Est-il bien sérieux de consacrer un essai à une érotique du tennis ? Appliquer la parabole de la Caverne platonicienne à l’initiation lumineuse au tennis, comparer Henri Leconte à Nietzsche, McEnroe à un ange du Caravage, Björn Borg au Christ, pourra sembler participer de la mentalité postmoderne dans sa manière d’adopter le désir de divertissement et de le promouvoir au rang de culture. On pourra soupçonner cet essai de vouer un culte aux images, aux illusions et aux leurres, de vénérer la production du spectaculaire en délaissant le sens de la profondeur comme celui du Sacré. Recherchant le plaisir immédiat, la stimulation du désir, affirmant l’ego, la postmodernité se veut gaie. Faut-il voir dans cette passion pour le tennis et ce plaisir de l’instantanéité une manifestation de l’hédonisme et de l’individualisme occidental comme l’écrit Alain Finkielkraut pour qui « c’est désormais le principe de plaisir, forme postmoderne de l’intérêt particulier – qui régit la vie spirituelle » [1] ? La culture de la raquette et de la balle jaune ne relève-t-elle pas de cette régression douce d’une communication qui privilégie le feeling au détriment des mots et du langage, qui valorise le « jeune » contre la vérité de la culture ? Sans doute. Mais la postmodernité se caractérise aussi par une culture du sentiment ou des impressions. Selon Michel Maffesoli [2], elle réside dans une recherche de l’esthétique en tant qu’aesthesis, sensations, partage de sensations, « sentir commun ». Le spectacle donné par les tournois de Roland-Garros ou de Wimbledon offre à l’individu la possibilité de partager ces sensations et de communier par le jeu de la vibration.
Certains intellectuels et écrivains, écartelés entre la passion individuelle pour un sport (en particulier le football) et leur conscience critique face aux dangers de celui-ci trouvent souvent une fausse issue par l’abandon de l’un des deux termes. Ainsi s’explique par exemple l’attitude cynique et postmoderne du passionné de football qui est prêt à occulter l’arrière-plan politique et idéologique, à refouler l’aliénation populaire pour jouir égoïstement du plaisir éphémère du ballon rond. Avec le tennis, sport individualiste, né dans l’aristocratie, la question du plaisir pose moins de problèmes. Même si le tennis peut faire l’objet de critiques tant il a été récupéré par la logique marchande, les stratégies publicitaires, il est difficile de le considérer seulement comme un opium du peuple qui canalise les énergies menaçant d’ébranler l’ordre établi ou de le réduire à un marqueur social destiné à reproduire les différences socio-culturelles. Aussi sans exclure la lucidité critique, cet essai n’hésitera pas à exalter discrètement les plaisirs infimes et fugaces de l’existence, la sensualité de la danse tennistique en cédant parfois à la tentation lyrique d’adhérer instinctivement à la magie du « beau jeu ».
[1] Alain FINKIELKRAUT, La Défaite de la pensée, Paris, Gallimard, 1987, p. 150.
[2] Michel MAFFESOLI, La Contemplation du monde, Paris, Grasset, 1993.
Extraits de L'érotique du tennis (Hermann, 2011)

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Pour DSK c’est certain, il s’est toujours pris pour une raquette de tennis à l’usage de belles jeunes femmes. Il les croirait d’ailleurs toutes pratiquantes de son sport.
Vraiment quelle époque... et ce gars est prétendu "professeurs de lettres modernes" ! Quand on dit "peuple décadent", ça inclut même des personnes censées "montrer l'exemple" à la jeunesse ! Diantre !
Au regard de telles préoccupations, il ne faut plus s'étonner que des personnages "haut placés" soient enclins à "tirer" sur tout ce qui bouge, femmes de ménages comprises !