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Et à part ensevelir Raqqa sous un tapis de bombes ? Cinq autres moyens d’abattre l’Etat Islamique

Que ce soit en s'attaquant au nerf de la guerre - les finances de l'Etat islamique - ou en faisant pression sur ses partenaires inavoués, voire par les moyens de la cyberguerre... Plusieurs manœuvres encore inexplorées pourraient affecter efficacement les capacités de l'EI.

Guerre totale

Publié le - Mis à jour le 20 Novembre 2015
Et à part ensevelir Raqqa sous un tapis de bombes ? Cinq autres moyens d’abattre l’Etat Islamique

Bombardements sur Raqqa.  Crédit Reuters

I.Toucher le "califat" au portefeuille

Atlantico : Concernant le pétrole, que fait actuellement la coalition pour lutter contre les exportations de l'EI ? Quelles autres actions faudrait-il mener pour "couper le robinet" ?

Jean-Bernard Pinatel : La coalition ne faisait pas grand-chose jusqu’à présent. Pour la première fois, le 14 novembre 2015, la coalition anti-jihadistes conduite par les Etats-Unis  a annoncé avoir détruit 116 camions citernes utilisés par le groupe Daesh.

Début 2015 d’après les informations que m’ont fournies des sources irakiennes, 400 camions citernes de 30 m3 franchissaient quotidiennement  la frontière turco-syrienne et irakienne.

>>> Lire aussi - Pour comprendre d’où vient l’argent de l’Etat islamique (et le frapper au portefeuille)

Jean-Charles Brisard : Aujourd'hui la stratégie de la coalition est de dégrader les capacités de l'Etat islamique en frappant les moyens de transport, de stockage et de raffinage du pétrole par des frappes aériennes. La coalition ne frappe pas les puits de pétrole eux-mêmes parce qu'elle estime que cela pénaliserait la population.  La seule manière de réduire son financement est de réduire son emprise territoriale. L'essentiel est de faire reculer l'Etat islamique. Il y a d'autres moyens aujourd'hui. Les sanctions internationales de l'ONU telles que le gel des fonds sont totalement inapplicables concernant cette organisation qui ne dispose pas de flux financiers et de comptes bancaires. Il faut repenser le modèle de sanction pour limiter le financement pour aller vers un modèle d'embargo tel qu'appliqué dans les années 90 en Angola contre l'UNITA. Ils avaient également pris le contrôle de puits de pétrole dont la vente leur permettait de se financer.

L'aviation russe a reçu l'ordre de tirer à vue sur les camions-citernes transportant des produits pétroliers dans les zones contrôlées par l'EI, a déclaré mercredi 18 novembre le général Andreï Kartapolov. Qui sont les intermédiaires entre l'EI et les acheteurs finaux de ce pétrole ? (Turcs, kurdistan irakien… ou d'autres encore ?) Comment faire pression sur eux pour qu'ils cessent d'assurer la contrebande de pétrole en provenance de l'EI ?

Jean-Charles Brisard : Les principaux partenaires de l'Etat islamique sont des personnes privées, c'est-à-dire des intermédiaires et réseaux de contrebande qui rachètent ces ressources à bas prix pour les revendre ensuite sur le marché international ou dans d'autres zones non contrôlées par l'Etat islamique en Syrie ou en Irak. Ces réseaux revendent principalement leurs produits en Turquie, au Kurdistan mais également en Irak et en Syrie. Ils vendent également leurs ressources aux autres groupes rebelles en Syrie.

A-t-on les moyens d'exercer une pression politique sur les Etats qui laissent faire, comme la Turquie ? Quels autres Etats se montrent peu regardants, voire bienveillants ? La Chine, ou d'autres Etats plus éloignés, peuvent-ils être concernés ?

Jean-Bernard Pinatel : Seule l’opinion publique si elle prend conscience du double jeu américain peut les faire fléchir  car nos dirigeants sont trop atlantistes dans leur tête pour le faire. Entre la montée d’un fort anti-américanisme en France et le soutien de la Turquie et de l’Arabie Saoudite, il faut les contraindre à choisir.

La Chine ne va pas se mêler de cette affaire car elle n’a pas encore sécurisé totalement, même si elle s’y emploie, ses approvisionnements énergétiques par voie terrestre et elle ne peut pas prendre le risque d’un blocus du détroit d’Ormuz.

