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L’Etat islamique est-il finalement en train d’adopter la stratégie Al-Qaïda en Europe ?

Dans une tribune publiée dans le Huffington Post, un ancien agent du MI6 (service de renseignement britannique) s'interroge sur les liens réels entre l'Etat islamique et le groupe terroriste ayant commis les attentats de Paris. Selon lui, on serait peut-être en train d'assister à une mutation de l'EI vers une stratégie plus proche de celle d'Al-Qaïda.

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L’Etat islamique est-il finalement en train d’adopter la stratégie Al-Qaïda en Europe ?

On serait peut-être en train d'assister à une mutation de l'EI vers une stratégie plus proche de celle d'Al-Qaïda. Crédit Reuters

Atlantico : Un ancien agent du MI6, Alastair Crooke, estime dans une tribune au Huffington Post (voir ici) que le mode opératoire des attentats de Paris (comme ceux de Beyrouth et contre l'avion russe) ne correspond pas aux méthodes habituelles de l'organisation djihadiste Etat islamique. Qu'en pensez-vous ? 

Alain Rodier : Il a parfaitement raison. Al-Qaida "canal historique" et Daesh, bien que partageant une idéologie commune, le salafisme-djihadisme, sont deux organisations qui n'ont pas une stratégie similaire. Al-Qaida n'a jamais voulu établir un "État", pensant que cela constituait une cible trop tentante pour ses adversaires. L'effondrement des talibans en 2001/2002 après l'offensive des Américains a servi de leçon aux dirigeants d'Al-Qaida. La suite est connue: l'organisation Al-Qaida est devenue une nébuleuse insaisissable certains observateurs allant jusqu'à nier son existence.

Les actions menées de par le monde étaient destinées à amoindrir le moral des "croisés". Les plus marquantes ont été les attentats de Bali, Londres, Madrid, Moscou, etc. Mais, Oussama ben Laden et son second, le docteur Ayman al-Zawahiri, ne sont pas parvenus à accomplir leur rêve le plus fou: frapper de nouveau les États-Unis.

Il faut aussi remonter aux origines de Daesh pour comprendre l'opposition qui existe entre cette organisation et Al-Qaida "canal historique". A savoir qu'au démarrage, il y a un homme: Abou Moussab al-Zarkawi, un ancien petit délinquant jordanien passé au djihadisme. Il rejoint l'Afghanistan où il gère son propre camp d'entraînement parallèlement à Al-Qaida. En 2003, il se retrouve en Irak après l'invasion américaine. A noter qu'il n'y avait alors pas de branche de ce mouvement au pays de Saddam Hussein, cette affirmation de Washington participant au gros mensonge d'Etat qui est dans toutes les mémoires. Zarkawi fait officiellement allégeance à Ben Laden mais les massacres indiscriminés auxquels il se livre, en particulier en direction des chiites qu'il haït (1) au dessus de tout, provoquent les protestations du docteur Al-Zawahiri. D'ailleurs, sa neutralisation en 2006 par les Américains n'est peut-être pas le fait du seul hasard. La rumeur court qu'il aurait été "donné" par la direction de la nébuleuse qui le considérait comme trop indiscipliné et incontrôlable. Naît alors l'Etat Islamique d'Irak (EII), toujours dépendant d'Al-Qaida "canal historique". Al Baghdadi en prend le contrôle en 2010 après l'élimination de ses leaders par des frappes américaines. Après le début de la révolte syrienne, une branche de l'EII est envoyée combattre dans ce pays: le front al-Nosra. En 2013, al-Baghdadi veut l'intégrer à l'Etat Islamique d'Irak et du Levant (EIIL) mais le chef d'Al-Nosra, al Joulani -pourtant un de ses anciens lieutenants- refuse cette allégeance et demande à l'autorité suprème, al-Zawahiri, de trancher le litige. Al-Zawahiri donne tord à al-Baghdadi qui est prié de s'occuper de l'Irak et de laisser le font syrien à Al-Nosra. La rupture est consommée entre les deux hommes. On connait la suite, al-Baghdadi proclame le Califat en juin 2014. Il décide d'établir un "Etat" bien concret à cheval sur la Syrie et l'Irak avec pour "capitale" la ville de Raqqa. Al-Baghdadi exige alors que tous les musulmans du monde lui fassent allégeance. On imagine bien que cela n'est pas du goût d'Al-Zawhiri ni des rois, présidents et responsables religieux du monde musulman. Depuis, Daesh se livre à une guerre "classique" sur le terrain. Les attentats de masse à l'extérieur de ses zones d'influence ne l'intéressaient pas. Tout au plus, le mouvement "félicitait" les "frères" qui, ici où là -particulièrement en Tunisie-, étaient passés à l'action en se revendiquant de sa bannière. Les choses ont changé avec l'Airbus russe de Charm-el-Cheikh. 

