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L’erreur fatale du général De Gaulle : avoir perdu de vue l’évolution des mœurs, au profit des démagogues progressistes et réactionnaires

Tous en appellent à la France. Certains prétendent sauver la Nation. D'autres la République. D'autres encore, la démocratie. D'où viennent ces oppositions ? Elles paralysent l’action et sont suicidaires. Comment réconcilier ces faux contraires ? Convoquant la philosophie, l'auteur révèle le patriotisme méconnu de Rousseau et de l’esprit des Lumières. Extrait de "Le retour du peuple - An I" de Vincent Coussedière, éditions du Cerf 1/2

Bonnes feuilles

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L’erreur fatale du général De Gaulle : avoir perdu de vue l’évolution des mœurs, au profit des démagogues progressistes et réactionnaires

Le précédent de Gaulle et son échec : les moeurs. Toute grande politique de refondation républicaine, c’est-à-dire de refondation du peuple français en Rrépublique, doit méditer à la fois la réussite de De Gaulle et son échec. La réussite de De Gaulle est d’avoir restauré la souveraineté du peuple français, et d’avoir gouverné en obtenant le consentement de ce même peuple. L’échec de De Gaulle, mais plus encore du gaullisme, c’est d’avoir laissé s’éroder cette légitimité en abandonnant les moeurs et l’opinion à elles-mêmes, abandon qui débouchera sur la revendication d’anarchie des moeurs de mai 1968, amplifiée par le développement du gauchisme dans les années 1970.

Le gouvernement républicain de De Gaulle a échoué à conserver l’appui des moeurs et de l’opinion nationale qui l’avaient pourtant porté au pouvoir en 1944.

La présidence de De Gaulle fut magistrale mais elle pêcha en matière éducative au sens large, en matière de gouvernement des opinions et des moeurs. C’est l’évolution de l’éducation au sens large, c’est-à-dire de l’opinion et des moeurs, qui a perdu de Gaulle. A l’ombre de son oeuvre lumineuse sur les plans de la politique étrangère, du développement scientifique et économique, de la dignité et de la grandeur de la parole publique, se développait, sous l’influence du socialisme et du gauchisme, comme de la médiocrité d’un certain " gaullisme ", un processus de dissolution des moeurs. A travers la crise de l’éducation au sens de paideia, c’est-à-dire au sens de transmission et assimilation d’une forme nationale, au sens de " processus de civilisation ", se perdait toute base pour l’édification d’une " vertu républicaine ".

De Gaulle se reprochera de n’avoir pas vu venir mai 1968. C’est que l'oeil rivé sur les grands problèmes politiques, il avait perdu de vue l’évolution des moeurs, évolution dont Pompidou sera par la suite beaucoup plus conscient, mais qu’il demeurera impuissant à juguler. Encore y avait-il tardivement chez De Gaulle, et tragiquement chez Pompidou, la conscience aiguë que cette évolution des moeurs pourrait devenir contradictoire avec le maintien d’un régime républicain. Lorsqu’ils eurent conscience de ces problèmes, il était trop tard, les moeurs laissées à elles-mêmes, ou plutôt à leur " formation " par la " société du spectacle ", rendraient l’individu malléable et désemparé par rapport aux exigences d’une " société " se mondialisant sous domination américaine. Dans le même temps, l’individu devenait influençable, sensible aux discours des démagogues qui accompagnaient cette décomposition des moeurs pour mieux asseoir leur pouvoir personnel

Avec le recul, il est frappant de constater le rôle symétrique qu’eurent les deux démagogues, Mitterrand et Le Pen dans cette histoire. Le premier proposa une démagogie progressiste adaptée à l’évolution des moeurs. Le second proposa une démagogie réactionnaire accompagnant cette même évolution. Pour le premier, le slogan " changer la vie " ne servira qu’à réenchanter, tout en le masquant, un bouleversement effectif de toutes les conditions de la vie passée, afin de réconcilier définitivement les citoyens devenus individus avec l’ideé de la consommation et du progrès tel qu’il va. Jamais le slogan " laisser-passer laisser-faire " ne s’appliqua aussi systématiquement. Pour le second, il s’agira d’en appeler à la nostalgie de la grandeur et d’une identité perdues, en faisant passer un processus de décomposition des moeurs avant tout interne pour la conséquence d’une invasion extérieure. Ce faisant, Le Pen entérinait tout autant l’évolution des moeurs, les siennes d’ailleurs ressemblaient étrangement à celles d’un enfant de 68, et il ne proposait aucun contre-modèle pour les instituer autrement.

Le gaullisme, quant à lui, se révéla impuissant à juguler ce fossé grandissant entre les moeurs, absolutisant à la liberté de l’individu, et les institutions républicaines. Toute décision collective apparaissant comme allant à l’encontre de cela devenait impossible à prendre et à justifier. La dissolution des institutions suivrait bientôt : ce sera l’oeuvre de Mitterrand, puis de Chirac. La Vème République subsistera comme une coque constitutionnelle vide, privée du substrat de moeurs nationales capables de faire vivre les institutions voulues par De Gaulle.