Jean-Charles Brisard : Il faut mettre la pression sur les pays frontaliers. La Turquie par exemple mène une politique ambigüe à l'égard de l'Etat islamique en maintenant sans doute volontairement la porosité de ses frontières. En l'état actuel des choses il existe une résolution 2199 du 12 février 2015 du Conseil de Sécurité de l'ONU qui ne prévoit pas de sanctions. Elle prévoit le gel des fonds des nationaux qui financent directement ou indirectement l'Etat islamique. C'est un régime inadapté à l'heure actuelle qui ne permet pas de résoudre les problèmes de porosité des frontières. En effet, il faudrait identifier le compte bancaire d'un individu qui commerce avec l'Etat islamique ce qui est très compliqué en raison du nombre d'intermédiaires en cause. La coalition disposerait avec l'embargo d'un mandat pour détruire les moyens de transport qui chercheraient à quitter le territoire de l'Etat islamique. Dès lors qu'un produit sort, peu importe le produit et peu importe les personnes, c'est une violation de l'embargo. Elle disposerait également de moyens de pression très forts à l'encontre des pays frontalier pour faire respecter cet embargo dans le cadre du chapitre VII de la Charte des Nations Unies. Pour les autres pays, les frontières sont tellement poreuses qu'ils n'ont pas la capacité à contrôler les flux.

Selon l'eurodéputée Ana Gomes "ce n'est pas nouveau que des Européens récupèrent du pétrole irakien selon des voies informelles. Mais maintenant que la situation n'est plus pacifique, avec l'EI, c'est totalement fou de continuer" (voir ici). De la même manière que des entreprises européennes ont été sévèrement sanctionnées par les Etats-Unis pour ne pas avoir respecté l'embargo qui pesait sur l'Iran, les sociétés pétrolières ne prendraient-elles pas les moyens nécessaires pour s'assurer de l'irréprochabilité des stocks qu'elles achètent ? Les entreprises qui achètent le pétrole en bout de chaîne ont-elles la capacité de s'assurer de la provenance ? Quel est le niveau de traçabilité ?

Jean-Pierre Favennec : Les chiffres précédents montrent que les exportations de pétrole de Daech sont désormais marginales. Le pétrole exporté par camions qui passe la frontière turque reste vraisemblablement à l'intérieur de la Turquie. Il appartient éventuellement aux autorités turques d'intervenir pour contrôler ce trafic.

En revanche il est extrêmement peu probable que ce pétrole soit exporté vers d'autres pays. La situation est très différente de la situation dans les années 90 où du pétrole était exporté illégalement d'Irak. Après l'invasion du Koweït par l'Irak, une coalition internationale avait libéré l'Irak. Saddam Hussein est alors resté au pouvoir et un accord "pétrole contre nourriture" avait été élaboré par les Nations Unies. Cet accord permettait à l'Irak d'exporter du pétrole - en quantités limitées - pour pouvoir acheter produits et  équipements de première nécessité. Cependant des quantités supplémentaires de pétrole étaient exportées en fraude par camion vers la Turquie. Ces quantités étaient très supérieures aux quantités actuellement exportées par Daech. La situation n'est en rien comparable actuellement.

 
Commentaires

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  • Par valencia77 - 19/11/2015 - 14:48 - Signaler un abus why?

    les etats Unis ne sont interesses qu'a emmerder la Russie. Un an de bombardements de la coalition US et les camions citernes n'on jamais ete attaque? Et la presion financiere applique pour arreter le financement de ISIS? I will vote Putin next time.

  • Par vangog - 20/11/2015 - 00:47 - Signaler un abus Excellente analyse de Del Vallee, comme d'habitude!

    Il est incroyable de voir que les solutions de celui qui mériterait 10 fois plus d'être ministre des affaires étrangères, que ce minable faux-cul de Fabius, n'ont pas été privilégiées depuis tout ce temps! Armer les Kurdes, se coaliser avec la Russie, qui réclame, à juste titre, que la souveraineté de la Syrie soit préservée, et, par dessus tout, formuler un ultimatum contre les Turcs: "cessez de financer, armer, entraîner les groupes terroristes, cessez de taper contre nos alliés Kurdes, cessez d'envahir l'UE avec la complicité des associations faussement caritatives gauchistes, ou on vous vire manu-militari!

  • Par valencia77 - 20/11/2015 - 02:57 - Signaler un abus les pays arabes?

    Nuke Riyad, Mecca and Medina. Then share the oil among europeans nations. The best diplomatic and economic move. 30 minutes to anhilate this backward population then start shipping the oil. Make Erdogan disappear. Rough justice? Well, yes but it fits their actions.

  • Par zouk - 20/11/2015 - 10:44 - Signaler un abus Daesh ou plutôt ses prolongements en France

    Malik Bezouh attire l'attention sur des facteurs importants. J'ajouterai que nous ferions bien d'écouter les opinions proposées par d'autres penseurs Musulmans importants: Rachid Benzine, Azzedine Gaci, Recteur de la Mosquée Othman à Villeurbanne, les Recteurs des Mosquées de Paris, Bordeaux, Marseille, ainsi que Ghaleb Bencheikh, philosophe, Tarek Bouzou et surtout nos trop rares universitaires islamologues, ainsi que Christian Makarian.

