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Et droite et gauche, euh.... : et si LREM n’était finalement qu’un PS assumant enfin la nature qui était profondément la sienne depuis 1983 ?

Le mouvement présidentiel ne serait-il qu'un parti socialiste qui assumerait son virage social-libéral, tout en en gardant les structures de pensée d'antan ?

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Et droite et gauche, euh.... : et si LREM n’était finalement qu’un PS assumant enfin la nature qui était profondément la sienne depuis 1983 ?

Atlantico : Suite au mauvais résultat de LREM aux élections législatives partielles de ce 4 février, remportées par LR, le journal Le Monde révélait la stratégie du parti d'Emmanuel Macron face à son opposant. « L’idée est donc de mettre en garde les électeurs de gauche contre ‘une droite en voie de radicalisation’ ». En quoi cette stratégie rappelle-t-elle celle du PS à l'égard du Front national ?

Christophe Boutin : Reprenons si vous le voulez bien ces différents éléments. Le premier d’entre eux est la victoire de LR dans deux législatives partielles. Relativisons les choses : d’abord en tenant compte du fort taux d’abstention ; ensuite en notant que nous ne sommes plus dans la situation des législatives de 2017, où, avec l’effet d’entraînement de la présidentielle, la vague LREM a permis d’élire des candidats quasiment incapables de s’exprimer, dont le programme politique se résumait à la récitation d’un argumentaire type, et qui avaient pour seule légitimité d’apparaître sur un photomontage à côté du nouveau président.

Mais, même avec ces correctifs, il est vrai que LR a réussi à gagner des partielles dans lesquelles LREM s’était investi, avec déplacement de figures nationales, ce qui peut sembler une défaite pour ce dernier parti.

Selon le journal que vous citez, la stratégie de LREM consisterait donc à agiter le spectre du retour de la droite pour éviter un vote de la gauche se portant sur d’autres candidats au premier tour mais, surtout, ne se reportant pas sur LREM – en l’état actuel des forces politiques, quasi-assuré d’y être présent – au second. Reste pour cela à éviter de paraître soi-même « de droite » aux yeux des électeurs de gauche, à éviter un abstentionnisme de second tour rappelant la fameuse formule du PC refusant en 1969 de choisir entre « bonnet blanc et blanc bonnet ».

Or Emmanuel Macron maintient un discours économique largement mondialiste et libéral, et entend présenter un discours ferme sur l’immigration. Il faut donc que la « vraie » droite soit suffisamment odieuse aux yeux des électeurs de gauche pour qu’il puisse les faire revenir, et présenter LR, ou tout au moins son président et sa garde rapprochée, comme se « radicalisant », c’est-à-dire intégrant dans leur discours des éléments de celui du FN et donc diabolisés, peut effectivement conduire à ce résultat.

Mais, « en même temps », si on ose écrire, cette attaque contre une « radicalisation » de Wauquiez permet aussi de continuer d’enfoncer le coin entre les deux éléments qui composent encore LR, à savoir, de manière schématique, sa frange gaullo-bonapartiste héritée du RPR et sa frange européo-orléaniste héritée de l’UDF.

La stratégie mitterrandienne du PS à l’égard du FN avait un autre but. Il s’agissait de faire monter électoralement le FN, d’abord, pour ensuite geler les voix qu’il recueillait en interdisant moralement à la droite RPR-UDF toute alliance avec lui, lors des élections comme pour la direction des collectivités locales. De ce côté, le système fonctionne toujours : Laurent Wauquiez, ne serait-ce que pour exister politiquement, incapable de s’allier au FN, tant à cause des diktats moraux de la gauche que de la double crainte d’une scission de LR d’abord, puis d’une dilution ce ceux qui suivraient ce ralliement dans un parti qui ne serait plus le leur, qu’il s’agisse d’intégration ou seulement des conséquences pratiques des collaborations, a rappelé qu’il refuserait toute alliance avec le FN. Il lui reste donc à tenter ce que Nicolas Sarkozy avait réussi en 2005, le siphonage d’une partie des électeurs du FN, mais outre que ces derniers, échaudés justement par l’expérience de 2005, sont sans doute devenus plus méfiants, le « durcissement » induit de son discours conforte la thèse de sa « radicalisation »… et ramène les électeurs de gauche chez LREM au second tour. Situation bien délicate !

