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L'entrée de l'Etat au capital de PSA, un mal nécessaire ?

Le contexte pourrait être propice au soutien de PSA, qui s'efforce de développer la technologie hybride malgré ses difficultés financières. Mais une politique globale s'impose, s'adressant tant aux grandes entreprises qu'à leurs sous-traitants et visant la réindustrialisation.

Bouée de sauvetage

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L'entrée de l'Etat au capital de PSA, un mal nécessaire ?

Le gouvernement s'interroge sur une éventuelle entrée de l'Etat chez PSA. Crédit Reuters

Le gouvernement "réfléchit" quant à une entrée dans le capital de PSA a-t-on appris vendredi matin. Les raisons en sont évidentes. La crise de l’automobile a particulièrement fragilisé le groupe, qui a enregistré des pertes sévères. Depuis la fin de 2011, les pertes opérationnelles sont de l’ordre de 200 millions d’Euro par mois. Les résultats consolidés indiquent quant à eux des pertes sur l’année 2012 qui sont estimées à plus de 5 milliards.

Si la stabilité financière du groupe n’est pas encore directement mise en cause, ces pertes risquent de peser sur l’investissement. Le groupe PSA, qui vient de déprécier massivement ses actifs, n’aura probablement pas le choix, même s’il refuse pour l’instant d’évoquer la possibilité d’une prise de participation de l’État.

La question du développement de la technologie des moteurs hybrides demandera des sommes importantes. Jérôme Cahuzac, le Ministre du budget a pour sa part reconnu que la possibilité existait pour l’État d’entrer dans le capital de PSA par l’intermédiaire du Fond Stratégique d’Investissement. Même s’il a été partiellement démenti par le Premier Ministre Jean-Marc Ayrault, mais le gouvernement n’en est plus à un "couac" près, la question est à l’évidence à l’ordre du jour.

Une telle opération n’aurait rien d’extraordinaire. Ce fut, après tout, la stratégie du gouvernement américain en 2009. Mais elle pose un certain nombre de problèmes. Une entrée dans le capital d’un groupe connaissant de grandes difficultés présente deux types de risques pour l’État : un risque économique, que cet argent soit dépensé à fonds perdus, et un risque politique, que l’État soit contraint d’avaliser et même de promouvoir un plan
social draconien.

Ainsi, après avoir apporté son soutien aux ouvriers de l’usine d’Aulnay, le gouvernement socialiste se ferait le bras armé de nouvelles réductions d’effectifs. Assurément, cela n’empêchera pas le Ministre de l’intérieur de dormir. On voit bien que Manuel Valls s’apprête à endosser le costume de Jules Moch. Mais, cela impliquerait une cassure lourde de conséquences entre le gouvernement et une grande partie des salariés français. À l’inverse, s’il se refuse à assumer les plans sociaux, le gouvernement prend le risque de voir l’hémorragie financière se poursuivre.

Sur le fond, la question d’une entrée dans le capital de PSA pose le problème de cohérence générale de la politique industrielle du gouvernement. Pour l’heure cette politique se limite à une action au coup par coup. Il s’agit de sauver ce qui peut encore l’être du tissu industriel français. Ceci n’augure pas bien de ce que pourrait signifier cette entrée dans le capital de PSA. Une politique globale, s’adressant tant aux grandes entreprises qu’à leurs sous-traitants et visant à la réindustrialisation du pays s’impose.

Mais la cohérence de cette politique passe aussi par l’instrument monétaire. La France a besoin d’une monnaie dont le taux de change serait compris entre 1,00 et 1,05 dollar, au plus, si elle veut mener une telle politique. Elle ne pourra l’obtenir dans le cadre de l’Euro. Et c’est bien là que le bât blesse. En s’en tenant à une défense de l’euro, le gouvernement se prive des moyens de concevoir et de mettre en œuvre une telle politique.

 
Commentaires

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  • Par mag18 - 09/02/2013 - 10:15 - Signaler un abus Mauvaise idée

    L'état dans le capital de PSA ? Ca changera quoi ? Renault ne va pas mieux que PSA

  • Par logaro - 09/02/2013 - 10:58 - Signaler un abus PSA: erreurs starégiques depuis 50 ans!

