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Envie de sexe ? Non merci... Quand le tabou ultime d'une société "obsédée" n'est plus là où on l'aurait attendu

Une application du nom de Whisper permet aux individus rejetant ou ayant peur de l'intimité d'échanger et de partager leur peur de la sexualité. Phénomène troublant dans une société considérée comme libérée et hyper-sexualisée.

Régime sec

Publié le

Atlantico : Le rejet de la sexualité est-il phénomène nouveau ? N'est-ce pas en opposition directe avec une société où la liberté sexuelle est de plus en revendiquée et mise-en-avant ?

Sylvain Mimoun : Le rejet de la sexualité n'est pas un phénomène nouveau, il a toujours plus ou moins existé. Selon les siècles, la perception de la sexualité varie, elle est plus ou moins rejetée. On alterne entre des périodes de laxisme et des périodes d'interdits.

Ainsi, cela n'a rien de nouveau mais la société l'ayant banalisé, le rejet de la sexualité peut, en apparence, surprendre. Pourtant dans les faits, dès que l'on ouvre une porte au libéralisme, il n'y a rien d'étonnant à ce qu'un courant opposé apparaisse.

D'ailleurs, la société n'est peut-être pas si laxiste, ce sont les médias qui transmettent cette illusion. Notamment, par le biais de films montrant une sexualité très libérée. Les médias en font une norme ce qui n'est pas le cas. Toutefois, il est indéniable que la population est à présent plus confortable avec ce type de livres, films. A titre d'exemple, des films tels que Love ou Nymphomaniac démontrent un plus large laxisme : ils sont largement regardés, on en parle souvent mais ce type d'attitude n'est pas non plus banalisé dans la réalité.

Lorsque certaines personnes revendiquent leur peur de l'acte sexuel, et se retrouvent au sein d'associations ou sur des applications telles que Whisper, ils forment en fait des sortes de sectes. Ils se rapprochent, cherchent à se protéger et aussi éventuellement à étendre leur influence. On ne peut, cependant, nier qu'il demeure une forme d'opposition entre ces deux sociétés –une libre et une plus cloisonnée- avec un nouveau modèle naissant.

D'où vient cette phobie du rapport sexuel ? Est-ce directement en réaction à une société qui a banalisé la sexualité ?

La peur de sexualité dépend de l'histoire de chacun et de notre éducation. Il y a toujours eu chez les enfants et leurs ainés une phobie, une peur de toucher les organes sexuels et qui existe chez tout le monde.

Cette "maladie" peut donner lieu à une peur de l'intimité, chacun à sa limite et sa frontière. On peut avoir peur d'être un peu déshabillé ou d'être complètement nu, de se toucher… Si l'on ne peut jamais adopter ces attitudes, ce comportement névrotique devient alors pathologique s'il est permanent puisque l'on s'écarte alors de la norme. A chaque degré il y a des peurs de plus en plus prégnantes.

Ce peut-être en réaction à une société qui a banalisé la sexualité mais pas forcément. On peut également considérer que la sexualité a toujours été un problème pour certaines personnes. Ce qui est certain, c'est que la parole libre, ouverte et facile d'accès à ce sujet peut effrayer les personnes moins à l'aise avec l'intimité. Cette parole étant partout, dans toutes les émissions de télé, journaux… Ces personnes-là ont l'impression qu'elles ne peuvent plus se barricader nulle part. C'est de là qu'est né l'intérêt de vouloir rajouter un rempart de sécurité en créant des associations, des applications telles que Whisper...

 
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  • Par JMAndré - 24/07/2015 - 18:38 - Signaler un abus Distinguons peut-être la peur

    Distinguons peut-être la peur de la sexualité du refus de la tyrannie du tout-sexuel. Ce sont deux attitudes apparemment sans lien l'une avec l'autre. Le spécialiste de la sexualité interrogé ici semble indiquer que refuser le sexe est une pathologie, et le journaliste s'étonne qu'on puisse refuser ou être mal avec le sexe tandis que l'érotisation des esprits ne cesse de progresser. Tout cela manque cruellement de réflexion plus approfondie et fait appel aux nouveaux stéréotypes imposés par la modernité. On peut souffrir de ou avec sa sexualité pour mille raisons qui demandent une écoute délicate, à laquelle cette époque n'invite pas vraiment. Car en gros, si tu baises pas c'est pas normal ... Ce qui rend plus difficile encore la vie des gens concernés. Et puis il y a une autre attitude qui consiste à se souvenir que l'amour ne se réduit pas à la jouissance, ou qu'une rencontre n'est pas condamnée à commencer (et finir bien souvent) par un orgasme. Une attitude qui choisit de privilégier la connaissance de l'autre par des touches et approches successives pour aboutir éventuellement à la rencontre simultanée des corps ... et des cœurs.

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Sylvain Mimoun

Sylvain Mimoun est gynécologue, andrologue, psychosomaticien. Il est directeur du Centre d'andrologie de l'hôpital Cochin à Paris; Il est également chroniqueur radio et TV, notamment au Journal de la santé (France 5) où il tient la rubrique "Questions sexo".

Il est l'auteur de "La masturbation rend sourd : 300 idées reçues sur la sexualité " aux éditions First.

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