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Et si la droite n’était pas aussi "OGM et gaz de schiste" que le souhaite Luc Chatel ?

Luc Chatel a dénoncé la frilosité excessive de l'économie française dans son rapport au gaz de schiste ou encore aux OGM. Sur ces questions, une véritable fracture sépare la droite française.

Pour l’amour du risque

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Et si la droite n’était pas aussi "OGM et gaz de schiste" que le souhaite Luc Chatel ?

Atlantico : "Les Républicains doivent être le parti du principe d’innovation plus que du principe de précaution, le parti du gaz de schiste, des OGM, des biotechs", a déclaré le député de la Haute-Marne. Que veut dire Luc Chatel par cette phrase caricaturale et manichéenne ?

Eric Verhaeghe : Luc Chatel a le mérite de mettre le doigt sur la frilosité excessive de l'économie française, sur son aversion au risque, que l'inscription du principe de précaution dans la Constitution a bien symbolisé. Rappelons que le principe de précaution condamne par avance toute prise de risque collective qui déboucherait sur des conséquences négatives.

Pour les défenseurs de l'entreprise, le principe de précaution est une aberration, dans la mesure où il revient à compliquer singulièrement l'innovation. D'une certaine façon, il exprime bien l'idée qu'il faut avoir peur de la nouveauté, et c'est une idée qui nous pénalise fortement. Sur tous ces plans, Chatel a donc raison de vouloir mettre un coup de pied dans la fourmilière et souligner la nécessaire inversion de la courbe du risque qui doit intervenir. Maintenant, personne n'a jamais dit que l'opposition au principe de précaution passait par un principe de mise en danger. On peut ici reprocher à Châtel de croire qu'entre le refus du risque et l'acceptation du risque, il n'y a pas d'intermédiaire. Précisément, le management du risque nous apprend que l'on peut réduire le risque ou le gérer de façon intelligente. On peut donc s'essayer à des innovations comme la recherche de gaz de schiste en maîtrisant la prise de risque que celle-ci comporte et en la réduisant. Cela suppose un travail politique qu'on attend des élus. 

Ne risque-t-il pas de heurter une partie des sympathisants et militants de droite, tant du côté plus progressiste (NKM) que chez les plus conservateurs (catholiques, décroissants…) ?

Ceux qui ont peur du gaz de schiste, des biotechnologies, des OGM, ont des raisons légitimes d'avoir peur et ne pas les prendre en compte est absurde. Dans le cas des OGM par exemple, la prise de risque n'est pas maîtrisée. Personne n'a clairement documenté le sujet et les décideurs publics avancent à l'aveugle. Dans le cas de la France, se pose la vraie question de savoir si nous voulons une agriculture intensive qui sacrifie la qualité pour faire du "low cost", au besoin en mettant en danger le consommateur, ou bien si nous faisons le pari d'une agriculture de qualité, plus chère, mais au développement mieux maîtrisé et aux affinités plus traditionnelles. On voit bien que la droite est aujourd'hui séparée par une fracture sur cette question, et le manque de discernement dans la remarque de Chatel risque en effet de heurter les partisans d'une France agricole, rétive à une industrialisation à outrance qui remettrait en cause les grands équilibres traditionnels du pays (déjà bien sacrifiés par ailleurs). On dira évidemment la même chose des biotechnologies, qui ont un impact fort sur notre conception de l'existence et de la vie, qu'il semble bien hâtif de régler par une provocation. On voit assez mal comment Nicolas Sarkozy parviendra à rassembler sa famille en prenant les sujets par cet angle-là.

 
Commentaires

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  • Par Karg se - 17/02/2016 - 13:58 - Signaler un abus Risible

    "Dans le cas des OGM par exemple, la prise de risque n'est pas maîtrisée. Personne n'a clairement documenté le sujet et les décideurs publics avancent à l'aveugle" C'est pathétique de lire ça en 2016. Des centaines d'études démontrent que les OGM sont sans danger. Toutes les grands organisations de protection de la santé sont unanimes. Les études antiOGM sont rétractées ou finissent dans des revues prédatrices nigériannes. Les scientifiques antiOGM sont même convaincu de fraude comme en Italie. http://seppi.over-blog.com/2016/02/quand-la-recherche-anti-ogm-falsifie-ses-donnees-l-equipe-infascelli-punie.html

  • Par perceval - 17/02/2016 - 15:30 - Signaler un abus M.Verhaeghe

    On vous a vu plus pertinent dans vos rubriques! Quand vous parlez de "droite" chiraquienne et ses raffarinades, il vaudrait mieux que vous omettiez le qualificatif de "droite". Quant à NKM.... Quant au principe de précaution, Chatel a raison c'est ériger la crétinerie en principe. On ne fait rien sur terre sans prendre de risques, il ne peut y avoir qu'un socialiste pour penser le contraire. Sans compter qu'on ne dit pas de quel risque l'on parle et qu'on ne le quantifie pas. Avec le principe de précaution nous ne serions même pas là pour en discuter car nos ancêtres auraient refusé le feu domestiqué...risque d'incendies n'est-ce pas? Ils auraient refusé la création de la roue, la route tue! Etc... Le seul bon côté que le principe de précaution pourrait nous apporter serait d'interdire à quiconque de vouloir "diriger" (enfin, diriger...) nos pays. Un autre peut-être interdire la procréation chez les socialistes.

  • Par KAFADAROFF GERARD - 16/04/2016 - 17:35 - Signaler un abus Désinformation

    La prise de risque des OGM ne serait pas maîtrisée selon M Verhaeghe. S'il s'agit des OGM sur le marché depuis 20 ans ces propos sont surprenants. Ces plantes faisant appel à la transgénèse sont celles qui sont le plus étudiées et contrôlées avant et après leur mise en marché. Les études scientifiques se comptent par milliers et les instances d'évaluation officielles nationales, européennes et internationales se sont toutes prononcées en faveur des OGM aujourd'hui commercialisés. Ces avis scientifiques sont confortés par un retour d'expérience de 20 années de très large utilisation dans le monde sans le moindre problème sanitaire ou environnemental scientifiquement prouvé.

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Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe est le fondateur du cabinet Parménide et président de Triapalio. Il est l'auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr
 

Diplômé de l'Ena (promotion Copernic) et titulaire d'une maîtrise de philosophie et d'un Dea d'histoire à l'université Paris-I, il est né à Liège en 1968.

 

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