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En Chine, Big Brother vous épie et en plus vend vos données personnelles

Si les premiers à espionner leurs citoyens sont les Etats-Unis, le gouvernement chinois lui vend les données personnelles de ses habitants. Cette commercialisation de données serait pour la Chine un business très fructueux.

Big brother is selling you

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En Chine, Big Brother vous épie et en plus vend vos données personnelles

Atlantico : D’après des journalistes d’investigation américains, les données personnelles des citoyens chinois seraient non seulement récoltées par le gouvernement, mais aussi mises en vente à des prix abordables. Pourquoi la Chine récolte de cette façon les données de ses habitants ?

Franck DeCloquement : Les autorités chinoises recueillent évidemment de vastes quantités de données personnelles sur leurs citoyens par le biais de l’internet. La captation des données numériques n’étant que le dernier avatar en la matière, à l’image de ce qui se passe dans tous les pays occidentaux actuellement. Et ceci n’est pas chose nouvelle compte tenu du régime de surveillance global mis en place à travers tout le pays. La nouveauté toute relative réside cette fois dans le fait que ces données seraient en « vente libre » et accessibles aux entreprises étrangères, et à des prix particulièrement compétitifs, selon un rapport paru dans le journal « Southern Metropolis Daily », traduit par le bulletin d’information du site Web « SupChina » le 4 janvier dernier.

« SupChina » a d’ailleurs intitulé son article « Cashing in on dystopia », et l’a encadré par l’iconographie très emblématique du « Big Brother » tiré du film britannique « 1984 » réalisé par Michael Radford, autrement dit le chef suprême du super Etat-totalitaire de « l'Océanie » imaginé par George Orwell dans son roman d’anticipation « Nineteen Eighty-Four » (1984). Pour 700 yuans environ, soit 100 dollars seulement, il a été possible pour les reporters du journal qui ont enquêté de dénicher d'énormes quantités d'informations et de données personnelles sur l’un de leurs collègues : liste complète des chambres d'hôtel fréquentées, ainsi que les vols des compagnies aériennes empruntés, les cybercafés visités par celui-ci, les entrées et les sorties du territoire, la location d'appartements, de biens et d’avoirs immobiliers, etc… Et pour ce faire, ils n’auraient eu besoin – en tout et pour tout – que de connaitre le numéro de la carte d'identité de leur infortuné confrère… A la suite, ils ont non seulement été en mesure d’acquérir des données personnelles ayant trait à la vie privée pour identifier la localisation GPS d'un autre coreligionnaire – afin de le tracer en temps réel via son téléphone portable pour 600 yuans à peine – mais ont été aussi en capacité d’acheter des informations très détaillées sur les transactions bancaires de cette personne, de vérifier les infractions routières dont il a pu se rendre coupable et les voyages en train qu’il a effectué, ainsi que chacune de ses visites d'hôtel à travers le pays.

Selon vous, comment le gouvernement chinois réussi-t-il à récolter autant de données sur les citoyens du pays ?

David Bandurski qui est en outre chercheur à l'Université du « China Media Project » de Hong Kong, a rapporté ces derniers jours dans « SupChina », que les enquêteurs spécialisés ont pu constater à travers leurs investigations que ces données disponibles et vendues à très bas coûts à travers le pays, sont en réalité proposées en « libre-service » – si l’on peut dire – et ceci, sur des centaines de sites de « suivi », annoncés sur les plates-formes basées sur l’Internet de la Chine elles-mêmes. Offrant ainsi aux clients le pouvoir de débloquer, par le truchement d’un simple téléphone mobile, les données personnelles d'à peu près tout citoyen chinois… Certaines de ces plates-formes peuvent avoir un caractère très nettement frauduleux issu du piratage extérieur des données nationales très vulnérables, mais d'autres donnent à contrario très clairement accès à des informations « officielles » des services de la police nationale Chinoise elle-même, et des bases de données du gouvernement qui disposent de véritables trésors de guerre en matière de renseignements et de données personnelles. Et ceci, à travers le relais ou la médiation mercantile de certains initiés en interne… Il en va de même en ce qui concerne certaines données bancaires, ou de connexions à travers les informations détenues par les opérateurs de téléphonie mobile. Celles-ci seraient soient vendues par la police et les autorités elle-même, ou par le biais des ressortissants étrangers qui auraient piratés les bases de données nationales à des fins mercantiles, assure Bandurski dans son exposé.

 
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Franck DeCloquement

Franck DeCloquement est praticien et expert en intelligence économique et stratégique (IES). Membre fondateur du Cercle K2 et ancien de l’Ecole de Guerre Economique de Paris (EGE), il est en outre professeur à l'IRIS (Institut de Relations internationales et stratégiques) en "Géo-économie et intelligence stratégique". Il enseigne également la "Géopolitique des médias" en Master 2 recherche "Médias et Mondialisation", à l'IFP (Institut français de presse) de l'université de Paris II Panthéon-Assas. 

Franck DeCloquement est aussi spécialiste sur les menaces Cyber-émergentes liées aux actions d'espionnage économique et les déstabilisations de nature informationnelle et humaine. Il est en outre intervenu pour la SCIA (Swiss Competitive Intelligence Association) à Genève, aux assises de la FNCDS (Fédération Nationale des Cadres Dirigeants et Supérieurs), à la FER (Fédération des Entreprises Romandes à Genève) à l’occasion de débats organisés par le CLUSIS - l'association d’experts helvétiques dédiée à la sécurité de l'information - autour des réalités des actions de contre-ingérence économique et des menaces dans la sphère digitale. 

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