    Dans son livre " Quand le Made in France devient le Mad in France" l'auteur étudie les cas PSA et Renault et leurs exportations à travers le monde par rapport à VW, Toyota ou Hyundai et démontre les graves erreurs stratégiques et commerciales des deux firmes françaises qui les mettent maintenant en difficulté. PSA et Renault ont été littéralement chassés de marchés importants: les Etats-Unis, la Chine, l'Afrique.

  • Par wolfgangamadp - 09/02/2013 - 12:14 - Signaler un abus Et avec quoi l'Etat va payer

    Et avec quoi l'Etat va payer ? on n'a plus un sou. L'Etat est déjà actionnaire de Renault qui ne se porte pas bien non plus. Les USA ont réussi les sauvetages parce qu'ils créent de la fausse monnaie en imprimant des dollars à tour de bras : nous on ne peut pas à cause de l'Euro et des Allemands qui refusent l'inflation. PSA va très mal, ils en sont à vendre leurs bijoux de famille. Je ne suis pas convaincu de la survie de l'entreprise à court terme. Ils ne vendent par exemple rien dans les pays à fort développement comme la Russie... c'est une catastrophe. La 205 a sauvé la marque, et a créé un élan qui s'est poursuivi avec la 405, la 605 et la 306. Depuis ils vivent sur leur acquis. Ce n'est pas la 208 qui va les sauver. Regardez l'innovation géniale entre la 104 et la 205. Entre la 207 et la 208, rien de marquant à par mettre un écran sur le tableau de bord. Ils ont 10 ans de retard. S'ils ne créent pas un évênement majeur dans l'histoire de l'auto, comme le fut la 205, ils sont morts. Fiat a survécu grâce à la Fiat 500. Les miracles sont encore possibles, il faut un coup de génie.

  • Par Ravidelacreche - 09/02/2013 - 14:56 - Signaler un abus L'entrée de l'Etat au capital de PSA

    Politique Sans Avenir

  • Par SLANDER - 09/02/2013 - 15:10 - Signaler un abus POLITIQUE ECONOMIQUE

    Il faut faire revenir les investisseurs et reconstruire des usines et des entreprises. Pour cela une seule méthode : le gvt est incompétent. Alors il faut le destituer.

  • Par troiscentsalheure - 10/02/2013 - 10:21 - Signaler un abus PSA n'a pas besoin de l'Etat

    La 208 et la 301 se vendent très bien. Les 2008, C4 et 308 2013 apportent une rupture sur le plan stylistique et devraient bien se vendre. L'arrivée de l'hybride air et de l'hybride eco dès l'année prochaine devrait permettre à PSA d''être très concurrentiel grâce à cette technologie qu'il sera le seul à proposer. Les premières images de la 508 2015 (même s'il ne s'agit pas de la version définitive) sont prometteuses: Peugeot revient à la charge avec un style dynamique et classique. L'Etat qui sait ce qui est bon pour le citoyen et les entreprises ferait mieux d'aider Renault à sortir de l'électrique. Renault est le seul constructeur à avoir investi dans l'électrique: l'absence de réseau de bornes de recharge et l'autonomie nulle de ces véhicules devrait dégager assez rapidement la voiture électrique de nos villes et c'est une bonne chose.

  • Par MONEO98 - 10/02/2013 - 17:57 - Signaler un abus incompréhension sur le mot nationalisation

    aux USA la nationalisation était le moyen de virer l'équipe en place et se débarrasser de tout ce qui n'allait pas//Chez nous on parle de nationalisation pour ne rien changer et produire de s stocks de voitures invendables .cherchez l'erreur???

  • Par Jaca10 - 10/02/2013 - 23:35 - Signaler un abus Faisons comme les Américains

    Les Américains, qui n’ont que le libéralisme à la bouche, ont mis 50 Milliards de dollars pour sauver GM par la nationalisation (opération réussie). Pour les Français le choix est simple : payer pour entretenir des centaines de milliers de chômeurs, ou encore subventionner (voire nationaliser) nos constructeurs pour les aider à s’en sortir, ou bien se décider à acheter Français …

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Jacques Sapir

Jacques Sapir est directeur d'études à l'École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS), où il dirige le Centre d'Études des Modes d'Industrialisation (CEMI-EHESS). Il est l'auteur de La Démondialisation (Seuil, 2011).

Il tient également son Carnet dédié à l'économie, l'Europe et la Russie.

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