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Et pendant les grandes manœuvres pour une recomposition au centre s'ouvrait un boulevard à droite... mais qui voudra l'emprunter ?

Si les dernières élections indiquent une "droitisation" de la société et de l'électorat français, notamment sur le plan des valeurs attendues par les Français, le boulevard qui se profile à droite ne semble pas pour autant emprunté par une figure particulière, à l'approche d'une primaire très attendue.

Primaire de la droite et du centre

Publié le - Mis à jour le 11 Mars 2016
Et pendant les grandes manœuvres pour une recomposition au centre s'ouvrait un boulevard à droite... mais qui voudra l'emprunter ?

Atlantico : Au regard des derniers scrutins électoraux, la société française semble se "droitiser", notamment sur les questions régaliennes et identitaires, comme l'indiquait le directeur du département études et stratégie de l'IFOP, Jérôme Fourquet, dans une tribune publiée en 2013 par le journal Le Monde. Pourtant, à l'approche de la primaire de droite, les grandes manœuvres politiques du moment se jouent au centre. Les candidats des Républicains ne laissent-ils pas un vide énorme à leur droite, que le FN lui-même occupe de moins en moins ?  

Bruno Larebière : La France va de paradoxe en paradoxe.

En 2012, elle avait élu un président de gauche, François Hollande, qui reconnaissait lui-même, à trois jours du second tour, que le pays était majoritairement de droite. Et alors qu’elle s’est encore droitisée durant son quinquennat, ainsi que l’ont montré les élections intermédiaires, on assiste à une course au centre des candidats à la primaire curieusement nommée « de la droite et du centre » tandis que le Front national, par sa ligne politique de plus en plus « national étatiste », s’acharne à désespérer l’électorat de droite.

Le résultat est que cet électorat, qui devrait être courtisé ne serait-ce que par simple calcul arithmétique, est orphelin et va être contraint de se prononcer par défaut. Dans les états majors des principaux candidats à la primaire, on pense que le rejet de François Hollande est tel qu’il suffit d’être l’autre terme de l’alternative pour accéder à l’Elysée. Le calcul électoral est peut-être juste mais, sur le plan politique au sens noble du terme, c’est un peu court.

Jean Petaux : Sur le constat d’une société française majoritairement réceptive aux idées et aux valeurs "de droite"", la plupart des indicateurs et des avis convergent. Ce processus n’a rien de nouveau d’ailleurs. Il est confirmé depuis plusieurs années par tous les sondages périodiques et les mesures longitudinales de l’opinion. Ce n’est pas non plus une situation propre à la France. Les élections législatives slovaques samedi dernier, le 5 mars, montrent certes la victoire du Premier ministre sortant Robert Fico mais attestent également d'une forte poussée de l’extrême-droite qui fait son entrée au parlement de Bratislava avec 14 nouveaux députés sur 150, là où elle était totalement absente. La campagne électorale a été largement centrée sur la question des migrants. C’est un exemple parmi d’autres d’un positionnement de plus en plus à droite sur l’axe idéologique des sociétés civiles européennes. La France n’échappe donc pas à la règle. Les rares exceptions comme celles que l’on trouve en Italie et en Espagne sont d’ailleurs très complexes à analyser, bien au-delà de l’espèce d’excitation stupide que semble produire Podemos sur les analystes de gauche littéralement béats d’admiration du leader Iglesias, comme ils l’ont été pour Tsipras.

Si l’on examine, dans ce contexte, la préparation de la primaire de la droite, on constate en effet une forme de décrochage entre l’état de l’opinion et le positionnement des candidats déclarés. Encore faut-il relativiser ce hiatus. Avec une première partie de pré-campagne plutôt centriste, ce qui lui a permis de véritablement "décoller" dans les sondages, Alain Juppé a très clairement bénéficié du soutien des sympathisants de l’UDI (voire du MODEM). Ce choix, conforme à sa manière de traiter la plupart des questions, l’a certes amené à se faire copieusement siffler dans les assemblées purement "UMP" puis "LR" faites "à la main" de Nicolas Sarkozy. Mais cela lui a aussi permis d’apparaître comme le challenger direct du même Sarkozy, neutralisant du même coup toute candidature au centre-droit. Dans un second temps, Alain Juppé a su entamer le potentiel électoral de Nicolas Sarkozy en repositionnant son discours sur des thématiques plus "droitières" ou "régaliennes" au point qu’il apparaît désormais comme celui qui fait clairement la course en tête de la pré-campagne des primaires. Il opère ainsi un début de synthèse entre la fraction droitière de l’électorat "Les Républicains" et la partie plus "modérée" et "centriste" censée s’exprimer en novembre prochain. C’est là une stratégie de "primaire", pas forcément celle qui correspond à la campagne présidentielle elle-même. Et pour l’instant il faut reconnaitre que la démarche d’Alain Juppé s’apparente plutôt à une forme de "sans faute". Les soutiens putatifs de Nicolas Sarkozy, plus opportunistes que sincères, le savent bien pour une bonne partie d’entre eux qui arrivent, comme par enchantement, en masse, au siège de campagne de l’ancien Premier ministre, boulevard Raspail, pour faire leurs offres de service… On voit  bien pour l’heure que les candidats à la primaire se préoccupent davantage de l’opinion des futurs votants à cette même primaire plutôt que de celui de la totalité du corps électoral qui s’exprimera en avril et mai 2017… C’est logique ! Chaque chose en son temps en somme.

