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Et l'homme le plus dangereux du Moyen-Orient est… (indice : vous n’avez probablement jamais entendu parler de lui)

Le fils du roi Salmane se révèle comme un homme colérique et impulsif alors que les relations entre le royaume saoudien et l'Iran se dégradent. D'autant qu'il est désormais ministre de la Défense.

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Publié le - Mis à jour le 24 Janvier 2016
Et l'homme le plus dangereux du Moyen-Orient est… (indice : vous n’avez probablement jamais entendu parler de lui)

Atlantico : Alors que l'Arabie saoudite semble plus que jamais un élément central dans les conflits qui ensanglantent le Moyen-Orient et inquiètent le monde, que sait-on de son jeune chef des armées ?

Antoine Basbous : Il est plus stressé que l'an passé et cherche à doubler son cousin prince héritier.

Il profite de la présence de son père sur le trône pour devenir un successeur direct. C'est une hypothèse assez folle puisque théoriquement, Mohammed ben Salmane n'est pas concerné par la succession du fait de sa position dans la fratrie. En outre, il manque clairement d'expérience et de légitimité, comparé à ses frères et cousins, mais aussi à l'opinion publique.

Il s'agit de quelqu'un d'impulsif, de colérique, comme c'était déjà le cas par le passé. Il ressemble pour tout dire à son père lorsqu'il était jeune. Auparavant, quand il était moins sous les projecteurs, il pouvait se permettre certains écarts de conduite. Mais depuis sa nomination au ministère de la défense, il incarne la réponse virile du royaume face aux défis de l'Iran. Dorénavant, il a certainement passé des contrats avec des cabinets de communication qui lui ont permis d'acquérir les éléments de langage nécessaire pour se lisser. Ils l'aident également à apparaître sur d'importants médias étrangers : récemment encore, il apparaissait dans le journal The Economist. Depuis sa nomination, on assiste à un véritable effort en matière de communication politique. Il s'agit de se faire une place, de se créer une image d'envergure internationale. Il cherche à devenir l'interlocuteur, si pas l'égal des grands, des occidentaux. Il est important d'être opportuniste à ce niveau : ne pas s'aliéner la frange wahhabite d'Arabie saoudite est primordiale. Un peu d'Occident c'est plutôt bien, trop d'Occident, cela nuit à son image et à sa crédibilité. Par conséquent il avance en cherchant à ne heurter ni les uns, ni les autres. C'est, somme toute, une plongée de découverte dans l'univers international.

A l'intérieur, en revanche, son autorité lui vient de son statut de fils écouté du Roi. En un an, il a grandement étendu son pouvoir. Il contrôle non seulement l'armée, les budgets mais également de nombreux aspects politiques, comme l'économie. Il a dissocié l' ARAMCO (la plus grande société pétrolière au monde) du ministère du pétrole. Cela accroît son pouvoir économiste. De plus, le ministre du pétrole doit bientôt quitter le poste, et devrait être remplacé par son demi-frère. Il lui laisse donc un ministère vidé de sa substance.

Pour ce qui est de son éducation, nous savons qu'il a étudié le Droit en Arabie Saoudite, mais n'a pas, à ma connaissance, suivi d'études en Occident. Actuellement, il supervise les opérations de la Coalition au Yémen, en binôme avec son cousin germain le prince Mohammed ben Nayef, le ministre de l'Intérieur et vice-prince héritier. Pour autant, ils ne sont pas en rivalité au contraire: le ministre de l'Intérieur n'ayant pas de fils, il pourrait le nommer comme prince héritier puisque leur écart d'âge est de 21 ans. D'ailleurs, les deux hommes se présentent ensemble sur le front.

Alexandre del Valle : Indépendamment de son background personnel, il a besoin de prouver qu'il existe, qu'il est un homme dur, qu'il est un bon ministre de la Défense, qu'il est anti-chiite, qu'il est un homme capable de se confronter avec l'Iran. En même temps, il a besoin de satisfaire sa population qui est de plus en plus tentée par le djihadisme. Pour asseoir sa légitimité il est obligé de donner du grain à moudre aux islamistes car une grande partie de la société saoudienne est séduite par le rêve de Daech. Il est également dans une logique de concurrence avec son oncle qui est l'héritier actuel, ainsi qu'avec les autres princes. Il lui faut couper l'herbe sous le pied de ceux qui estiment que la monarchie a trop longtemps été modérée, notamment sous l'ancien roi Abdallah. C'est cette volonté de construire son leadership qui le mène à la confrontation directe avec les chiites, d'où l'exécution du leader chiite Nimr al Nimr et la tension avec l'Iran. Enfin, il représente aussi une tendance de la monarchie saoudienne qui est déçue par les États-Unis. Il aimerait beaucoup troubler l’apaisement des relations irano-américaines car en cas de confrontation avec l'Iran, les Saoudiens se trouveraient en position délicate.

 
Commentaires

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  • Par toupoilu - 24/01/2016 - 07:01 - Signaler un abus Superbe article,

    merci à atlantico pour cette analyse.

  • Par zouk - 24/01/2016 - 11:09 - Signaler un abus Famille royale d'Arabie Saoudite

    Un joli panier de crabes, il est très difficile de jauger l'influence de tel ou tel et encore moins d'imaginer les intentions politiques du Royaume, qu'en sortira-t-il? qui en décidera? Je pourrais ajouter maintes autres questions mais les laisse à vos perplexités...

  • Par Gré - 24/01/2016 - 18:22 - Signaler un abus Le FN est infréquentable mais

    Le FN est infréquentable mais les Saoud, non. Comprenne qui pourra.

  • Par AlainAFZ - 25/01/2016 - 12:54 - Signaler un abus Et ?

    Armée oui bien, sur mais compétences militaires ? L'Iran ayant démontré son efficacité dans ce domaine lors de l'affrontement Iran Irak...

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Antoine Basbous

Antoine Basbous est politologue et spécialiste du monde arabe, de l'islam et du terrorisme islamiste. Il a fondé en 1992, à Paris, l'Observatoire des Pays Arabes (OPA) qu'il dirige depuis.Consulté par les plus grandes entreprises, les gouvernements et les tribunaux européens et Nord-américain dans le cadre des différentes crises secouant le Moyen-Orient, il est également l'auteur de plusieurs ouvrages, dont Le tsunami arabe (Fayard, 2011).

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Alexandre Del Valle

Alexandre del Valle est un géopolitologue et essayiste franco-italien. Ancien éditorialiste (France Soir, Il Liberal, etc), il intervient pour le groupe Sup de Co La Rochelle et des institutions patronales et européennes et est chercheur associé au CPFA (Center of Foreign and Political Affairs). Il a publié plusieurs essais en France et en Italie sur la faiblesse des démocraties, les guerres balkaniques, l'islamisme, la Turquie, la persécution des chrétiens, la Syrie et le terrorisme.

Il est notamment auteur des livres Le Chaos Syrien, printemps arabes et minorités face à l'islamisme (Editions Dhow 2014), Pourquoi on tue des chrétiens dans le monde aujourd'hui ? : La nouvelle christianophobie (éditions Maxima), Le dilemme turc : Ou les vrais enjeux de la candidature d'Ankara (Editions des Syrtes) et Le complexe occidental, petit traité de déculpabilisation (Editions du Toucan).

 

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