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Cheap war

Publié le 5 janvier 2012

Les États-Unis veulent
des guerres moins chères

Le Secrétaire de la Défense américain, Leon Panetta, a indiqué ce mardi que, faute de budget suffisant, les États-Unis n'allaient bientôt plus être capables de mener deux guerres de front. Mais moins de moyens est-il synonyme de moins de guerres ?

 
Il y a un lien complexe entre le budget et le nombre de guerres que peut mener l’armée américaine.

Il y a un lien complexe entre le budget et le nombre de guerres que peut mener l’armée américaine.  Crédit Reuters

Atlantico : Leon Panetta, le secrétaire à la Défense américain, a indiqué ce mardi que les Etats-Unis seraient désormais dans l'incapacité de mener deux guerres de front. Les réductions budgétaires réclamées par les politiques d’austérité vont-elles mettre réellement en péril les capacités de la première armée du monde ?

Etienne de Durand : Il y a un lien complexe entre le budget et le nombre de guerres que peut mener l’armée américaine. Tout dépend de ce que l’on entend par le mot "guerre". S’il s’agit d’opérations de stabilisation et de contre-insurrection de longue durée, qui nécessitent des effectifs importants, comme en Irak ou en Afghanistan, il est évident qu’avec des budgets réduits, ce ne sera plus possible, dans la mesure où les réductions budgétaires risquent fort de se traduire entre autres par une réduction des effectifs.

Le principal objectif de cette réduction des moyens du département de la Défense est de participer à l’équilibre budgétaire du pays. Toutefois on constate aussi une vraie perte d’appétit politique, aussi bien côté démocrate que républicain, pour des aventures militaires à l’étranger, en particulier pour des engagements coûteux et longs. La réduction budgétaire entraîne mécaniquement une reconfiguration de l’appareil de défense et donc de ce que peut faire l’armée américaine : moins d’hommes dans les forces terrestres (US Army et US Marine Corps) réduit par exemple les possibilités de déploiements au sol.

Deux variables sont essentielles à cet égard. Premièrement, la variable budgétaire. On évoque pour l’instant pour la période 2012-2020 une baisse de 400 milliards de dollars qui, si aucun accord budgétaire général n’est trouvé, pourrait aller jusque 1000 milliards de dollars de coupes. Sachant que le budget annuel est de 530 milliards hors coûts des opérations extérieures, cela se traduirait par une réduction tout à fait considérable, de l’ordre d’un quart, des moyens budgétaires sur la décennie à venir. Une fois l’enveloppe validée, la seconde variable est le type de reconfiguration choisi, autrement dit le format d’armée. Les Etats-Unis peuvent privilégier telles ou telles structures de forces et donc telle ou telle posture générale, que ce soit les forces terrestres ou à l’inverse la Navy et l’Air force, qui se prêtent davantage aux interventions à distance.

Un certain nombre de signes vont dans ce sens. La Libye par exemple : les Etats-Unis ont laissé leurs alliés européens passer devant, évitant ainsi de prendre le risque de s’engluer à nouveau dans un conflit sur la durée. C’est une posture que l’on pourrait qualifier de "présence désengagée". Ce pourrait être là un modèle d’intervention américaine pour l’horizon 2020.

Si l’on assiste à des réductions massives des effectifs, en particulier terrestres, il est clair qu’il y aura des implications pour la posture militaire globale des Etats-Unis. En particulier pour les troupes américaines stationnées à l’étranger, en premier lieu chez leurs alliés en Corée du Sud, au Japon ou en Europe. Dans le cas de cette dernière, il faut cependant garder à l’esprit que le nombre de soldats américains a déjà fortement diminué. De 300 000 hommes à la fin de la guerre froide, elle est passée à 80 000 actuellement. Les marges de manœuvre sont donc limitées.

 
Commentaires

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  • Par letroll - 05/01/2012 - 15:21 - Signaler un abus problème de rentabilité

    les dernières guerres menées en Irak et en Afghanistan n'ont pas été rentables. L'armée US rentre au bercail sans avoir pu faire main basse sur le pétrole ( Irak) et sans avoir pu sécuriser le territoire pour installer les oléoducs prévus ( Afghanistan ), donc mauvais investissements. Les grands groupes US ne doivent pas être contents de Barak.

  • Par letroll - 05/01/2012 - 13:44 - Signaler un abus guerres nécessaires et sous-traitées

    les USA ont besoin d'avoir au moins une guerre en cours pour pouvoir alimenter leur industrie de l'armement, mais le coût des guerres va les obliger mieux les cibler pour optimiser les gains potentiels ( ex : pétrôle, achats l'industrie ) par rapport au coût global.
    l'autre solution pour eux reste la sous-traitance en faisant intervenir les européens comme en Lybie.

  • Par napooiseau - 05/01/2012 - 11:59 - Signaler un abus Quelle Europe?

    La Turquie est un exemple des problèmes politiques qui pourraient rapidement devenir militaires.
    Sans sa neutralité dans la défense des intérêts pétroliers européens au Magreb et dans le Caucase nous seront à sec.
    Mais les Allemands ont déjà compri , et la France semble enfin suivre,que la Russie était l'une des rares alternatives aux USA.
    Les US nous considèrent aujourd'hui comme des concurents.

  • Par napooiseau - 05/01/2012 - 11:52 - Signaler un abus Quelle Europe?

    La réalité est triste: il n'y a pas de réelle volonté européenne de défense. Seulement des tentatives de profiter des investissements des USA et des pays voisins.
    Nos nations, nos gouvernants pensent qu'ils peuvent survivre en suivant les USA et cela est une position historique passée, dépassée et dangereuse.
    Le chaos n'est plus si loin. On à connu le même aveuglement avant la 2° guerre mondiale.

Etienne de Durand

Etienne de Durand est directeur depuis 2006 du Centre des études de sécurité de l'IFRI.

Il traite régulièrement des questions liées aux politiques de défense française et américaine, ainsi qu’aux interventions militaires récentes.

Il écrit par ailleurs pour le blog Ultima ratio.

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