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Erdogan et la tentation du retour à l’Empire ottoman

Sur une photographie publiée récemment, Recep Tayyip Erdogan descend l’escalier du palais présidentiel entre deux rangées de soldats, vêtus de costumes historiques, chacun reflétant une époque de l’empire turc. Le Président turc, qui vise entre autres les prochaines élections législatives de 2015, dirige aujourd'hui de manière autoritaire un pays où resurgit la tradition religieuse et qui s'éloigne de plus en plus de son rêve européen.

Dérive

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Erdogan et la tentation du retour à l’Empire ottoman

Recep Erdogan Crédit Reuters

Atlantico : Pourquoi la publication de cette photo de Recep Tayyip Erdogan illustre-t-elle la volonté de réinventer une république turque forte et conquérante qui deviendrait le point névralgique de l’Orient ?

Ali Kazancigil : Cette photographie du  Président de la République turque, Recep Tayyip Erdogan reflète bien l’état d’esprit du charismatique leader du pays. La mise en scène est d’un parfait kitch, avec le Palais présidentiel gigantesque inauguré récemment, dont le coût (500 millions de dollars) et l’architecture sont très critiqués en Turquie. Cette descente des escaliers avec des soldats portant les uniformes des 16 Etats créés par les Turcs, depuis les confédérations de  tribus nomades turcophones d’Asie centrale jusqu’à la République, fondée en 1923 sur les ruines de l’Empire ottoman.

Mais, enfermé dans son projet délirant de retrouver les splendeurs de l’Empire ottoman, en faisant de la Turquie une grande puissance au plan international, il ne perçoit pas que son comportement grotesque est une humiliation pour son pays.

(source : gouvernement turc)

A son arrivée au pouvoir, en novembre 2002, à la tête du Parti de la Justice et du Développement (AKP), il préconisait l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne, et une diplomatie régionale de paix, fondée sur  la négociation et la conciliation, dont le but était  "zéro problème".  Cet objectif d’un leadership régional, fondé sur le soft power (la puissance douce), conforme aux intérêts économiques du pays, s’est effondré avec les « Printemps arabes ». Les relations avec la Syrie, l’Irak, l’Egypte et Israël se sont détériorées, au point qu’aujourd’hui la Turquie se trouve dans une situation que les medias du pays qualifient de "zéro voisin sans problème". Néanmoins, la Turquie reste l’une des deux grandes puissances régionales, avec l’Iran. Une réussite d’Ankara dans le domaine international est la présence économique et commerciale en Afrique, où la Turquie est la quatrième puissance émergente, après la Chine, l’Inde et le Brésil.

En quoi la résurgence de traditions anciennes et du religieux, bien que la Turquie ait une tradition laïque, peut-elle asseoir le pouvoir d’Erdogan ?

Dans la première phase de son pouvoir, entre 2002 et 2010, Erdogan déclarait que son parti était conservateur-démocrate, respectueux de la laïcité et non islamiste. Depuis la troisième victoire électorale de son parti, en 2011, il a  manifesté un penchant pour imposer à la société un conservateur-musulman, peu compatible avec la laïcité constitutionnelle. Il a voulu interdire l’avortement, introduit des mesures pour limiter la vente et la consommation d’alcool, demandé aux femmes de faire au moins 3 enfants, tenté d’interdire les foyers universitaires mixtes, où résident des personnes adultes des deux sexes. Ces tentatives d’intrusion dans la vie privée des personnes ont créé des résistances dans la société, notamment les manifestations de la place Taksim à Istanbul et dans plusieurs grandes villes, en mai-juin 2013. Les femmes voilées sont désormais admises dans les universités et peuvent accéder à des emplois dans le service public. Les collégiennes peuvent se couvrir la tête, à partir de 12 ans. Incontestablement, un climat de conservatisme moralisateur s’observe dans le pays.

 
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  • Par jurgio - 03/02/2015 - 18:50 - Signaler un abus Un exemple inquiétant

    La Turquie s'est transformée au pas de charge et par la force. On pressent pourtant que la laïcité est fragile devant une religion islamique omniprésente qui veut rétablir sa primauté.

  • Par andre. germa - 04/02/2015 - 00:13 - Signaler un abus Je suis chrétien et j'ai peur.

    Vu comment on traite les chrétiens en Turquie. Comment ne pas s inquietet de la prochaine intégration de la Turquie à l'espace de shengen?

  • Par Gré - 04/02/2015 - 19:33 - Signaler un abus Finalement, aussi bien l’UE

    Finalement, aussi bien l’UE que la Turquie ont grand intérêt à se rapprocher. ----------------------------------------- On va encore nous emmerder longtemps avec ça ? "Ils" n'ont pas encore compris d'où vient le danger ? Ce n'est plus possible. C'est insupportable.

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Ali Kazancigil

Ali Kazancigil et politologue, Directeur de la revue Anatoli : De l’Adriatique à la Caspienne, CNRS Editions.

Son dernier ouvrage : A. Kazancigil, et.al., dir.pub., La Turquie : d’une révolution à l’autre, Paris, Fayard/ Pluriel, 2013

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