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Etre (ou ne pas être) républicain : quand Frédéric Rouvillois jette un pavé dans la mare de nos consensus mous et paresseux

Depuis les débats qui ont suivi les attentats de Charlie Hebdo, la sur-utilisation des termes "républicains" et "République" semble avoir désactivé leurs contenus. Mais leur définition n'a-t-elle jamais été fixe depuis la révolution française ?

Telle est la question

Publié le - Mis à jour le 10 Novembre 2015
Etre (ou ne pas être) républicain : quand Frédéric Rouvillois jette un pavé dans la mare de nos consensus mous et paresseux

Tout le monde se revendique républicain, alors qu’en réalité personne ne le serait vraiment.

Des républicains antimondialistes aux républicains européistes, des républicains souverainistes aux républicains libéraux, du FN au Front de Gauche, de Hollande à Sarkozy, tout le monde se revendique républicain, alors qu’en réalité personne ne le serait vraiment. La République a beau se retrouver sur toutes les langues des politiques et sous toutes les plumes, la belle est portée disparue. La litanie des "valeurs républicaines", religieusement psalmodiée, à chaque sermon politique depuis les attentats du 11 janvier, sonnerait complètement creux.

Tel est le pavé que Frédéric Rouvillois jette dans la mare du consensus mou en démontrant, dans son nouvel essai, "Etre (ou ne pas être) républicain", qu’il est impossible de déterminer ce qu’est la République, et que par conséquent celle-ci serait indéfinissable et insaisissable.

Le parti pris est audacieux, le constat déconcerte, l’analyse déroute et la conclusion met mal à l’aise. Sous le poids d’une argumentation historique bien étayée, Frédéric Rouvillois s’amuse à faire vaciller cette République que l’on croyait indéboulonnable, bien installée sur son sacro-saint triptyque Liberté-égalité-fraternité, auquel s’est ajoutée l’incontournable laïcité et fait voler en éclat nos préjugés de citoyens engagés.

Isabelle Marchandier : Dans sa chronique du Figaro de la semaine dernière, Éric Zemmour vous accuse de vouloir "déconstruire une République qui n'existe plus" et ce faisant de "mettre une claque à votre grand-mère"…Que lui répondez-vous?

Frédéric Rouvillois : J'ai infiniment d'estime pour Éric Zemmour et pour les combats qu’il mène tambour battant, à la hussarde, ou plutôt, à la façon des soldats de l'an II, qui sont à la base de sa mythologie personnelle. Mais là je crois qu'il se trompe de cible. Le propos de mon petit essai n'est pas de déconstruire une République qui n'existe plus, mais de constater que "La République", en tant qu'essence, n'a jamais existé. Il y a eu, à toutes les époques, des Républiques aux innombrables visages, parfois démocratiques ou despotiques voir totalitaires, parfois libérales ou nationales, parfois universalistes ou particularistes. C'est pourquoi, dire de quelqu'un qu’il est républicains, ou qu’il ne l’est pas, n'a pas beaucoup de sens, comme le disait déjà Proudhon au XIXe siècle. Ce que je dénonce ici, ce n'est donc pas la République, d’hier ou d’aujourd’hui, c'est plutôt l'usage de ce mot, "républicain", et l'effet de sidération, d'hypnose, et d'occultation qui en résulte. Il suffit de prononcer ce mot sacré ou bien l'une de ses déclinaisons - comme les fameuses "valeurs républicaines" - pour que chacun se taise et s'incline.

Qu'à certaines époques, des Républiques aient effectivement défendu la nation et la souveraineté, comme le rappelle Éric Zemmour, ne fait aucun doute. Mais là où il y a abus, à mon sens, c’est de considérer ces thèmes, nation, souveraineté, etc, comme intrinsèquement liés à la République, ou à ce que Zemmour appelle les "anciens principes de la république", bref, à une République authentique, véritable, que l'on pourrait donc légitimement opposer, comme il le fait, à une République factice, contrefaite, usurpatrice, celle qui brûle tout ce que l'autre a adoré, et qui adore tout ce qu'elle a brûlé. Pour reprendre encore les termes d'Éric Zemmour, "les prétendus républicains d'aujourd'hui" ne sont, au fond, pas moins républicains que "les farouches républicains" d'hier, même si les uns bradent la nation que les autres ont voulu défendre jusqu'à la mort, la leur, et celle des autres. Simplement, ces derniers étaient des républicains patriotes, alors que les autres, convaincus que la patrie est désormais désuète et dépassée, ne le sont pas.

Éric Zemmour reproche, à juste titre, aux républicains d’aujourd’hui de dire "la République pour ne pas dire la France () pour déraciner à nation et son peuple". Mais les républicains d'hier en furent-ils vraiment innocents lorsqu'ils proclamaient que la France commençait avec eux, et qu’ils s'acharnaient à éradiquer minutieusement la mémoire, et donc les racines de l'ancienne France, au nom d'un progrès nécessaire et d'une raison universelle ?

