Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Jeudi 21 Septembre 2017 | Créer un compte | Connexion
Extra

Entre catastrophe redoutée par les uns et espoirs entretenus par les autres, quel impact ont vraiment eu les 1000 milliards d'euros injectés par la BCE pour soutenir l'économie européenne ?

Alors que la BCE mène depuis bientôt deux ans une politique active de rachat de dettes, les orientations de l'instance basée à Francfort ne font pas l'unanimité. Pourtant, sans ce quantitative easing, la situation économique de la zone euro aurait été bien pire aujourd'hui.

Money money money

Publié le - Mis à jour le 9 Septembre 2016
Entre catastrophe redoutée par les uns et espoirs entretenus par les autres, quel impact ont vraiment eu les 1000 milliards d'euros injectés par la BCE pour soutenir l'économie européenne ?

Atlantico : Depuis janvier 2015, la BCE a racheté plus de 1000 milliards d'euros de titres de dettes. Alors que cette action a davantage été source d'inquiétude que d'espoir auprès de la population, comment évaluer les apports de la politique menée par Mario Draghi ? Est-il possible d'imaginer ce qui aurait pu advenir si ce plan n'avait pas été mis en place ?

Lars Christensen : Globalement, j'étais très favorable au programme d’assouplissement quantitatif lorsqu'il a été introduit en 2015. Je trouvais par ailleurs que le volume des rachats de titres était le bon. Ceci étant dit, ce programme était selon moi le strict minimum pour sortir la zone euro de la crise et d'une déflation grandissante. Par conséquent, je crois aussi que si ce programme n'avait pas été mis en place, nous aurions assisté à une aggravation de la crise de la zone euro qui se serait davantage enfoncée dans une situation déflationniste.

Mon héros, le prix Nobel américain Milton Friedman, nous a appris que "l'inflation est partout et toujours un phénomène monétaire". Cela signifie que si l'on crée trop de monnaie, cela provoque de l'inflation mais cela signifie aussi que pour lutter contre la déflation, il faut créer plus de monnaie.

J'aimerais par ailleurs souligner que lorsque l'on évalue le programme d’assouplissement quantitatif de la BCE, il faut se souvenir que la masse monétaire (c’est-à-dire la quantité de monnaie créée par la BCE) est une chose, mais que la demande de monnaie en est une autre. Ainsi, si la demande de monnaie augmente comparativement à l’offre, cela créera une situation déflationniste. Nous savons que c'est exactement ce qui s'est produit lors de la crise de la zone euro.

Par conséquent, les ménages, les entreprises et les institutions financières détiennent aujourd'hui beaucoup plus de liquidités qu'avant la crise de 2008, notamment parce qu'ils sont devenus moins enclins à prendre des risques mais aussi parce que de nouvelle régulations financières forcent les banques à stocker plus d'argent et autres "actifs sains" qu'avant 2008.

D'une certaine manière, on peut dire que le programme d’assouplissement quantitatif de la BCE essaie simplement de compenser les conséquences fortement déflationnistes de la nouvelle régulation financière européenne.

Un autre problème est que pour être efficace, l'augmentation de la base monétaire devrait être permanente. Si la banque centrale échoue à confirmer que l'augmentation sera permanente, alors la politique monétaire sera moins efficace. Il s'agit essentiellement d'un problème de crédibilité. Tout le monde sait que la Bundesbank allemande adorerait voir une réduction du programme d’assouplissement quantitatif, ce qui signifie que ce programme de la BCE n’est pas tout à fait crédible, ce qui est l'un des principaux problèmes.

Frederik Ducrozet : Il est très difficile d'estimer les effets d'une des mesures de la BCE de façon isolée. Il est préférable de prendre les politiques dans leur ensemble et de tenir compte de leur complémentarité, ce qui rend l'estimation de leurs effets économiques d'autant plus difficile.

