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Et la véritable arme secrète de la Corée du Nord est... sa croissance économique

Bien que le régime brandisse frénétiquement la menace nucléaire, allant jusqu'à multiplier les provocations depuis plusieurs mois maintenant, l'arme secrète de la Corée du Nord reste sa croissance économique.

Gage de stabilité

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Et la véritable arme secrète de la Corée du Nord est... sa croissance économique

Atlantico : Les sanctions votées successivement contre la Corée du Nord semblent encore sans effet sur les actions de Pyongyang, comme l'a rappelé le dernier tir de missile de ce 15 septembre. Si ces sanctions ont pour objectif d'affaiblir le régime, n'y a t il pas une sous estimation générale des progrès économiques du pays, qui lui permettent une plus grande résistance à ce type d'actions ?

Barthelemy Courmont : Depuis le premier essai nucléaire nord-coréen en octobre 2006, Le Conseil de sécurité de l'ONU a adopté huit résolutions contenant des sanctions, la dernière en date ce mois-ci. Si ces textes furent adoptés à l'unanimité, ce qui est une bonne chose, il convient de s'interroger sur leur efficacité. D'autant que ces sanctions s'ajoutent à une multitude d'initiatives unilatérales qui limitent les échanges économiques avec la Corée du Nord depuis 1993, et une situation qui, pendant la Guerre froide, ne faisait déjà pas de ce pays très dépendant de l'Union soviétique un champion du libre-échange.

Bref, la Corée du Nord à toujours été isolée économiquement, et les sanctions n'en sont qu'une des caractéristiques. Non efficaces, ces sanctions semblent également conte-productives, car elles sont instrumentalisées par la propagande du régime, et n'ont pas empêché l'économie nord-coréenne d'amorcer une croissance qui avoisine les 4% (ce qui reste très modeste eu égard aux immenses lacunes de ce pays) depuis quelques années.
C'est la face cachée de la Corée du Nord, un des paradoxes de ce pays et de son dirigeant. Kim Jong-un est engagé dans une stratégie à deux visages avec d'un côté un durcissement des positions dans le domaines militaire et diplomatique, et de l'autre une libéralisation progressive, mais néanmoins spectaculaire, de l'économie. On estime que plus de la moitié du PIB nord-coréen est aujourd'hui assuré par le secteur privé. Une réalité qui est aux antipodes des idées reçues sur ce pays. Le système de collectivisation, qui a fait justement qualifier ce régime de stalinien, est en cours de réforme, et les recettes fiscales issues de la montée en puissance du secteur privé sont une source de revenus de plus en plus importante pour Pyongyang. Si on compare la situation actuelle avec le milieu des années 1990, quand la Corée du Nord était confrontée à des famines chroniques, force est de constater que les progrès sont très importants, même si la situation dans les zones rurales reste catastrophique, comme en témoignent les réfugiés. On peut déplorer que l'amélioration de cette situation économique serve le régime, mais il serait moralement difficilement défendable de s'en plaindre, si on pense au sort de la population. Bénéficiant de très importantes ressources minières, la Corée du Nord les exporte vers la Chine, qui est tout particulièrement friande des métaux rares dont dispose ce pays. Ces exportations permettent à l'économie locale d'acheter du materiel pour ses infrastructures, des outils pour l'agriculture, de l'acier... On oublie souvent que si la DMZ ferme hermétiquement la frontière avec la Corée du Sud (à l'exception du site industriel de Kaesong, épisodiquement fermé et soumis aux aléas de la relation entre les deux pays), la frontière avec la Chine reste très perméable, et est une bouffée d'oxygène pour l'économie nord-coréenne. Faut-il le condamner? La question fait débat.

 
Commentaires

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  • Par ajm - 18/09/2017 - 15:26 - Signaler un abus Corée du nord plus dangereuse que jamais.

    En tout état de cause, ces progrès évidemment permis par la complicité et la complaisance de la Chine, n'empêchent pas l'économie de la Corée du Nord d'être à des années lumières de celle de sa voisine du sud. En outre , sa dangerosité ne va pas se réduire pour autant. Après tout, les progrès économiques spectaculaires de l'Allemagne nationale-socialiste sur la période 1933-39 n'ont pas, au contraire, réduit la nocivité de ce pays.

  • Par Pharamond - 19/09/2017 - 09:51 - Signaler un abus Famines

    La Corée du Nord a connu et connait encore de graves famines qui l'on contrainte à solliciter de l'aide alimentaire,provenant pour sa majeure partie des USA... Le PIB par habitant de la Corée du Nord est à peu prés équivalent à celui de l'Ethiopie ($1700/Corée ,$1620/Ethiopie). La priorité est le nucléaire,pas le bonheur du peuple. Finira t-elle comme l'URSS qui pratiquait la même politique avant d'éclater?

  • Par lémire - 19/09/2017 - 16:52 - Signaler un abus Et pourquoi pas négocier ?

    Une chose semble certaine : sauf accident guerrier qui ruinerait les 2 Corées et ipso facto endommagerait fortement Chine, USA et nous-mêmes, celle du Nord suit le chemin de la Chine à la vitesse grand V. Evidemment, il ne faut pas attendre un "assouplissement" du parti unique, pas plus que dans le régime chinois depuis Tien An Men. Espérons que Trump, habitué à penser en rupture, le fera sur cette affaire, c.à.d enverra son Kissinger (Tillerson) causer et finira par signer un traité. Les contreparties pourraient être intéressantes

  • Par A M A - 20/09/2017 - 16:21 - Signaler un abus Mais qui, et pour menacer qui

    Mais qui, et pour menacer qui, a donné la capacité nucléaire à la Corée du Nord, malgré les traités de non-prolifération? Les vecteurs seraient ukrainiens, soit. Mais la maîtrise de la fission et de la fusion a été enseigné par qui?

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Barthélémy Courmont

Barthélémy Courmont est maître de conférences l’Université Catholique de Lille, directeur de recherche à l’Iris, et rédacteur en chef de Monde chinois, nouvelle Asie. Il est l'auteur de L’énigme nord-coréenne (Presses universitaires de Louvain) et Mémoires d’un champignon. Penser Hiroshima (Lemieux éditeur).

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