Edouard Husson : Portons le regard froid de l'historien. Nous avons déjà dur recul. Vous rappelez-vous comment, il y a un an, les médias étaient déchaînés contre François Fillon? A-t-il été convoqué devant la justice un an plus tard? Que reprochait-on à Fillon? Son goût de l'argent! Pour en faire, dans un imaginaire français un peu simpliste mais qui semble faire son effet régulièrement, un homme "de droite", avide au gain etc.... Et d'ailleurs ne s'agissait-il pas de verrouiller la dénonciation de l'homme de droite qu'il semblait être dans tous les domaines: sa scandaleuse russophilie, son indulgence coupable pour La Manif pour Tous? Emmanuel Macron a superbement utilisé ces circonstances pour dresser de lui-même l'image d'un homme du centre, réconciliateur des deux France, loin des outrances de Fillon qui, non seulement n'était pas fréquentable personnellement mais surtout idéologiquement. Et une partie de l'état-major des Républicains a suivi le lynchage de Fillon tandis que l'autre s'abstenait de le soutenir. Vu de Grande-Bretagne ou d'Allemagne, on se demande comment un parti peut jouer à ce point contre ses intérêts; avoir aussi peu d'instinct de survie. Mais on est en France, pays de la Révolution, où la gauche conquiert le pouvoir régulièrement grâce aux divisions de la droite. Evidemment qu'Emmanuel Macron est de gauche, une gauche individualiste qui est toujours la gauche originelle. Et Macron a fait ce que fait toujours la gauche pour gagner: présenter d'elle-même un visage modéré. Alors que la droite, pour gagner, doit faire le contraire, s'assumer comme "droite".  

 
Commentaires

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  • Par Ganesha - 08/02/2018 - 09:40 - Signaler un abus Des noix, des clous !

    Article complètement grotesque ! Un torchon à moitié incompréhensible qui voudrait nous faire prendre des ''vessies pour des lanternes'' ! Emmanuel Macron, le banquier, ''président des riches'' serait de GAUCHE ? Alors, mr. Boutin nous argumente : en fait, notre actuel ''leader maximo'' de l'Élysée serait ''socialiste'' ! Oui, mais au sens des ''social-traîtres'', du genre des crapules de Hollande et Valls ! Non, mr Boutin, même cela, nous n'adhérons pas ! Soyons clairs : comme ''laquais du Medef et des banques'', notre play-boy, à la sexualité énigmatique, est encore bien pire que le divin Sarko. Qui, lui au moins, était clairement hétéro ! Quand à la question de savoir si les gentils abonnés d'Atlantico peuvent espérer qu'un jour Wauquiez prendra le pouvoir et abolira les légalisations votées par En Marche ( PMA, GPA, Euthanasie, Cannabis), la réponse, c'est : des noix, des clous !

  • Par vangog - 08/02/2018 - 11:11 - Signaler un abus Excellente analyse de Boutin!

    Mais, plutôt que le constat qu’ont réalisé tous les Français lucides, la question à laquelle vous auriez dû répondre, c’est: « pourquoi? »...pourquoi la gauche est-elle obligée de se cacher?...pourquoi échoue-t-elle toutes ses politiques sociales, économiques, societales, depuis un siècle, partout (un exemple de réussite de politique gauchiste?...), alors qu’elle possède, de loin la meilleure stratégie électorale de tous les partis, et qu’elle conserve, malgré ses échecs, une aura magnétique pour les benêts qui continuent à voter pour elle, comme un seul homme?...

  • Par MIMINE 95 - 08/02/2018 - 11:26 - Signaler un abus LA STRATEGIE MITTERANDIENNE ETAIT DE FAIRE MONTER LE FN

    ...... et la stratégie Macroniste était de faire monter Mélenchon et d'interdire moralement toute alliance avec ce qui restait de la gauche ..... Ce système du pouvoir et de son clown a parfaitement fonctionné. Idem pour le lynchage de Fillon, Fillon qui tout à coup, s'est retrouvé dans le costume du diable dont la caste du politiquement correct revêt sans complexe MLP. Le pauvre, lui qui faisait partie du sérail n'a du comprendre tout de suite ce qui lui arrivait ! Et les français sont toujours persuadés que nous vivons en démocratie, que la gauche est "humaniste" et que le peuple est souverain ...MDR !! En tout cas, contrairement à Ganesha j'adhère parfaitement à l'analyse des deux auteurs. Un petit détail , je n'aurai jamais voter Fillon, à la case morale et honnêteté intellectuelle, j'avais coché ... sans, mais qu'il se rassure, il n'était pas tout seul dans ce cas.