Pour contrer la montée de la radicalisation islamiste et la désaffiliation nationale, en appeler à une République forte qui réaffirme l’autorité de ses principes ne servirait donc à rien ?

Le suffrage universel, l’école, l’universalisme ou la laïcité, aucun de ces critères que l’on a l’habitude de citer pour définir la République ne sont spécifiquement républicains puisqu’ils existent dans des systèmes qui ne sont pas des Républiques tout en étant absents de nombreuses Républiques, passées ou présentes. Derrière le mot République, derrière cette unanimité de façade, il y a en fait un profond désaccord sur la chose. Si on prend l’exemple de ce que j’appelle "la légende républicaine", forgée sous la III République, on est frappé de voir comment cet ensemble d’idées et de thématiques s’avèrent incompatibles avec la réalité du fonctionnement de la Ve République. La primauté du parlement, l’absence d’incarnation du pouvoir, le principe de représentation sont à l’opposé de la démocratie directe et du référendum. Pour la gauche socialiste et radicale, la République gaullienne n’est pas une véritable République alors qu’a contrario pour le conservateur de droite gaulliste, la Vème République est un très bon système qui est parfaitement républicain. Le même mot sert désigner des réalités antagonistes. La République de Vincent Auriol n’est pas celle du Général. Bref, la République des uns est donc l’anti-République des autres.

Dans ces conditions, à quelle République faut-il en appeler ? Et à quels principes ? Si l’on ne sait même pas ce dont on parle, peut-on espérer contrer un mouvement qui menace jusqu’à l’existence même de notre civilisation ?

Pourtant l’école républicaine a été clairement définie par l’école du mérite… Les intellectuels qui fustigent la réforme actuelle du collège, la suppression de l’épreuve d’histoire au concours de l’ENA ou encore l’idéologie pédagogiste qui prône l’autonomie du savoir au détriment de l’apprentissage, parleraient-ils dans le vide ?

L’école dite républicaine, celle de la III république à laquelle font allusion Alain Finkielkraut, Marcel Gauchet et d’autres, correspond trait pour trait à l’école qui est organisée à la même époque dans l’empire Allemand, qu’il n’est pas d’usage, à ma connaissance, de qualifier de républicaine. Ce que nos thuriféraires de l’apprentissage des fondamentaux appellent "l’école de la République", c’est une école mise en place en France à un certain moment, notamment par une certaine République et qui existe aujourd’hui dans des régimes qui ne sont pas forcément républicains. Récompenser les bons élèves, établir une sélection à l’entrée du lycée, n’a rien de spécifiquement républicain. Même si Jules Ferry a fait oublier Guizot, voire Charlemagne, la méritocratie n’est absolument pas l’attribut de la République. La promotion sociale existait sous la monarchie Française comme elle existe aujourd’hui sous la monarchie marocaine.

Au fond, "L’école de la République", n’est qu’un grand mot employé pour mettre en valeur un discours, par ailleurs parfaitement légitime, mais qui n’a pas besoin de ce supposé supplément d’âme pour être compris par les Français.

 
Commentaires

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  • Par vangog - 08/11/2015 - 11:25 - Signaler un abus non, non , les patriotes ne craignent pas de dire "La France"...

    et de s'en réclamer. Cela signe notre différence avec les européistes fédéralistes. une fédération n'est pas une République, surtout lorsque les lois appliquées sont aussi différentes qu'en UE. La République, c'est une Nation qui applique les mêmes lois à tous, sans fausse parité gauchiste, sans niches fiscales et sociales, sans inégalités public-privé, sans discrimination positive ripoublicaine, Avec les lois liberticides, inégalitaires et clivantes de la gauche (UMPUDIMODEM inclus), nous sommes très éloignés de cette République-là! La République, ceux qui en parlent le moins sont ceux qui la pratiquent le mieux...

  • Par Leucate - 08/11/2015 - 12:09 - Signaler un abus République ?

    D'abord, le contraire de républicain serait "royaliste", autre alternative démocrate; exemple, les pays qui reconnaissent la reine d'Angleterre comme chef d'Etat. Par ailleurs, à une époque où les gens instruits étaient des latinistes, et cela avant la Révolution de 1789, le mot "république" était utilisé dans son acception exacte: la Chose Publique - Res Publica, c'est à dire tout ce qui concerne la politique, la conduite des affaires. Par glissement sémantique, le politiquement correct veut aujourd'hui nous imposer l'adjectif "républicain" comme synonyme de socialiste marxiste (le camp du Bien) ou de bourgeois socialisants ('l'UMP ex-RPR rebaptisé "les républicains' - MDR ! ). Les opposants aux "républicains (LR.PS) seraient donc "les démocrates" ?

  • Par Mperrindarloz - 08/11/2015 - 12:10 - Signaler un abus Un pavé dans la "marre"

    Y'en a marre des fautes d'orthographe qui plombent vos articles!