 
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  • Par vangog - 23/11/2015 - 11:26 - Signaler un abus Flamby vient seulement de se rendre compte

    qu'existent des "terroristes jihadistes"...il lui faudra bien encore un quinquennat ( si, si, avec l'aide de la propagande des médias gauchistes et la naïveté des Français, il peut oser cette infamie!...), pour prendre conscience qu'il faut attaquer les terroristes avant qu'ils ne nous attaquent...eh oui! Tant qu'un gouvernement Francais n'aura pas fait de prévention incluant toute la chaîne laxiste Education-Justice, il s'offrira comme cible au terrorisme. Mais, pour cela, il faudra décontaminer ces corps d'état de leur idéologie gauchiste...dur, dur!

  • Par zouk - 24/11/2015 - 12:19 - Signaler un abus Daesh sur les traces d'Al Qaida?

    Plausible pour les attentats de Paris, mais qui peut dire la réflexion du "calife" et son entourage? Nous avons clairement à les combattre en cessant de faire de ces fous de la mort le résumé incontestable de l'Islam. Ils ne le sont pas, leur doctrine est le takfirisme, une quasi hérésie pour la quasi-totalité des musulmans.

  • Par Gordion - 25/11/2015 - 05:04 - Signaler un abus Docteurs de la foi musulmane

    Cet article pose également les bonnes questions. Mais, par définition l'Oumma est trans-nationale, et n'a pas d'autorité politique. Les docteurs de la foi ne représentent qu'eux-mêmes parfois, des pays sunnites ou chiites pour faire simple. Le CFCM lui-même ilustre les intérêts divergents du Maghreb, du Golfe, de la Turquie, de l'Egypte, pas encore du Tabligh pakistanais. L'UOIF - nous savons qui est derrière - le recteur de la mosquée Al Azhar auront des opinions différentes. Jamais aucune déclaration sur la prévalence de la loi sur la foi n'émanera de quelque représentation d'associations musulmanes, pour les simples raisons que l'islam est par nature la seule loi - Dieu - et que la concurrence entre les courants slafistes, hanbalites, etc les en empêchera. Quelle solution donc?....

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Alain Rodier

Alain Rodier, ancien officier supérieur au sein des services de renseignement français, est directeur adjoint du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Il est particulièrement chargé de suivre le terrorisme d’origine islamique et la criminalité organisée.

Il est l’auteur en 2015 de "Grand angle sur les mafias" et de " Grand angle sur le terrorisme" aux éditions UPPR (uniquement en version électronique), en 2013 "le crime organisé du Canada à la Terre de feu", en 2012 "les triades, la menace occultée", ces deux ouvrages parus aux éditions du Rocher, en 2007 de "Iran : la prochaine guerre ?" et en 2006 de "Al-Qaida. Les connexions mondiales du terrorisme" aux éditions ellipse, Il a également participé à la rédaction de nombreux ouvrages collectifs dont le dernier "la face cachée des révolutions arabes" est paru chez ellipses en 2012. Il collabore depuis plus de dix ans à la revue RAIDS.

 

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