 
Commentaires

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  • Par zouk - 09/03/2016 - 11:52 - Signaler un abus Boulevard à droite

    Tous les candidats tentés par cette option sont paralysés par la crainte des commentaires assassins de toute la presse et TV, sauf un: Fr. Fillon, jusqu"ici le seul à avoir clairement pris cette option.

  • Par Lafayette 68 - 09/03/2016 - 12:40 - Signaler un abus Vrais gens de droite

    Laurent Wauquiez(critique à l'égard de l'UE) et MMLP incarnent à merveille ce segment et l'avenir, Ménard,De Villiers, Collard ,Myard aussi etc...Uns solide assise culturelle.

  • Par Yves3531 - 09/03/2016 - 13:42 - Signaler un abus Il faudra bien un jour rabattre leur caquet ...

    aux relais d'opinion et contre-pouvoirs que sont la caste journalistique et syndicale qui ne représentent qu'eux mêmes et leurs petits intérêts au dépend de l'intérêt général. Celui qui trouvera la clé de cette barriere pourra enfin appliquer les vrais mesures de redressement du pays. A défaut, il faudra attendre la faillite, une révolution, ... avec des bouleversements dont on ne sait ce qu'il peut en sortir...

  • Par raslacoiffe - 09/03/2016 - 15:08 - Signaler un abus D'accord avec vous Yves3531

    Le remue méninges de M. Pétaux lasse et finit par n'intéresser que lui même. Deux pages de synthèse suffiraient largement pour développer son blabla...

  • Par BOCE64 - 09/03/2016 - 19:11 - Signaler un abus blablabla.....

    Le bavardage est l'écume de l'eau, l'action une goutte d'OR !

  • Par vangog - 09/03/2016 - 19:46 - Signaler un abus Vous avez du courage de lire encore Petaux...

    la science-pipologie, dans toute sa vacuité bavarde!

  • Par toupoilu - 09/03/2016 - 20:05 - Signaler un abus Innenarable Jean Petaux:

    "la ligne droitière est elle suivi par Jacques Chirac (rire inextinguible), évidemment suivi par Alain Juppé..." (:D, que ne faut il pas entendre)

  • Par Semper Fi - 10/03/2016 - 00:53 - Signaler un abus M. Larebière très clairvoyant

    Je n'ai jamais aimé Minute, mais je dois reconnaître que je me suis reconnu dans la description faite par son ancien rédac-chef. "Dans une première approche, on pourrait définir la ligne “droitière“ comme nationale, identitaire, conservatrice et libérale : restauration, en interne comme à l’externe, de l’autorité de l’Etat français, défense de l’identité de la France telle qu’elle a été construite tout au long des siècles, défense des valeurs traditionnelles, restauration des libertés économiques.... Ce peuple de droite attend un discours global, un discours de civilisation..." A ce jeu les deux seuls qui "sortent du lot" sont L. Wauquiez et MMLP ! Tout est dit, rien à ajouter... M. Peteaux, voilà la définition du peuple de droite auquel j'appartiens, celui qui rejette le centre-mou et qui ne se reconnaît pas dans le programme national-étatiste (terme utilisé à dessein pour éviter toute confusion historique totalement inappropriée et injurieuse) du FN... quoique s'en sentant toujours plus proche que de NKM ou Juppé.

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Jean Petaux

Jean Petaux est docteur habilité à diriger des recherches en science politique, ingénieur de recherche, politologue à Sciences Po Bordeaux, responsable, au sein de cet établissement, du parcours de master « Métiers du politique ». Il a co-publié aux Editions Biotop, en 2010,  Figures et institutions de la vie politique française.

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Bruno Larebière

Journaliste indépendant, spécialisé dans l’étude des droites françaises, Bruno Larebière a été durant dix ans rédacteur en chef de l’hebdomadaire Minute. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages dont Jean-Paul II (éd. Chronique, 1998) et François Mitterrand (éd. Chronique, 1998).

Il prépare actuellement un ouvrage sur Les Droites françaises vues de droite (parution 2017).

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