  • Par Ex abrupto - 08/11/2015 - 12:15 - Signaler un abus République

    Tout système politique dans lequel les dirigeants ne sont pas nommés sur la base de l'hérédité.

  • Par c.gail - 08/11/2015 - 13:46 - Signaler un abus Un pavé dans la mare

    Un pavé dans la mare '1 "R" J'en ai marre "2 R" Je suis très à cheval sur l'orthographe !!

  • Par toupoilu - 08/11/2015 - 13:47 - Signaler un abus Article eclairant.

    Auquel on ne peut qu’adhérer, tellement il est lumineux. Il est grand temps donc de reparler de la France plutôt que de ce concept abstrait et réducteur de république, ou chacun met à peu près ce qu'il veut. Contrairement à ce que certaines élites voudraient nous faire croire, un pays, ce n'est pas seulement des idées, même généreuses, c'est surtout un peuple, un territoire, une géographie, un passé commun, des traditions dont l'origine se perd très loin dans le passé, du concret en somme. Juste un exemple de la folie française: on va voter bientôt pour des "régions" réécrites d'un trait de plume par un "monarque" qui n'en avait pas pipé mot de toute sa campagne électorale, et sans aucune consultation populaire. Imaginez la même chose pour le Sussex ou le Bade-Wurtemberg. Et la relative indifférence de la population est ce qu'il y a de plus inquiétant, les "républicains" ont presque gagnés, ils ont détruit le réel dans la tête des gens.

  • Par Mike Desmots - 09/11/2015 - 10:36 - Signaler un abus Gauche égalitaire ...? mais personne ne veut devenir l'égal

    des différences des autres ....! Cambadélis , veut nous faire prendre ..;(comme tout marxo/socialiste dogmatique )...des vessies pour des montgolfières ...mais ..., même les enfants ont détecté la supercherie....

  • Par cloette - 09/11/2015 - 12:38 - Signaler un abus Quand quelqu'un dit " je suis

    Quand quelqu'un dit " je suis un Républicain " , que veut il dire exactement en ces temps où le Royalisme n'existe plus ? En ces temps où nous sommes en République et que cela n'est pas contesté . Est ce que cela veut dire " je suis un Franc Maçon" ? " je suis dans le camp du Bien " ? " je suis socialiste"? " " je suis laïque"? " je vote à gauche "?

  • Par Mike Desmots - 09/11/2015 - 13:12 - Signaler un abus @cloette , c'est une culpabilté atavique ...!

    La république Made in France ...est née dans les abus et le sang ...et tout le monde veut l'instrumentaliser au fil du temps de l'histoire ....soit pour se justifier ..soit pour espérer ou les deux....Heureusement, que je suis de l'audiences Pascal Paoliste et des Cromwell 's (les deux)....

  • Par lafronde - 09/11/2015 - 14:34 - Signaler un abus Valeurs républicaines et ligne générale.

    Article décapant ! Il me confirme que les "valeurs républicaines" sont un concept vide de sens, mais à discrétion du pouvoir, donc à contenu mouvant suivant les intérêts du pouvoir ! y compris le pouvoir-relai mediatique. Chez le citoyen naïf, ce concept-mot d'ordre est censé le mettre à l'écoute du discours "républicain" pour qu'il fasse les bons choix lors des élections. Les communistes usaient du concept de "ligne générale" tout aussi mouvante. En entreprise les Directions usent du concept "valeurs d'entreprise" tout aussi flou et changeant. Tous ces concepts jumeaux sont fait pour générer l'obéissance spontanée du plus grand nombre.

  • Par Mike Desmots - 09/11/2015 - 15:08 - Signaler un abus @lafronde,..je constate que vous avez mis un pavé dans la fronde

    Les valeurs républicaines.....? sont comme les slogans marxo/socialistes ...ils sont adaptables en fonction des choix stratégiques de la nomenklatura au pouvoir .... ! mais ....au 21 siècle ils sont coincé dans leurs propre piège ...car plus personnes ne croit à leurs blablablas ....!

  • Par cloette - 09/11/2015 - 15:39 - Signaler un abus Il y a aussi

    le mot Citoyen qu'on ne supporte plus ( en tout cas moi ) . concernant le mot République il est utile aux ministres actuels car il évite d'utiliser le gros mot France ou les gros mots Pays où Nation

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Frédéric Rouvillois

Frédéric Rouvillois est professeur de droit public et écrivain.

Professeur agrégé de droit public à Paris V depuis 2002, où il enseigne le droit constitutionnel et le contentieux constitutionnel, il centre ses travaux sur le droit de l’Etat et sur l’histoire des idées et des représentations. Il est depuis 2004, conseiller de la Fondation pour l’innovation politique. il a publié en 2006 Histoire de la politesse de 1789 à nos jours et Histoire du snobisme en 2008.

 

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Isabelle Marchandier

Chroniqueuse pour le site et le mensuel Causeur, Isabelle Marchandier a été attachée de presse pour les Editions du Cerf après avoir été journaliste à Valeurs Actuelles et programmatrice à RMC.

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