, il est l'auteur de Petites exceptions françaises (Albin Michel, 2008) et de L'anti-manuel du cycliste urbain (Berg International, 2010).

 

Voir la bio en entier

Décryptage
Vos amis sur Facebook

Contact | Contact commercial | Candidatures | Ecrire à la rédaction | Mentions légales | Conditions d'utilisation | Plan du site | Site réalisé par Palpix

Fermer