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Une étude tente d'établir les liens entre l'utilisation des réseaux sociaux et l'augmentation des crimes de haine aux Etats-Unis

Existe-t-il un lien entre les pics de connexion sur les réseaux sociaux et la hausse des "crimes de haine" aux Etats-Unis ?

Pas si simple

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Une étude tente d'établir les liens entre l'utilisation des réseaux sociaux et l'augmentation des crimes de haine aux Etats-Unis

 Crédit LOIC VENANCE / AFP

Atlantico : Des chercheurs de l'Université de Warcwick en Angleterre ont réussi à établir un lien direct entre l'utilisation des réseaux sociaux et les crimes de haine. En mars, Karsten Mueller et Carlo Schwarz ont publié un article montrant que les crimes de haine contre les musulmans se sont concentrés dans les comtés américains ayant une forte utilisation de Twitter. Mais concrètement que penser de cette étude ? Est-ce que les corrélations sont si évidentes ? 

François-Bernard Huyghe : D'abord pour moi, ce lien n'est pas établi.

J'ai beaucoup d'objections méthodologiques à faire. A partir d'une fréquence dans l'utilisation de Twitter et pendant une certaine période (qui s'arrête en décembre 2016) ils établissent une  corrélation dans le temps et l'espace sur la hausse des crimes de haine. Puis ils établissent des corrélations directes entre les tweets de Donald Trump et l'augmentation des crimes de haine selon la définition qu'en fait le FBI. Mais c'est bancale.

On confond là des variations et une causalité. Ne serait-ce qu'en termes méthodologique cette étude pose problème. Ils font des variations dans le temps sur des dizaines d'années or, la situation et le nombre de musulmans n'étaient pas les même.  Mais surtout l'étude me paraît naïve dans le sens où elle attribue un pouvoir magique aux tweets de Trump, presque comme si chaque tweet se suivait d'une hausse du nombre d'actes antimusulmans Il y a certainement plus de variables et d'éléments de causalité qui permettent d'expliquer la progression (relative) des "crimes de haine".

Pour autant est-il faux de penser que les messages (souvent peu modérés) publiés massivement sur les réseaux sociaux couplés au jeu des bulles algorithmiques ne favorisent pas en un sens l'augmentation des actes violents dans la vraie vie ?

Il y a forcément un lien entre le virtuel et le réel et le fait d'échanger plusieurs heures à échanger ou lire des messages sur les réseaux sociaux ne peut pas être sans impact sur ce que vous allez faire dans la vraie vie. Il serait amusant de comparer cette étude avec celles qui expliquaient l'impact de la télévision dans la hausse de la violence au quotidien ou l'impact de la pornographie dans la hausse des crimes sexuels. Evidemment aucun sociologue sérieux irait parler de causalité simple et directe même si cela peut y contribuer. Les gens sont souvent plus modérés que ce que l'on peut lire sur les réseaux sociaux et ont une faculté de discernement. 

Si l'on veut réfléchir sérieusement au phénomène il faut évidemment évoquer le phénomène d'isolement et de renforcement que procure les réseaux sociaux. Grâce ou à cause des bulles algorithmiques vous allez parler à des gens qui pensent déjà comme vous. Admettons que vous soyez "antimusulmans", vous n'allez être confronté qu'à des gens qui vont penser comme vous. Donc être coupé des idées divergentes et allez radicaliser votre opinion. 

 
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François-Bernard Huyghe

François-Bernard Huyghe est directeur de recherches à l’Iris.
 
Il enseigne notamment au Celsa-Paris IV à l’Iris Sup, et anime le site http://huyghe.fr
 
Spécialiste des stratégies de l'information, il est l'auteur de nombreux ouvrages, dont La Soft-idéologie (Robert Laffont ), L'Ennemi à l'ère numérique (Puf), Comprendre le pouvoir stratégique des médias (Eyrolles), Maîtres du faire croire de la propagande à l'influence (Vuibert), Les terroristes disent toujours ce qu'ils vont faire (avc A. Bauer, Puf), et Terrorismes, Violence et Propagande (Gallimard) 
 

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