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Draghi contre Schäuble : pourquoi le conflit larvé entre l’Allemagne et la BCE (dans l’indifférence française) pourrait venir salir l’épaisse moquette du G20 Finance de Washington

Le G20 Finance se tient à Washington le jeudi 14 et vendredi 15 avril. Après ses propos violents à l'égard de la BCE, Wolfgang Schäuble devrait rencontrer Mario Draghi. La tension entre Allemagne et la banque centrale semble de plus en plus forte.

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Draghi contre Schäuble : pourquoi le conflit larvé entre l’Allemagne et la BCE (dans l’indifférence française) pourrait venir salir l’épaisse moquette du G20 Finance de Washington

Atlantico : Alors que le G20 se tient ce jeudi 14 et vendredi 15 avril​ à Washington, le Président de la BCE, Mario Draghi et ​le ministre allemand des Finances, ​Wolfgang Sch​ä​uble, seront certainement amenés à se croiser. ​Or, la semaine passée, le ministre allemand n'a pas mâché ses mots, ​en pointant directement la responsabilité de la BCE dans la ​progression des populistes en Allemagne​, mais également les conséquences négatives de son action sur les épargnants allemands. ​De telles déclarations révèlent-elles un conflit larvé entre l'Allemagne et la BCE ?

​En quoi cette dernière déclaration marque-t-elle une étape supplémentaire ?

Frédérik Ducrozet : Ces déclarations reflètent effectivement des tensions entre l'Allemagne des responsables politiques et du Gouvernement et la Banque Centrale Européenne. Celles-ci ne sont pas nouvelles. Néanmoins, ces déclarations représentent une étape assez dramatique dans des tensions qui, jusqu'alors, n'étaient que larvées... ou au moins ne débouchaient pas sur une crise ouverte. Il y a, dans les propos de Wolfgang Schäuble qui interviennent dans un contexte politique tendu en Allemagne, un jugement politique et moral à l'égard de Mario Draghi. Il s'agit évidemment d'un développement négatif susceptible de réduire le degré de cohésion qu'il y a au sein-même de la BCE, lequel est pourtant crucial pour les marchés européens, faute de coordination des autres responsables politiques. Puisque, depuis les débuts de la crise, on distingue clairement le reflet d'un manque de coordination à un autre niveau de la BCE. Celle-ci aurait voulu en faire en moins, et c'est là ce que prône la position allemande, mais Mario Draghi ne peut pas forcément se le permettre. Il souhaiterait pouvoir en faire moins, mais la situation implique que ce n'est pas tant à la BCE d'en faire moins qu'aux autres d'en faire plus. 

Je pense néanmoins qu'il s'agit là d'une question très "domestique" allemande, liée à la défaite du CDU et du SPD aux élections locales ; à la montée de l'extrême-droite ; à la montée d'un euroscepticisme au sens large mais également de plus en plus spécifiquement focalisé sur la BCE en raison des taux d'intérêts de plus en plus bas et des problèmes que cela pose spécifiquement aux épargnants allemands.

​​A en croire les informations du magazine allemand Focus, relayées par Bloomberg, Mario Draghi estimerait que collaborer avec Jens Weidmann​, le patron de la Bundesbank,​ est devenu pratiquement impossible. Alors que la Bundesbank a pris la défense de la BCE face à Wolfgang Schäuble, quels sont les risques de voir ce conflit prendre en ampleur ? Pour l'Allemagne, mais aussi pour l'Europe ? ​

Frédérik Ducrozet :  Il s'agit là, à mon avis, de commentaires assez anciens et qui ont probablement été recyclés. On avait entendu ces propos en milieu-fin de l'année 2015, sans qu'ils soient jamais confirmés. Néanmoins, c'est le reflet de cette tendance de fond d'un isolement de la Bundesbank dont l'influence est diminuée par rapport au passé. Il y a, du côté allemand, une tolérance passive vis-à-vis de ce qui est fait à la BCE, à laquelle Weidmann continue de s'opposer. Récemment, il était contre les nouvelles mesures et le nouveau programme annoncé au mois de mars dernier. Cependant, ces propos rapportés ne reflètent pas, il me semble, la réalité des rapports que Draghi et Weidmann ont au quotidien et jusque très récemment encore puisque le patron de la Bundesbank a répondu aux critiques de Wolfgang Schäuble immédiatement. Peut-être s'est-il coordonné avec Draghi, mais rien ne l'obligeait à le faire. Son message était clair : la BCE est indépendante et ne cédera à aucune pression politique. Ce qu'il dit est fondamental et très important. Il ne revient pas sur les déclarations en tant que telles et n'énonce pas son propre avis, en désaccord avec l'action de Draghi en matière de politique monétaire, dont il estime qu'il va trop loin. En revanche, il souligne l'importance de la vision d'ensemble quand il est question de politique monétaire et la nécessité de décider pour l'ensemble des pays de la zone euro, non pas seulement pour l'Allemagne. C'est primordial. Regardons les choses dans leur globalité : il y a des épargnants d'un côté, des ménages et des entreprises endettés de l'autre, des employeurs et des employés. La politique monétaire de la BCE est, en agrégé, prise pour l'ensemble de ces catégories.

Dans un cadre bien spécifique, qui dépasse celui de la BCE, il existe effectivement un risque que ce conflit prenne de l'ampleur. C'est vrai pour différentes réformes, pour la politique budgétaire, pour ce qu'il se passe avec les banques en Italie, pour l'ensemble des problèmes structurels qu'on tente encore de résoudre en Europe : nous sommes, malheureusement, toujours vulnérables aux chocs. En quelques mots, nous sommes encore vulnérables à la prochaine récession. Pour l'heure, la reprise est faible mais c'est néanmoins une reprise. Un nouveau choc en provenance des Etats-Unis, de Chine ou d'ailleurs (comme cela pourrait être le cas avec le Brexit) provoquerait potentiellement une rechute en stagnation de la zone euro, voire une régression. Ces tensions risqueraient alors de s'accentuer, puisque la BCE serait logiquement appelée à la rescousse une fois encore... et ira probablement un peu trop loin au goût de la Bundesbank, mais aussi au goût d'autres gouvernants. Il existe aujourd'hui, entre la Bundesbank et la BCE, un respect mutuel et un accord sur le fond du mandat de la BCE, de son indépendance et de l'importance ultime accordée à sa crédibilité. Les désaccords portent sur les outils et sur le court terme. Sur les perspectives économiques également. En cas de nouveau choc, qui demeure difficile à prévoir, ces désaccords pourraient nourrir des tensions.

 
Commentaires

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  • Par zouk - 16/04/2016 - 10:10 - Signaler un abus France et BCE

    Nos brillants résultats économiques devraient nous imposer le silence, pour longtemps. La logorrhée politique saura-t-elle résister longtemps à la tentation?

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Frederik Ducrozet

Frederik Ducrozet est économiste senior chez Pictet Wealth Management, en charge de l'Europe, depuis septembre 2015. Auparavant, il était économiste chez Credit Agricole CIB entre 2005 et 2015. Spécialiste de l'économie européenne, et de la politique monétaire de la BCE en particulier, ses travaux portent notamment sur le cycle du crédit, les politiques monétaires non-conventionnelles et leurs conséquences pour les marchés financiers.

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