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Emmanuel Macron s'attaque au casse-tête libyen

Une rencontre doit avoir lieu demain à Paris sur l'initiative d'Emmanuel Macron entre les deux chefs rivaux des deux camps libyens, le général Khalifa Haftar et Fayez el Sarraj à la tête du gouvernement d'union nationale (GNA). Avec cette rencontre, comme promis par Jean-Yves Le Drian, Emmanuel Macron rentre de plein pied dans le dossier Libyen.

Libye

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Emmanuel Macron s'attaque au casse-tête libyen

Atlantico : Que peut-on attendre de cette rencontre alors que les deux hommes se sont déjà rencontrés en mai dernier aux Émirats arabes unis.

Alain Rodier : Les deux protagonistes - Haftar et Sarraj - se connaissent bien et se sont effectivement déjà rencontrés. Je ne suis pas certain qu'ils aient grand chose de nouveau à se dire mais Paris revient dans le jeu libyen après une période d’absence, du moins apparente. Il convient de replacer cette rencontre organisée par l'Élysée dans le positionnement du président Macron en matière de politique internationale. Après avoir rencontré les « grands », particulièrement lors des sommets du G7 suivi de celui du G20, il a organisé les venues des présidents russe et américain en France.

Il ne faut pas se faire d’illusions ; rien n’a été décidé lors de ces grands « raouts » mais les interlocuteurs ont appris à connaître le « petit nouveau » qui, de son côté ne s’est pas laissé impressionner. Il a juste voulu signifier que la France était encore présente. Il a été écouté poliment car la France a encore une image de marque dans le monde.

Jupiter prend la situation libyenne là où le président Hollande l’avait laissé : Paris a reconnu avec la communauté internationale le gouvernement de Sarraj mais, conscient que la seule force militaire non islamiste radicale était dans les mains du maréchal Haftar, elle l’a « accompagné » pour le cas où... Qu’il soit ici rendu hommage aux membres des services spéciaux qui ont payé de leur vie la mission qui leur avait été confiée. Ils étaient dans leur rôle de contact avec les « infréquentables ». Pour résumer, les Affaires étrangères étaient derrière Sarraj, le Ministère de la défense avec Haftar. Cette situation change puisque les contacts avec Haftar sont désormais officialisés, Paris ne semblant enfin plus parler que d’une seule et même voix. Cela dit, BHL a toujours ses entrées à l'Élysée et avec un tel conseiller, tout est à craindre !

 

Même si la démarche paraît louable, est-ce que la France est un acteur crédible pour essayer de rapprocher les deux partis au vu de sa position "schizophrénique" sur la situation en Libye quand elle déclare publiquement ne soutenir que le GNA mais envoie des hommes appuyer l'Armée de Libération Nationale (ANL) du général Haftar ? Emmanuel Macron pourrait-il en profiter pour clarifier les choses ?

Jusque là, la position de la France en Libye était pour le moins « inconfortable ». En effet, même si le dictateur Kadhafi n’attirait guère la sympathie, l’opération militaire de 2011 lancée par le président Sarkozy a effectivement amené à la disparition d’un personnage « nuisible » mais elle entraîné un processus incontrôlable. La Libye s’est décomposée en une multitude d'entités dirigées par des chefs de guerre locaux. 

C’est là où l’on mesure que le « devoir d’ingérence » prôné depuis les années 1990 (avant BHL) par les nouveaux « colonisateurs » amenant avec eux la « Démocratie à l’occidentale » a été la source de bien des bouleversements mortifères. Des hécatombes ont peut-être été évitées mais il y a eu ensuite bien d’autres victimes innocentes ou non. Il faudra un jour se rendre compte que l’on ne fait pas une politique étrangère avec la « morale » même si cette dernière ne doit pas être totalement absente de l’esprit des décideurs. Le général de Gaulle que tout le monde cite aujourd'hui en exemple (mais que presque plus personne n'a connu) ne faisait pas une politique étrangère pour la morale mais pour l'intérêt de la France et de ses concitoyens.

 
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  • Par vangog - 26/07/2017 - 14:31 - Signaler un abus Il peut pas s'attaquer au casse-tête du chômage français, non?

    mais peut-être le petit Macron-Rothschild pense-t-il déjà à sa ré-election à la tête de la Lybie. Laisse faire le Géneral Haftar, petit bonhomme,car il est plus adulte que toi!...

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Alain Rodier

Alain Rodier, ancien officier supérieur au sein des services de renseignement français, est directeur adjoint du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Il est particulièrement chargé de suivre le terrorisme d’origine islamique et la criminalité organisée.

Il est l’auteur, en 2017 de Grand angle sur l'espionnage russe chez Uppr et de Proche-Orient : coup de projecteur pour comprendre chez Balland, en 2015, de Grand angle sur les mafias et de Grand angle sur le terrorisme aux éditions Uppr ; en 2013 du livre Le crime organisé du Canada à la Terre de feuen 2012 de l'ouvrage Les triades, la menace occultée (éditions du Rocher); en 2007 de Iran : la prochaine guerre ?; et en 2006 de Al-Qaida. Les connexions mondiales du terrorisme (éditions Ellipse). Il a également participé à la rédaction de nombreux ouvrages collectifs dont le dernier, La face cachée des révolutions arabesest paru chez Ellipses en 2012. Il collabore depuis plus de dix ans à la revue RAIDS. 

 

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