Extrait de Le retour du peuple - An I de Vincent Coussedière, publié aux éditions du Cerf, mars 2016.  Pour acheter ce livre cliquez ici

 
Commentaires

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  • Par Anguerrand - 19/03/2016 - 10:59 - Signaler un abus Oui il fallait faire évoluer la société

    mais de là à en arriver où nous sommes ou la politesse, une novlangue, la vulgarité poussée à son sommet, le non respect des enfants vis à vis des adultes, le tout grâce à la " révolution " de 68, je ne suis pas sûr que ce soit un grand progrès .

  • Par A M A - 19/03/2016 - 12:45 - Signaler un abus L’échec de De Gaulle et du gaullisme

    Enfin une petite lucarne d'objectivité s'ouvre sur De Gaulle et le gaullisme. Il ne suffisait pas d'exalter une Sainte France (d'ailleurs battue et autoproclamée victorieuse) en négligeant " Le Français", qualifié de "veau", méritant presque l'indignité nationale. Qu'importaient les mœurs et les aspirations des citoyens pour les élus de la France sacralisée. De plus, à vouloir contrebattre Vichy y compris sur le renouveau moral qu'il avait prôné , le Gaullisme devait proclamé un libéralisme et un laxisme moral dont les résultats ont été mené au paroxysme dans la mouvance occidentale de mai 68. Surtout, que la lucarne continue de s'ouvre en grand, après trois lustres d'idolâtrie.

  • Par vangog - 19/03/2016 - 15:07 - Signaler un abus "juguler l'évolution des moeurs"??????

    c'est étonnant de voir ces enseignants poser continuellement les mauvaises questions..;et éluder les problèmes qui les concernent, depuis quarante ans! comme si on pouvait "juguler l'évolution des mœurs", vieux réflexe gauchiste qui consiste à croire que les esprits peuvent être jugulés, canalisés, manipulés... non, l'erreur n'est pas celle de Le Pen, puisqu'il n'a pas gouverné et que l'allergie de la classe médiatico-politique, à son égard, a pu empêcher qu'il ait la moindre influence...Mais cette hypothèse fallacieuse est là pour camoufler l'échec des dirigeants et de ceux qui auraient du rester en charge d'éduquer et de transmettre savoir et exemplarité, plutôt qu'enseigner le laxisme et la conscience de classe à des élèves facilement manipulables par des âmes perverses. la grande erreur de de Gaulle -et cet enseignant l'oblitère volontairement- a été de transférer le pouvoir du sociétal, qu'il croyait de moindre importance, aux politologues, sociologues, pédagogues etc...qui se sont empressés de consacrer ce nouveau pouvoir à des fins politiques et idéologiques. Debré créait l'ENA, sans les garde-fous nécessaires, rapidement colonisée par les profs gauchistes...

  • Par Lafayette 68 - 20/03/2016 - 08:51 - Signaler un abus Pas convaincu

    De Gaulle est né en 1890, c'était donc un homme formé dans la première moitié du 20ème siècle au niveau des moeurs. Rien sur le contexte : relance démographique ,croissance forte dans un climat de reconstruction économique ,guerre froide , Vatican 2, naissance de la CEE qui bouleverse les institutions nationales et décolonisation "amorce" de la troisième mondialisation Une réflexion purement philosophique qui passe difficilement chez un historien.

  • Par MONEO98 - 20/03/2016 - 10:01 - Signaler un abus Pas convaincu , aussi

    De Gaulle n'a rien compris à l'évolution des moeurs pour la simple raison que la tolérance lui était étrangère et que pour cela ........il y avait des maisons Parler de mondialisation à l'"époque est étrange , nous sommes dans un monde binaire en confrontation permanente . De Gaulle veut faire exister une troisième voie qui a ses limites comme il le constatera lui même avec l'affaire de Cuba question morale sexuelle les USA étaient encore plus coincés que la France . De Gaulle est responsable de la France d'aujourd'hui ...qui n'arrive pas à s'adapter à la mondialisation qui résulte de l'effondrement du système binaire et de l'efficacité économique du système capitaliste sur le système communiste.De Gaulle tenant ses promesses?les pieds noirs peuvent en témoigner la rigidité psychologique moi ou le chaos l'a conduit à la démission après son échec sur la décentralisation . cela reste à son honneur ,on a eu la même réaction avec Jospin/La constitution de 1958 n'est pas faite pour la cohabitation;seul les cynismes de Mitterand et Chirac ont réussi à ignorer le sens même d'un habit constitutionnel taillé sur mesure pour De Gaulle

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Vincent Coussedière

Vincent Coussedière est agrégé de philosophie, collaborateur du Figaro et du Figaro Vox. Enseignant, élu local, il a été révélé au grand public avec son premier livre Eloge du populisme (2012). 

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