Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Samedi 20 Septembre 2014 | Créer un compte | Connexion
Extra

Et si l’utopie technologique qui nous était promise était en train de se transformer en cauchemar

A San Francisco, et partout ailleurs, il semblerait que le monde de la technologie envahisse les rues, malgré l'opposition de certains habitants, le jugeant trop envahissant, trop dangereux, trop dictatorial. Pourtant, le monde, même sans technologie, a toujours été fait de cela.

Aïe tech

Publié le
Et si l’utopie technologique qui nous était promise était en train de se transformer en cauchemar

Atlantico : De nombreuses manifestations initiées par les salariés de l'industrie de la restauration ont récemment eu lieu à San Francisco. Leur salaire minimum n'aurait effectivement pas été augmenté depuis 1991. L'industrie a répondu en les menaçant de les remplacer par des iPads. Par ailleurs, une ingénieure de Google aurait déclaré que le Soylent, une boisson contenant l'intégralité des apports nutritionnels que nécessitent un repas et qui fait fureur chez les hackers, serait une solution envisageable pour répondre à l'une de leurs demandes, à savoir l'obtention de tickets-restaurants.

A quoi ressemble le monde que semblent dessiner les geeks pour le futur ?  En quoi se rapproche-t-il plutôt du cauchemar que d'une vision idyllique ?

Fabrice Epelboin : Le terme “geek”, tout d’abord, ne signifie plus grand chose depuis que l’industrie de la communication s’en est emparé. Ce monde que vous voyez poindre n’est pas un rêve de geek, c’est celui de l’alliance entre l’industrie du web et un Etat, les Etats-Unis.

Le projet social qui est dessiné à travers cette anecdote n’a absolument rien de nouveau. Être choqué par de telles pratiques est une chose, oublier qu’il en a toujours été de même en est une autre. De nos jours, l’industrie agroalimentaire fournit aux êtres humains des préparations qu’on aurait exclusivement réservé aux animaux domestiques il y a quelques décennies.

Ce qui met particulièrement en relief cette situation dans la Silicon Valley, c’est l’énorme disparité de revenus qu’on peut y trouver. Ce n’est cependant pas, loin de là, le seul endroit au monde où l’on en trouve de telles.

Cette approche n’est pas plus cauchemardesque que moultes autres situations que l’on peut observer aux quatres coins du monde, y compris chez nous. Ce qui est particulier ici, c’est le fantasme utopique qui a accompagné l’émergence de ce qui fait la puissance actuelle de la Silicon Valley, le web social. Cela a créé un gros malentendu.

Doit-on s'inquiéter du tournant déshumanisant que prend l'industrie technologique ? Le quotidien britannique The Guardian illustre ce propos en estimant que les Google glasses en sont un exemple parlant : elles améliorent la vision de celui qui les porte au détriment des autres. Peut-on parler d'une forme de sociopathie à mettre de plus en plus un ordinateur entre soi et les autres ? Quel impact cela peut-il avoir sur nos interactions avec les autres ?

Ce tournant a été pris au lendemain du 11 septembre aux Etats-Unis et un peu après en France, ainsi que dans d’autres pays et a commencé avec l’installation de la société de la surveillance. Les géants de la Silicon Valley, finalement, ne sont guère que l’un des acteurs de cette évolution.

Si on prend un peu de recul, on trouve les explications de cette évolution dans la synergie plus ou moins volontaire entre un projet de société panoptique porté par plusieurs Etats - dont la France et les Etats-Unis - et un projet philosophique porté par des entreprises comme Google, nommé transhumanisme, qui consiste à transformer et améliorer l’homme avec la technologie, le rendre plus performant, plus intelligent et potentiellement immortel.

 
Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Fabrice Epelboin

Fabrice Epelboin est enseignant à Sciences Po et entrepreneur

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€