  • Par Atlante13 - 08/02/2018 - 11:36 - Signaler un abus Si la droite commençait

    déja par supprimer toutes les subventions à la presse, je pense que les choses seraient différentes. Si la droite cassait le monopole de l'école du journalisme créée par le roi communiste, les choses seraient différentes. Enfin, on pourrait recommencer à nos hommes de droite de s'entourer un peu mieux de communiquants, qu'ils prennent l'exemple d'Obama et Macron qui n'existent que grâce à ça. Temps nouveaux, image nouvelle, tant il est vrai que Fillon faisait figure de petit notaire poussiéreux de province. Son gout de l'argent n'était pas supérieur à celui de nos hommes de gauche, seuls les médias ont truqué la présentation.

  • Par Deudeuche - 08/02/2018 - 12:51 - Signaler un abus @Atlante13

    Tout à fait. Impôts sans fin, communication parisienne, papy 68ards LGBT progressistes et fumeurs de pétards et bataillons de votants barbus-voilés, le PS impérial bobo alias LREM.

  • Par Paulquiroulenamassepasmousse - 08/02/2018 - 18:06 - Signaler un abus Le plus surprenant, c'est

    Le plus surprenant, c'est que certains aient mis autant de temp à s'en appercevoir ! Il était pourtant évident qu'il allait faire du Stauss-Kahn.........!

  • Par Ganesha - 08/02/2018 - 18:59 - Signaler un abus MIMINE 95

    A chaque fois que vous venez sur ce site nous exprimer votre nostalgie inconsolable envers François Fillon, cela m'évoque les grands mythes amoureux de la civilisation occidentale : Pénélope et Ulysse, Tristan et Yseult, Roméo et Juliette... ou Maria et Tony en version ''West Side Story'' ! Malheureusement, pour moi, l'immortel duo ''Sarko-Fillon'' me fait plutôt penser au couple qui nous fait rire dans les cirques : Auguste et le clown blanc ! Les reverrons-nous un jour sous la lumière des projecteurs ? Cela semble bien improbable !

  • Par Deudeuche - 08/02/2018 - 19:05 - Signaler un abus @Ganesha

    Salut le National trotskiste. Commentes l’actu au lieu de baver sur tes petits camarades de posts. Fonctionnaire va!

  • Par WhiteWalker - 08/02/2018 - 19:51 - Signaler un abus Fillon

    C'est sa proximité avec l'Eglise et la Manif pour tous qui a tué Fillon. Le Pénélope Gate était anecdotique et artificiel (personne n'a sérieusement soutenu que Mme Fillon n'avait pas travaillé). Les Français se sont amusés du feuilleton, mais je ne crois pas qu'il aurait suffi à barrer le chemin du second tour à Fillon. Par contre, il importait (il m'importait en tous cas) de faire barrage à une droite religieuse, boutinisée, potentiellement anti-IVG.

  • Par Ganesha - 09/02/2018 - 08:49 - Signaler un abus Internet

    Il paraît que l'on peut acheter sur internet d'authentiques chapelets, certifiés bénis par le ''saint martyr'', le bienheureux François Fillon. Implorons la divine Miséricorde et Paix à son âme ! Cela compléterait adéquatement le petit autel que vous avez créé dans votre salon : sa photo devant laquelle brûlent en permanence des bougies et des bâtonnets d'encens !

  • Par winnie - 09/02/2018 - 11:30 - Signaler un abus tout a fait d'accord,

    avec le titre de l' article,d'ailleurs les 3/4

  • Par winnie - 09/02/2018 - 11:34 - Signaler un abus tout a fait d'accord,

    avec l'article , d'ailleurs les 3/4 des socialo sont aller chez Macron et les 3/4 des centristes et de la fausse droite.Malheureusement cela ne représente que 11% des votants mais ce n'est pas grave une fois élus ils font ce qu'ils veulent ! c'est donc la dictature ou comme le disent certains : la démocrature !

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Christophe Boutin

Christophe Boutin est un politologue français et professeur de droit public à l’université de Caen-Normandie, il a notamment  publié Les grand discours du XXe siècle (Flammarion 2009)  et co-dirigé Le dictionnaire du conservatisme (Cerf 2017).

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Edouard Husson

Edouard Husson est historien. Ancien vice-chancelier des universités de Paris, ancien directeur général d'Escp Europe, il a fait ses études à l'Ecole normale supérieure et à Paris Sorbonne, dont il est docteur en Histoire. Edouard Husson a été chercheur à l'Institut für Zeitgeschichte de Munich (1999-2001) et chercheur invité au Center For Advanced Holocaust Studies de Washington (en 2005 et 2006). Il a également été fait docteur honoris causa de l'Académie de Philosophie du Brésil (Rio de Janeiro) pour l'ensemble de ses travaux sur l'histoire de la Shoah.

Il est aussi vice-président de l'université Paris Sciences et Lettres (www.univ-psl.fr)

 

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