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L’étude qui montre à quel point la surconsommation d’alcool impacte l’espérance de vie (et pourquoi l’obsession pour les seuils est contre-productive)

Une récente étude, publiée par la revue britannique The Lancet vendredi 13 avril, analyse l'impact de la consommation d'alcool sur notre espérance de vie. Un seuil hebdomadaire a été fixé par les épidémiologistes pour rester en bonne santé.

Le verre de trop

Publié le
L’étude qui montre à quel point la surconsommation d’alcool impacte l’espérance de vie (et pourquoi l’obsession pour les seuils est contre-productive)

Atlantico : Les scientifiques ont établi un seuil de 100g d'alcool par semaine en dessous duquel boire ne représente pas un danger exagéré pour notre santé et notre espérance de vie. Comment les auteurs de l'étude sont-ils parvenus à ces conclusions ? 

Fatma Bouvet de la Maisonneuve : Les chercheurs ont étudié  600 000  buveurs, sans antécédents de maladies cardiovasculaires  pris sur  83 études médicales  dans 19 pays différents. Ils ont évalué l’espérance de vie au-delà de cette consommation  qui  correspond à 10 verres « standard ». Les auteurs  ont calculé qu’un buveur régulier de 40 ans, à cette dose perdait deux ans de durée de vie. Et à plus de dix verres par semaine, on perd 15 mn de vie par verre. Cette étude montre que l’espérance de vie diminue dès que l’on augmente sa consommation, et cela de façon très rapide.
Elle montre une fois de plus que l’alcool ne doit pas être consommé comme un produit anodin, ni commercialisé comme tel. 
 

Ce seuil vous paraît-il cohérent ?

Le nombre de verres par jour ou par semaine a toujours été l’objet d’études et/ ou de recommandations et il varie comme on le voit ici, selon les pays et selon les paramètres étudiés. En revanche, ce que montre cette étude c’est ce que nous tentons, nous, psychiatres et addictologues,  de dire depuis des années c’est que la consommation d’alcool est dangereuse pour la santé. Cette étude tombe à pic car elle nous donne raison dans le débat qui nous anime actuellement après des déclarations récentes qui banalisent un produit qui tue en France 49000 personnes. Nous sommes pour la prise de conscience du danger que représente ce  produit sans être pour sa prohibition. Il est essentiel, aujourd’hui, alors que la science avance, comme à travers cette étude,  de  faire de la pédagogie en même temps que de la prévention  et d'expliquer qu’il s’agit d’une maladie et non d’un passage à vide qui peut se rétablir par la simple volonté. C’est une maladie que l’on connait et que l’on sait prendre en charge. La précocité  et la durée de la consommation comptent pour établir un pronostic. D’où la nécessité de mettre en exergue ce types de résultats et de travailler à la prévention.

Pourquoi une consommation régulière d'alcool réduit notre espérance de vie ? Quels sont les risques sur notre santé ?

La maladie alcoolique et les complications qui en découlent sont complexes et très lourdes car c’est une maladie grave et chronique. Les conséquences sont directes. Elles sont somatiques  hépatiques,   pancréatiques, œsophagiennes, gastriques, pancréatiques, digestives en général, neurologiques, cardiovasculaires. Les cancers digestifs et du sein sont évoqués.  Les accidents de la voie publique.  Les complications psychiatriques sont extrêmement lourdes et la psychiatre que je suis doit insister sur la nécessité de les rechercher systématiquement lors de l’examen clinique : dépression, troubles anxieux, troubles de la personnalité, antécédents de tentatives de suicides. La consommation d’alcool est souvent accompagnée de troubles mentaux et le Bulletin Epidémiologique Hebdomadaire rendu public en octobre 2017 est édifiant à cet égard car il mesure le nombre d’années de vie perdues lorsque l’alcool est associé avec un trouble psychique, ce qui est souvent le cas. La santé c’est aussi la santé sociale, familiale et professionnelle. La maladie alcoolique a des effets  indirects également   dans le sens où les alcoolisations peuvent isoler, entrainer des troubles du comportement ou du caractère qui entravent les relations  avec les autres : familles, collègues, amis... L’alcool est un produit dépressogène, alors, ceux qui en souffrent peuvent devenir  incuriques, ne se soignent plus et en cela aussi la répercussion sur la santé est grave, car certains troubles peuvent évoluer à bas bruit sans que la personne ne s’en soucie en ne consultant pas son médecin. 

 
Commentaires

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  • Par Atlante13 - 17/04/2018 - 10:40 - Signaler un abus C'est fou çà,

    grâce à la compétence indéniable de cette personne, je sais maintenant que si je ne bois pas d'alcool je ne risque plus de souffrir : "d' une maladie grave et chronique. Les conséquences sont directes. Elles sont somatiques hépatiques, pancréatiques, œsophagiennes, gastriques, pancréatiques, digestives en général, neurologiques, cardiovasculaires. Les cancers digestifs et du sein sont évoqués. Les accidents de la voie publique. Les complications psychiatriques sont extrêmement lourdes...". Bref, si je ne bois pas d'alcool, je deviens immortel et pourrai même me passer d'assurance auto. Par contre, je pourrai alors me rabattre sur les drogues, puisqu'elles sont inoffensives...

