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Les Etats-Unis sont-ils en train de mettre l'Europe à la porte du Maghreb ?

Malgré les attaques à l'encontre de deux de leurs ambassades au Moyen-Orient, les Etats-Unis ont lancé jeudi une première session du dialogue stratégiques avec le Maroc.

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Les Etats-Unis sont-ils en train de mettre l'Europe à la porte du Maghreb ?

La première session du dialogue stratégique entre les Etats-Unis et le Maroc a été lancée jeudi 13 septembre. Crédit Flickr / marcn

Jeudi 13 septembre, la secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton et son homologue marocain Saad Dine El Otmani ont lancé la première session du dialogue stratégique entre les Etats-Unis et le Maroc. Cette réunion s’inscrit dans la continuité des efforts menés par le Maroc pour renforcer les liens entre les deux pays depuis maintenant plusieurs années. Ainsi, en juillet 2004, le Maroc recevait le statut d’allié majeur non-Otan, permettant notamment la levée de restrictions sur certaines ventes d'armements et, la même année, un accord de libre-échange, entré en vigueur au 1er janvier 2006, était également signé.

La lutte contre le terrorisme et l’intégrisme occupe bien entendu une place centrale dans les relations entre les États-Unis et le Maroc. Dans le contexte de l’assassinat de l’ambassadeur américain en Libye, des incertitudes sur l’avenir de la Tunisie et de l’Egypte, du spectre de « l’afghanisation » du Nord-Mali, le royaume apparaît en effet comme un partenaire important, si ce n’est essentiel, pour des Etats-Unis qui ont fait le choix de s’engager en Afrique du Nord et au Sahel.

D’ailleurs, la base de Guelmim, dans le sud marocain, accueillerait depuis 2011 des drones américains. Si les aspects sécuritaires sont centraux, ils ne sont cependant qu’une dimension des relations et intérêts réciproques entre les deux pays. Selon un classement établi par la Chambre arabo-américaine du commerce, sur la base de statistiques officielles du gouvernement américain, le Maroc se plaçait en 2011 en quatrième position dans le monde arabe en tant que marché de destination pour les exportations américaines, derrière les Emirats Arabes Unis, l'Arabie Saoudite et l'Egypte.

Plus important, pour plusieurs observateurs américains, de par sa position géographique, le royaume constitue une passerelle vers le Moyen-Orient, l'Afrique du Nord et l'Europe, tout en disposant de fortes potentialités dans le secteur des énergies renouvelables. Quant au Maroc, ses exportations vers les Etats-Unis ont augmenté de 56 % entre 2009 et 2010. Or, alors que près de 30 % des jeunes de 15 à 29 ans sont sans emploi, le développement économique et humain est une des priorités du gouvernement et du roi, cinq mois après le lancement officiel de la généralisation du Régime d'assurance maladie aux économiquement démunis (Ramed), programme devant permettre une extension de la couverture médicale de base et l'amélioration de l'accès aux services de bases à près de 8,5 millions de citoyens parmi les plus défavorisés.

Un signal politique fort

La tenue de la première session du dialogue stratégique entre les Eats-Unis et le Maroc constitue en tout cas un signal politique fort. Pour l’Algérie, ce rapprochement sonne comme une nouvelle preuve d’appui de la diplomatie américaine à l’égard de la solution d’autonomie dans un cadre régional prônée par le Maroc sur le dossier du Sahara occidental, mais aussi comme une réaffirmation de l’existence d’autres alliés au Maghreb sur lesquels Washington peut s’appuyer. Pour les Européens, le message est là aussi à ne pas négliger. Alors que les relations entre les deux rives de la Méditerranée sont denses, le sentiment demeure sur la rive sud que trop peu est fait, avec un décalage entre les attentes, les discours sur le développement mutuel, et les réalisations.

Le 17 février 2011 par exemple, Catherine Ashton annonçait 17 millions d’euros d’aide immédiate à la Tunisie, amenant le ministre de l’Industrie tunisien à demander s’il avait bien entendu et s’il ne s’agissait pas de milliards... Mais les sujets de crispations dépassent les institutions communautaires. Il y a un an, en septembre 2011, la publication en France de plusieurs textes avait empêché des diplômés étrangers ayant déjà une promesse d’embauche – particulièrement Marocains, nombreux à étudier en France – de signer leur contrat de travail.

Pour l’instant, le renforcement des relations entre le Maroc et les Etats-Unis apparaît tributaire du résultat des élections américaines. Cependant, même dans l’hypothèse d’une victoire des Républicains, les relations entre le Maroc et les États-Unis ne devraient pas être grandement affectées. D’ailleurs, le traité de libre-échange et le statut d’allié majeur non-Otan avaient été signés sous la présidence de George W. Bush.

 
Commentaires

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  • Par marginal - 14/09/2012 - 12:40 - Signaler un abus et quand bien même...