  • Par Ginka - 21/11/2015 - 21:53 - Signaler un abus autre guerre autre defense immediate

    stop de se faire assassiner sans defence ,aider notre police, proposition: apres enquette,autoriser chaque bon pere de famille volontaire au port d arme legere,apres formation. pose d une puce electronique afin d eviter les fraudes aux controles de port d arme. premiers recrutements , les clubs de tir

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Jean-Pierre Favennec

Jean-Pierre Favennec est un spécialiste de l’énergie et en particulier du pétrole et professeur à l’Ecole du Pétrole et des Moteurs, où il a dirigé le Centre Economie et Gestion. 

Il a publié plusieurs ouvrages et de nombreux articles sur des sujets touchant à l’économie et à la géopolitique de l’énergie et en particulier Exploitation et Gestion du Raffinage (français et anglais), Recherche et Production du Pétrole et du Gaz (français et anglais en 2011), l’Energie à Quel Prix ? (2006) et Géopolitique de l’Energie (français 2009, anglais 2011).

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Jean-Charles Brisard

Jean-Charles Brisard est spécialiste du terrorisme et ancien enquêteur en chef pour les familles de victimes des attentats du 11 septembre 2001.

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Jean-Bernard Pinatel

Général (2S) et dirigeant d'entreprise, Jean-Bernard Pinatel est un expert reconnu des questions géopolitiques et d'intelligence économique.

Il est l'auteur de Carnet de Guerres et de crises, paru aux éditions Lavauzelle en 2014.

Il anime aussi le blog : www.geopolitique-géostratégie.fr

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Alexandre Del Valle

Alexandre del Valle est un géopolitologue et essayiste franco-italien. Ancien éditorialiste (France Soir, Il Liberal, etc), il intervient pour le groupe Sup de Co La Rochelle et des institutions patronales et européennes et est chercheur associé au CPFA (Center of Foreign and Political Affairs). Il a publié plusieurs essais en France et en Italie sur la faiblesse des démocraties, les guerres balkaniques, l'islamisme, la Turquie, la persécution des chrétiens, la Syrie et le terrorisme.

Il est notamment auteur des livres Le Chaos Syrien, printemps arabes et minorités face à l'islamisme (Editions Dhow 2014), Pourquoi on tue des chrétiens dans le monde aujourd'hui ? : La nouvelle christianophobie (éditions Maxima), Le dilemme turc : Ou les vrais enjeux de la candidature d'Ankara (Editions des Syrtes) et Le complexe occidental, petit traité de déculpabilisation (Editions du Toucan).

 

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François-Bernard Huyghe

François-Bernard Huyghe est directeur de recherches à l’IRIS.
 
Il enseigne notamment au Celsa Paris IV à l’IRIS Sup et anime le site http://huyghe.fr
 
Spécialiste des stratégies de l'information, il est l'auteur de nombreux ouvrages - dont La Soft-idéologie (Robert Laffont ), L'Ennemi à l'ère numérique (PUF), Comprendre le pouvoir stratégique des médias (Eyrolles), Maîtres du faire croire de la propagande à l'influence (Vuibert), Les terroristes disent toujours ce qu'ils vont faire (avc A. Bauer, PUF), Terrorismes, Violence et Propagande (Gallimard) 
 
Son dernier ouvrage : Désinformation Les armes du faux (Armand Colin 2016)

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Franck Decloquement

Franck DeCloquement est expert en intelligence économique pour le groupe Ker-Meur et ancien de l’Ecole de Guerre Economique de Paris (EGE). Professeur à l'IRIS (Institut de Relations Internationales et Stratégiques) pour le Master 2 IRIS Sup' en « Géo-économie et intelligence stratégique », diplôme délivré conjointement par l'IRIS Sup' et l'ESC Grenoble, Franck DeCloquement est aussi conférencier sur les menaces émergentes liées aux actions d'espionnage, et les déstabilisations de nature informationnelle et humaine. Il est en outre intervenu récemment pour la SCIA (Swiss Competitive Intelligence Association) à Genève, et les assises 2015 de la FNCD (Fédération Nationale des Cadres Dirigeants) au Sénat.
 

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Frédéric Mouffle

Directeur du pôle investigations et sûreté informatique chez Ker-Meur. Formateur et conférencier sur les menaces émergentes liées aux nouvelles technologies, il intervient notamment à l'Ecole Européenne d'Intelligence Economique de Versailles

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