  • Par LouisArmandCremet - 17/04/2018 - 13:11 - Signaler un abus Anti-alcool ?

    C'est moi ou on assiste en ce moment à une campagne anti-alcool ? Dans tous les journaux, il ne se passe pas une semaine, sans que nous n'ayons droit à une interview de ce type, avec un "spécialiste", qui nous explique les dangers de l'alcool sous toutes ses formes et toutes les quantités. On ne peut pas mettre sur le même plan, la bouteille qu'on ouvre avec des amis, les jeunes adeptes du binge-drinking et celui qui se sirotte sa bouteille de whisky tous les soirs.

  • Par zombikiller - 17/04/2018 - 13:45 - Signaler un abus 100 grammes d'alcool / semaine

    ça fait à la louche 1 bouteille de vin / semaine. Passé ce cap, je deviens alcoolo avec 15 mn d'espérance de vie de perdue par verre supplémentaire... Je suis dubitatif... Il n'y a plus de centaines de milliers d'alcooliques mais des millions à ce rythme.

  • Par A M A - 17/04/2018 - 17:36 - Signaler un abus Madame Fatma Bouvet de la

    Madame Fatma Bouvet de la Maisonneuve nous prouve ainsi que la durée de vie est certainement plus grande chez les mahométans. Il faut donc choisir entre le biberon ou la mosquée. Convertissez vous pour vivre plus longtemps conseille Daëch.

  • Par ocean5 - 17/04/2018 - 18:34 - Signaler un abus Fatma Bouvet.....

    de la bétise !!!

  • Par Essen - 17/04/2018 - 18:42 - Signaler un abus D'accord

    Dans notre belle république bananière franchouillarde, accuser l'alcool d'être un toxique passe vraiment mal. On se fait même insulter... Cela plaira à Macron qui soutient sans retenue le lobby du vin. Buvez bien et ne pensez plus à rien. NB : nous sommes un des rares pays à banaliser l'alcool à ce point, c'est pathétique

  • Par zombikiller - 18/04/2018 - 08:29 - Signaler un abus à Essen

    pas d'alcool, pas de tabac, pas de viande, attention au sexe (pas trop non plus). Ne roulez pas vite, on ne sait jamais. Ne prenez pas non plus trop de caféine, c'est dangereux pour le coeur, pensez à marcher au moins 30 mn par jour. Les conseils et culpabilisations diverses deviennent à la longue contreproductifs. Que le français picole trop, c'est une évidence. Je pense qu'il appartient davantage au médecin traitant de poser les bonnes questions à son patient qu'un psychiatre médiatisé venant nous faire la morale au quotidien.

  • Par gerint - 18/04/2018 - 09:12 - Signaler un abus Il n’y a pas grand-chose d’inoffensif

    En matière de plaisir mais c’est à chacun de choisir

  • Par lexxis - 18/04/2018 - 09:15 - Signaler un abus ALCOOL / TABAC MÊME COMBAT?

    Et pourquoi alors qu'on n'a pas de mots et de slogans assez durs, ni de photos assez ravageuses pour le tabac qui tue principalement les fumeurs, n'exige-t-on pas sur toutes les bouteilles de vin la mention paritaire "l'alcool tue, non seulement ceux qui en boivent, mais aussi leurs victimes" avec comme de juste les illustrations adéquates. Parce qu'à tout prendre un fumeur au volant est infiniment moins dangereux qu'un conducteur ivre; Ah, oui j'oubliais, nous ne produisons guère de tabac, mais pour le vin c'est autre chose . Résultat on ne peut guère suivre sur les chaines publiques une émission de tourisme sans qu'on nous traîne chez un ou plusieurs vignerons du coin, pour nous vanter les mérites du crû. A voire certains clients au restaurant, le "consommer avec modération " fait doucement rigoler tant qu'on reste dans la salle, mais plutôt flipper dès qu'on la quitte!

  • Par Essen - 18/04/2018 - 15:31 - Signaler un abus A zombikiller

    Tout à fait d'accord pour éviter les leçons de morale mais il faut bien reconnaître que la France se démarque par sa complaisance vis à vis de l'alcool. Et je suis aussi complètement d'accord avec vous pour ne pas verser dans la culpabilisation et les interdictions. Mais encore une fois, notre pays se distingue pour son manque de prévention dans le domaine de l'alcool. Ce serait même plutôt le contraire. L'argent en jeu et le versant économique y sont certainement pour quelque chose. On retrouve d'ailleurs ces mêmes discours sur les paris de la FdJ...

  • Par Solognitude - 18/04/2018 - 22:55 - Signaler un abus C'est con, je dépasse le seuil!

    et le pire, c'est que je m'en fout. D'ailleurs d'après ces pseudo statistiques, je ne devrais même pas être en mesure de boire de l'eau!

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Fatma Bouvet de la Maisonneuve

Le Dr Fatma Bouvet de la Maisonneuve est psychiatre addictologue à l'hôpital Sainte-Anne, présidente de Addict’elles (www.addictelles.com), auteure de "Les femmes face à l’alcool. Résister et s’en sortir" aux Ed Odile Jacob .

 

 

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