    Depuis des années c'est l’Europe qui envoie directement ou laisse sortir des milliards via l'immigration pour en avoir comme seul résultat l'émergence d'un islamisme radical ici et là-bas tout en ayant engraissé des caciques locaux. Laissons leur donc cet énième pot de pus géopolitique et communautariste, Ils en retireront sans doute à terme les mêmes avantages que nous et ça nous soulagera. Quand aux diplômés étrangers, c'est bien dans leur pays d'origine que le besoin de leurs compétences se fait le plus sentir. Plutôt que d'arroser des politiques locaux corrompus à coup de milliards pour un développement qui tarde à venir, que ces boursiers diplômés rentrent chez eux et changent les choses.

  • Par HdT - 14/09/2012 - 12:56 - Signaler un abus Les ricains

    Le principe stratégique étasunien étant de maintenir le mal loin de chez eux (depuis la Guerre de Sécession qui marque encore les consciences là-bas), un autre principe étant de maintenir des crises à un endroit ou un autre du monde pour concentrer l'attention militaire de leurs rivaux géographiques potentiels, il est évident que le Maghreb, aux portes sud de l'Europe qu'ils ne veulent pas voir naître (le rapprochement EADS-BAE ne fait par ailleurs pas plaisir à leur complexe militaro-industriel, pas plus qu'Airbus, et toutes autres grands partenariats de hautes technologies) est un filon de premier ordre. En 1942, les émissaires étasuniens débarqués en Algérie plantaient déjà les germes des guerres coloniales qui suivirent au matin même du 8 Mai 1945. Il fallait abattre l'Empire Français qui vaiat trop d'influence encore au lendemain d'une seconde guerre où il semblait que les States étaient les seuls sauveurs du monde (ce qui était sans compter par l'apport britannique seul demeuré en guerre depuis le début quand les States eux se préparaient à se faire mettre pendant quatre ans dans le Pacifique). Ils ont du mal à se trouver une voie depuis la chute du mur...

  • Par Kakou - 14/09/2012 - 14:03 - Signaler un abus L'esprit

    Anglo-Saxons est un mal universel.....le Cancer du 21 siecle.

  • Par chacal - 14/09/2012 - 15:30 - Signaler un abus @Kakou ?

    Ah bon ? Les anglo saxons ? Moi je dirais que c'est un exemple a suivre, ils aiment leurs pays, défendent leurs intérêts à travers le monde, essayent de garder le leadership mondial... nous on fait quoi ? On critique, on se lamente sur notre perte d'influence internationale... @HdT Ben oui les ricains nous ont sauvés le cul 2 fois au XXème siècle, et oui ils défendent leurs propre et uniques intérêts un peu comme... ben comme tous les pays de la terre en fait. Un de leurs slogans du contre espionnage est " Il n' y a pas d'alliés, juste des pays avec des interêts".... je trouve cette phrase très vraie.

  • Par François 38 - 14/09/2012 - 17:33 - Signaler un abus Les Américains au Maghreb !

    Eh bien qu'ils le fassent mais.... avec tout ce qui va avec , vous m'avez compris !

  • Par Vinas Veritas - 14/09/2012 - 19:16 - Signaler un abus Maroc regardez la carte.

    Maroc regardez la carte. accès vers les USA direct pour les appareil USAF, vastes territoires pour un déploiement vers les autres pays d'Afrique vers le sud et l'est. le Maroc constitue une base avancée convenable et sans trop de risques pour mener des opérations militaires. La Turquie est trop proche d'un nouveau terrain de guerre et l'Allemagne trop loin mais peut servir de lieu de replis et d'approvisionnement pour l'Afrique et le Moyen Orient comme avant

  • Par HdT - 14/09/2012 - 22:24 - Signaler un abus @ chacal

    Les étasuniens d'aujourd'hui n'ont plus trop de choses à voir avec ceux débarqués en Europe en 1917 et 1944 (1943 si on tient compte de la campagne de Sicile et des groupes de bombardement basés en Angleterre). Ils ne nous ont pas "sauvé le cul comme vous dites", ils ont empêche que les affaires se propagent chez eux sous condition d'être restés plantés en Europe depuis. Ce qui les ennuie c'est de na plus avoir de justification de demeurer ici face au grand ours soviétique qui en vérité les a surtout défié au large de leurs propres côtes, Cuba par exemple. Qu'ils veuillent du Maghreb très bien, qu'ils en adoptent aussi toutes les conséquences mais seuls. Tellement de choses leur échappe depuis quuelques années, y compris leur grand hollywood de plus en plus britannico-australo-neé-zélandais dans les castings que dans la réalisation sans compter sur un certain renouveau scandinavo-anglo-saxon européen et les studios plus attractifs des ex-pays de l'Est, bref, ils ne supportent plus de perdre le contrôle de tout en tout. S'il est légitime selon vous (et je suis d'accord) qu'il se protège, nous avons le même devoir et le même droit. Aujourd'hui, les étasuniens deviennent encombrants.

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Antonin Tisseron

Antonin Tisseron est chercheur associé à l’Institut Thomas More.

Il est spécialisé dans l'étude des doctrines militaires, des questions de sécurité en Afrique et des enjeux de défense européenne. Il travaille principalement sur le Maghreb et le Sahel.

 

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