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Et maintenant l’Autriche..: l’Europe nationale-autoritaire, combien de divisions au sein de l’UE ?

Sebastian Kurz, le nouveau chancelier autrichien, doit se rendre à Bruxelles ce mardi 19 décembre. Une rencontre avec Jean-Claude Juncker et Donald Tusk qui illustre bien l'apparition d'une Europe des déséquilibres.

Nouveau rapport de force

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Et maintenant l’Autriche..: l’Europe nationale-autoritaire, combien de divisions au sein de l’UE ?

Atlantico : Ce mardi, Sebastian Kurz, nouveau chancelier autrichien, ​se rendra à Bruxelles pour rencontrer Jean-Claude Juncker et Donald Tusk. Alors que le nouveau pouvoir de Vienne vise à un durcissement concernant la politique migratoire et à un souhait de "défendre la souveraineté des Etats", quel bilan politique peut-on faire de l'Europe actuelle ? Quels sont les rapports de force entre les européens convaincus et les partis plus "mesurés" voire réticents sur ces questions ? 

Rémi Bourgeot : On voit se développer une crise politique en Europe qui touche progressivement tous les pays, mais de façon très différente. On ne peut certes pas adhérer à la thèse selon laquelle il ne s’agirait que d’accidents politiques ou électoraux, que l’on regarde au Royaume-Uni, en Allemagne, en Autriche, en Espagne ou en République tchèque. On voit un peu partout monter des mouvements hostiles à l’Union européenne et défendre une certaine vision de la souveraineté, selon une définition qui varie grandement d’une culture politique à l’autre.L’euroscepticisme est une donnée générale.

Cependant, l’idée selon laquelle deux camps s’opposeraient de façon structurée en Europe, les pro-européens et les eurosceptiques, est trompeuse car dans la plupart des pays la montée de l’euroscepticisme amène les partis traditionnels à ajuster progressivement leur positionnement dans ce sens. C’est évidemment le cas en Allemagne, où la montée de l’AfD conduit Angela Merkel, qui voit son électorat s’éroder, à refuser toute avancée dans un sens véritablement fédéral au niveau européen.

Le Brexit est l’objet d’une focalisation extraordinaire parce que la sortie de l’UE remet en cause l’existence même du bloc. Mais on ne peut comparer la situation britanniqueavec le cas autrichien où l’extrême droite a fait son entrée au pouvoir et obtenu trois grands ministères régaliens.De la même façon, il ne serait pas sensé de comparer les efforts de Theresa Maypour rééquilibrer le parti conservateur dans un sens plus social aux gesticulations erratiquesde Marine Le Pen qui a surtoutjoué le rôle d’assurance tous risques du statu quo économique.

En France on voit effectivement un effondrement du spectre politique et la formation d’un grand bloc centriste fédéraliste sans véritable organisation partisane. La situation française ne représente pas le cas général, contrairement à ce qu’affirment de nombreux analystes peu au fait de la culture politique des autres pays européens. Cette erreur est lourde de conséquences aussi bien pour les fédéralistes français, qui pensent avoir en face d’eux des homologues européens qui partagent leur lignealors que ça n’est plus le cas depuis environ deux décennies, que pour certains eurosceptiques.

Jean-Sylvestre Mongrenier : La poussée de partis que l’on peut qualifier de « nationaux-populistes », dans des pays dont les profils économiques divergent sensiblement, montre les limites d’une approche exclusivement socio-économique de la question. L’Autriche n’est pas un pays bousculé par une grave crise financière, en proie à de graves taux de chômage. Pourtant, de longue date déjà, une partie de l’électorat vote pour ce type de parti (on laissera de côté les métamorphoses du FPÖ). A ce propos, rappelons que la Suisse, riche et prospère, est également marquée par le national-populisme. D’aucuns y agrégeront la CSU bavaroise (d’ailleurs dépassée sur sa droite par l’AfD), pour mettre en évidence les caractéristiques propres à une Europe alpine, attachée au culte de la « petite patrie » (« Heimat »). En vérité, le phénomène est ample et traverse l’Europe ; il montre l’importance des données ethnoculturelles et la volonté partagée de préserver son identité, plus encore si elle est incertaine et malmenée, dans un monde bouleversé, en proie à une sorte de « révolution permanente ». Ces données et aspirations sont mal prises en compte par la science politique et son quantitativisme, voire son nihilisme si l’on en croit le grand philosophe Leo Strauss. Toute à ses CSP et inégalités de revenus, la science politique est tentée de bannir purement et simplement la dimension ethnoculturelle des phénomènes qu’elle croise, au prétexte qu’il s’agirait de simples constructions idéologiques, modelables à volonté. 

 
Commentaires

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  • Par J'accuse - 19/12/2017 - 10:19 - Signaler un abus Pourquoi "national-autoritaire" dans le titre ?

