Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Jeudi 20 Septembre 2018 | Créer un compte | Connexion
Extra

Énergies renouvelables : ces "légers" problèmes que révèle la journée de dimanche dernier quand l'Allemagne a produit tellement d'électricité qu'elle a dû payer les consommateurs pour l'utiliser

Le dimanche 8 mai, les conditions climatiques ont permis aux énergies renouvelables de fournir 87% de l'électricité consommée en Allemagne. Mais derrière cette information en apparence réjouissante, se cache une vérité incomplète.

Trop vert pour être mûr

Publié le
Énergies renouvelables : ces "légers" problèmes que révèle la journée de dimanche dernier quand l'Allemagne a produit tellement d'électricité qu'elle a dû payer les consommateurs pour l'utiliser

Atlantico : Le dimanche 8 mai, du fait de conditions climatiques optimales, les énergies renouvelables ont fourni 87% de l'électricité consommée en Allemagne. Cette apparente bonne nouvelle doit-elle néanmoins être relativisée ?

Rémy Prud'homme : Dire que les renouvelables ont fourni le 8 mai 2016 87% de l’électricité consommée est une vérité incomplète qui ressemble à un mensonge publicitaire, mais qui est néanmoins une information intéressante. 

L’information est tronquée pour au moins trois raisons. Tout d’abord, il y a ambiguïté sur la notion de renouvelable.

Ceux qui l’emploient veulent que l’on entende éolien et solaire, mais le chiffre donné se rapporte aussi à l’hydraulique et à la bioénergie. Ces différents types de renouvelables ont des caractéristiques bien différentes, et les ajouter est une façon peu recommandable d’embrouiller les problèmes et de cacher les réalités.

Ensuite, la formulation oublie, et sans doute pas involontairement, de préciser que ce pourcentage a été atteint de 13 à 14 heures seulement. A d’autres heures de la journée, il a certainement été bien inférieur. De 20 heures à six heures, lorsque le soleil était couché, on peut être sûr que la production d’électricité solaire a certainement été égale à zéro.

Troisièmement, choisir une journée (sur 365) et a fortiori une heure (sur 8760) est sans signification, et de ce fait trompeur. Prendre l’heure de l’année, par une nuit sans vent, durant laquelle la part de l’éolien et du solaire dans la production d’électricité en Allemagne est de 0%, serait également sans signification et trompeur. En 2014, l’éolien et le solaire ont assuré environ 14% de la production d’électricité en Allemagne. Un peu plus sans doute en 2015 ou 2016. On est loin de 87%. En réalité, 14% est une moyenne entre des heures à 87% et des heures à 0%.

Comment faire face aux difficultés techniques posées par l'exploitation des énergies renouvelables ? Ne faudrait-il pas attendre que ces problèmes soient réglés, notamment la question du stockage d'électricité, avant d'inclure les énergies solaires, éoliennes et autres dans le mix électrique ? 

Ce qui est significatif, est bien connu, est le nombre d’heures annuelles durant lequel une éolienne produit de l’électricité (environ 2600 heures, soit 30% du temps) et durant lequel un panneau solaire produit de l’électricité (environ 1200 heures, soit 15% du temps). On peut, au niveau d’un pays ou d’une ensemble de pays, augmenter ces pourcentages en répartissant éoliennes et panneaux photovoltaïques sur tout le territoire, dans l’espoir que si le vent ne souffle pas en A, il soufflera en B, et en construisant des lignes de transmission de A à B. Mais l’augmentation à attendre de cette dispersion est limitée, et de plus incertaine. En tous cas, multiplier le nombre des éoliennes en A n’augmentera en rien la disponibilité, seulement la production lors des périodes de production. C’est pourquoi les affirmations très courantes dans la presse selon lesquelles telle ferme photovoltaïque ou tel parc éolien va produire la consommation d’électricité d’une ville comme Bordeaux ou comme Paris sont ridicules. Si ces villes n’avaient que ces sources d’électricité, elles seraient sans lumière, sans ordinateur et sans télévision pendant les deux-tiers du temps. Pendant l’autre tiers, il est vrai, elles pourraient vendre leur surplus d’électricité, et d’acheter des bougies.

Le chiffre de 87% a l’intérêt de souligner la variabilité de la production de l’électricité éolienne et solaire. Il implique des heures à 0%. Le plus grave est les 14% produits le sont à heures que l’on ne connaît pas à l’avance et que l’on ne contrôle pas. Si l’on savait stocker de l’électricité en grandes quantités à des prix raisonnables (comme on sait stocker du sucre ou des chaussures) cela ne serait pas trop gênant. On cherche, à grands coups de milliards. On trouvera peut-être, et cette découverte changera profondément la situation des renouvelables. Mais actuellement, on n’a pas encore trouvé. Le seul procédé utilisable est le pompage-turbinage, qui consiste à utiliser de l’électricité excédentaire pour remonter de l’eau dans des lacs de barrage, et à utiliser cette eau pour produire de l’électricité lorsqu’on en a besoin. Encore faut-il avoir des lacs de barrages disponibles à cet effet, ce qui n’est guère le cas de l’Allemagne.

Il faut donc doubler l’éolien et le solaire avec des centrales au gaz ou au charbon pour faire face aux heures sans vent et sans soleil. C’est bien ce qui se passe en Allemagne. Il en résulte que les rejets de CO2 du système électrique allemand ne diminuent pas du tout avec l’augmentation de la part des renouvelables, mais tendent au contraire à augmenter (légèrement, il est vrai).

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par zouk - 12/05/2016 - 10:04 - Signaler un abus Energies renouvelables

    Fort utile épingle dans la baudruche qu'admirent tant de mal informés.

  • Par Anguerrand - 12/05/2016 - 11:15 - Signaler un abus Mais l'inverse peut se produire

    Ces chiffres sont totalement exceptionnels, l'inverse peut se produire, soit pas de vent et pas de soleil, il faut alors utiliser à plein les centrales thermiques alimentés par les mines de lignite ( charbon) et nous envoient leurs particules fines, mais pas que.

  • Par tubixray - 12/05/2016 - 11:32 - Signaler un abus Merci Anguerrand

    De rappeler que l'Allemagne anti nucléaire et pro énergies renouvelables produit l'essentiel de son électricité avec le combustible le plus polluant connu à nos jours .......

  • Par gebybih - 12/05/2016 - 11:55 - Signaler un abus Les 1000 morts par an dans les mines de charbon chinoises

    sans compter tous les millions de silicosés sont-ils aussi renouvellables?

  • Par Olivier62 - 13/05/2016 - 10:55 - Signaler un abus Le vrai but est d'affaiblir les économies européennes

    L'escroquerie des énergies "renouvelables" est du même tonneau que celle du réchauffement climatique (qui a provoqué des mesures que seule l'Europe appliquera !) : affaiblir l'économie européenne par des aberrations de ce type. Un autre exemple est le refus en France de l'extraction du gaz de schiste, soi-disant polluant. Résultat des courses : on va acheter du gaz de schiste américains au lieu d'acheter du français ! Les américains et nos politiciens corrompus sont contents. Nous un peu moins !

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Rémy Prud'homme

Rémy Prud'homme est professeur émérite à l'Université de Paris XII, il a fait ses études à HEC, à la Faculté de Droit et des Sciences Economiques de l'Université de Paris, à l'Université Harvard, ainsi qu'à l'Institut d'Etudes Politique de Paris. 

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€