Le bilan du quantitative easing en termes d'efficacité économique est plus que mitigé. L'inflation - qui reste la cible principale de la BCE - n'est toujours pas atteinte un an et demi après le début du programme. Non seulement elle n'est pas atteinte (puisque l'inflation est proche de 0) mais la BCE prévoit de rater sa cible à l'horizon 2018.

Si l'on s'intéresse à une situation hypothétique dans laquelle il n'y aurait pas eu de quantitative easing, il apparaît que, selon la BCE, nous serions dans une situation beaucoup plus dramatique, voire en déflation.

Selon le biais de chacun, on peut voir le verre à moitié plein ou à moitié vide mais il est certain que sans ces actions, la BCE n'aurait pas pu éviter une situation de déflation.

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par Ganesha - 08/09/2016 - 09:14 - Signaler un abus Assouplissement Quantitatif

    Cet article pourrait être extrêmement utile, s'il pouvait déjà contribuer à ce qu'au moins quelques lecteurs d'Atlantico apprennent à connaître ces deux mots : ''Quantitative Easing''. Assouplissement Quantitatif en français. En lisant les commentaires de nombre d'entre vous, qui s'imaginent pourtant ''super-experts financiers autoproclamés'', on se rend compte que cette notion vous est totalement étrangère. Vous n'avez pas la moindre idée de la signification de ces deux mots. Certes, on a vu légèrement diminuer sur ce site le nombre d'admirateurs inconditionnels d'Angela Merkel, qui venaient ici recommander de soumettre les peuples d'Europe à un régime proche de la famine, pour ''rembourser nos dettes''. Mais lorsqu'un article sur l'état global de l'économie mondiale essaie de vous expliquer que vos actions et obligations, ce petit portefeuille boursier qui complète votre retraite, n'aura bientôt pas plus de valeur que celle du papier qui le compose, vous cherchez à vivre encore quelques jours de plus dans votre optimisme béat !

  • Par vangog - 08/09/2016 - 10:08 - Signaler un abus Marine Le Pen entre 25% et 28% des électeurs

    de premier tour 2017, selon le sondage Figaro qu'Atlantico n'a pas le courage de commenter. Elle ne cesse de grimper et elle est en tête du premier tour, voila peut-être la raison...sondage de second tour, on attend toujours...

  • Par Ganesha - 08/09/2016 - 13:08 - Signaler un abus Village Potemkine

    En fait, le Super-Krach boursier a déjà eu lieu. Il n'est que temporairement camouflé par l'Assouplissement Qualitatif. Sur ces mille milliards d'euros, pas un centime n'est allé à l'économie réelle. Il s'agit uniquement d'un ''Village Potemkine'', d'un jeu d'écritures destiné à cacher le gigantesque cratère ! Cela tiendra tant qu'aucun milliardaire ne cédera à la tentation de vouloir vraiment utiliser ce pactole.

  • Par lasenorita - 08/09/2016 - 16:42 - Signaler un abus On ne les a pas vus!

    Ils ont dû partir dans les paradis fiscaux!...Le Figaro et La Tribune précisent que la somme d'argent partie dans les paradis fiscaux est estimée à plus de 25.000 milliards d'euros!...Les ''riches'' sont de plus en plus riches ,les ''Français moyens'' et les agriculteurs de plus en plus endettés, les ''pauvres'' de plus en plus pauvres!...

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Frederik Ducrozet

Frederik Ducrozet est économiste senior chez Pictet Wealth Management, en charge de l'Europe, depuis septembre 2015. Auparavant, il était économiste chez Credit Agricole CIB entre 2005 et 2015. Spécialiste de l'économie européenne, et de la politique monétaire de la BCE en particulier, ses travaux portent notamment sur le cycle du crédit, les politiques monétaires non-conventionnelles et leurs conséquences pour les marchés financiers.

Voir la bio en entier

Lars Christensen

Lars Christensen est un économiste danois spécialisé en économie internationale, marchés émergents et politique monétaire ayant plus de 20 ans d’expérience au sein de gouvernements et d'établissements bancaires. Il est l'auteur du site marketmonetarist.com. Son compte Twitter : @MaMoMVPY.

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€