    "National-populiste", d'accord, mais l'Autriche ne devient pas une dictature ! Le besoin populaire pour une réaffirmation de l'autorité de l’État dans une Union européenne laxiste et complaisante n'est pas du fascisme. Cela dit, M. Mongrenier a raison: ce ne sont que d'autres politiciens surfant sur des mécontentements pour (essayer de) prendre le pouvoir, pas des gens qui ont des solutions viables.

  • Par vangog - 19/12/2017 - 10:52 - Signaler un abus « Un minimum de technocratie s’impose pour gouverner! »

    nous assène Mongrenier avec autorité! Comme si le fait de venir du peuple ôtait à jamais le droit de gouverner un pays à un de ses représentant... Je refuse cet élitisme, qui ressemble à un nouveau fascisme de la pensée unique, privilégiant une « classe dirigeante » consanguine et alternative. Non! Les technocrates savent parfaitement étouffer les problèmes du peuples sous leurs grosses commissions qui ne résolvent rien, mais satisfont les analystes à la Montgrenier...et voilà pourquoi les réformes sont quasi impossibles en France UMPSecolococo! alors qu’un représentant du peuple saura prendre les décisions qui s’imposent, au plus proche des préoccupations du peuple: fin de l’impuissance technocratique. Les vraies décisions, ça fait peur aux peureux, non?

  • Par Ganesha - 19/12/2017 - 12:48 - Signaler un abus Système en place

    Article stupide et méprisant ! Ces deux auteurs sont payés pour essayer de maintenir le ''système actuel'' en place !

  • Par cloette - 19/12/2017 - 14:00 - Signaler un abus mais non mais non, dit l'article

    Dormez dormez braves gens....

  • Par kelenborn - 19/12/2017 - 15:26 - Signaler un abus ouais

    Si Mongrenier a déjà vu un seul réfugié climatique, qu'il nous le montre! Le seul connu à ce jour est Borloo, pour avoir failli se noyer en mettant un pan de banquise dans son verre à whisky! Déjà cela suffit au discrédit! Pour le reste oui mais...une chose ma parait curieuse: les auteurs s'éclatent les neurones pour démontrer qu'aucun front commun n'est possible entre partis dits populistes. Sans doute mais où est le problème? il n'est nul besoin d'un programme commun pour faire un Frexit, un Dutchxit ou un Finxit !!!!

  • Par Semper Fi - 20/12/2017 - 04:52 - Signaler un abus Vive l'Australie...

    ... un pays où la clairvoyance des dirigeants à l'égard de l'immigration et de l'identité culturelle de leur nation mérite d'être soulignée !

  • Par Paul Emiste - 20/12/2017 - 07:55 - Signaler un abus Petit bonjour de Vienne!

    Ici en Autriche nous sommes heureux que les partis de droite s´unissent enfin! J´espère qu´il en sera de même en France, entre les LR et le FN, en espérant que le FN soit moins étatique dans le futur (MMLP?), le FPÖ étant plutôt économiquement libéral, comme le papa Le Pen en son temps. J´y suis j´y reste!

  • Par vangog - 20/12/2017 - 09:29 - Signaler un abus @Paul-Emiste heureux homme!

    l'Autriche a toujours été en avance sur son époque, par son écologie intelligente (tout le contraire de l'écologisme gauchiste répressif!) et par sa politique (Elle seule s'était opposée au socialiste Hitler). L'Autriche-Hongrie-Croatie préfigure ce que sera l'avenir de l'Europe des Nations.

  • Par lima59 - 20/12/2017 - 12:01 - Signaler un abus Immigration

    En Australie, il y a très peu d'immigration par des sans papiers. C'est la preuve que quand il y a volonté politique c'est possible. Les partis populistes Européens on cette volonté. Je crois aussi le F.N capable de remettre de l'ordre dans le pays, par-ce que ils ne font pas de compromis sur leur idées,programmes. En tout cas ils ne sont pas corrompu au niveau de leur idéologie.

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Rémi Bourgeot

Rémi Bourgeot est économiste, chercheur associé à l’IRIS et spécialiste des marchés de capitaux. Il a poursuivi une double carrière de stratégiste de marché dans le secteur financier et d’expert économique sur la zone euro et les marchés émergents pour divers think tanks.

Sur la zone euro, ses études traitent des divergences économiques, de la BCE, du jeu politique européen, de l’Allemagne et des questions industrielles.

Parallèlement à ses travaux, il enseigne l’économie de l’Union européenne dans le cadre de l’IRIS-Sup. Il est diplômé de l’Institut supérieur de l’aéronautique et de l’espace (SupAéro) et de l’Ecole d’économie de Toulouse.

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Jean-Sylvestre Mongrenier

Jean-Sylvestre Mongrenier est docteur en géopolitique, professeur agrégé d'Histoire-Géographie, et chercheur à l'Institut français de Géopolitique (Université Paris VIII Vincennes-Saint-Denis).

Il est membre de l'Institut Thomas More.

Jean-Sylvestre Mongrenier a co-écrit, avec Françoise Thom, Géopolitique de la Russie (Puf, 2016). 

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