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Des djihadistes en Syrie ? Mais pourquoi l'Occident percute-t-il si tard ?

Un an que l'on sonne l'alerte au djihadistes en Syrie... avant que les Etats-Unis ne placent l'un de ces groupes sur leur liste des organisations terroristes. Une réaction dénoncée par la rébellion syrienne. Mais qui sont ces djihadistes politiquement corrects ?

Barbichettes ...

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Des djihadistes en Syrie ? Mais pourquoi l'Occident percute-t-il si tard ?

L'origine des combattants n'est pas parfaitement connue. Certains vidéos permettent de repérer des groupes de Libyens, de Tunisiens, d'Irakiens et même de Tchétchènes. Crédit Flickr/FreedomHouse

Atlantico : La prise de la base militaire syrienne Cheikh Souleimane par le groupe djihadiste Jabbhat Al Nosra relance les inquiétudes occidentales sur la présence de groupes islamistes au coeur de la révolution. Qui sont ces groupes et quelle est leur ampleur réelle sur le terrain ?

Frédéric Pichon : Le groupe Jabbhat Al Nosra est effectivement en pointe dans la révolte grâce à ses méthodes radicales, déjà expérimentées l'an dernier, à base d'attentats suicides spectaculaires et d'actions au combat qui nécessitent un mental d'acier et une acceptation de la mort qui ont stupéfié les autres groupes armés de l'opposition syrienne.

Il est clair à présent que ce groupe, qu'on a longtemps accusé - en dépit du bon sens - d'être en fait une émanation des services de sécurité du régime, est lié étroitement à Al Qaeda. Par conséquent, il est évident qu'il s'agit de combattants étrangers, rengaine du régime, mais hélas triste réalité.

Son nom même, Jabbhat el Nousra Ahel el Cham (Front de soutien aux gens du pays de Cham), indique son origine exogène. Mais comme tout ce qui vient de la communication (du reste désastreuse) du régime est immédiatement réputé suspect aux yeux des médias, on a feint d'ignorer que le djihadisme importé est depuis longtemps le fer de lance de la révolte en Syrie.

L'origine des combattants n'est pas parfaitement connue. Il existe un certain nombre de vidéos qui permettent de repérer des groupes de Libyens, de Tunisiens, d'Irakiens et même de Tchétchènes. Encore une fois, l'efficacité de leurs méthodes, la réputation de probité qu'ils se sont habilement forgés (interdiction des pillages et des enlèvements de civils) leur donnent une image positive au sein de certaines populations, faisant oublier au passage la barbarie de leurs attentats aveugles et les exécutions sommaires de soldats, y compris par décapitation, dont ils sont coutumiers.

Ils fonctionnent exactement comme la Brigade al Moujahidin durant la guerre de Bosnie. Et le problème viendra comme en Bosnie de leur démobilisation, une fois le travail terminé : on peut craindre qu'il chercheront un autre terrain de jeu. La chute d'Assad n'est qu'un objectif de court terme pour eux. Plus généralement, on peut estimer à quelques milliers, peut être 15 000 le nombre de combattants djihadistes en Syrie.

Au sein du Conseil national syrien (CNS), le chef politique, Ahemed Moaz a-Khatib et le chef militaire, le colonel Abdel Jabbar al-Oqaïdi, ont dénoncé la décision de Washington d'inscrire Al-Nosra sur la liste des organisations terroristes. Comment comprendre cette position des rebelles et leur volonté de diminuer l'influence des organisations djihadistes et le nombre de combattants étrangers dans leurs rangs ?

On comprend aisément la réaction des dirigeants de la Coalition nationale. Elle démontre bien l'incohérence de la politique américaine dans son soutien à une opposition armée qui devait inéluctablement glisser vers le djihadisme. En même temps, cette condamnation par la CNS de la décision américaine est très troublante : on a essayé de nous rassurer à Doha en présentant un CNS modéré, ouvert, presque laïc (bien qu'un imam la préside). Cette même coalition déplore à présent qu'un groupe lié à Al Qaeda soit blacklisté? Que faut-il en conclure? De toutes façons, la Coalition n'a été reconnue que du bout des lèvres par certains groupes combattants sur le terrain et n'a aucune prise sur l'aspect militaire de la révolte. Cette posture est un clin d'oeil aux djihadistes qui du reste ont refusé de la reconnaître formellement comme représentant légitime.

 
Commentaires

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  • Par Bestfriend - 13/12/2012 - 12:11 - Signaler un abus C'est bien beau de donner des leçons !!

    Ce qu'il y a de pire lorsque l'on doit à la fois lutter contre l'extremisme chiite et l'extrémisme sunnite, c'est bien de voir à chaque fois des donneurs de leçon vous faire la morale, vous dire que vous êtes, nuls, voire un criminel (comme envers Bush alors qu'on voit bien aujourd'hui qu'il n'était pas le premier responsable du chaos irakien), un laquais des américains (propos d'Emmanuel Tood qui lui cire les babouches d'Ahmadinejad) ect... Les occidentaux n'ont pas découvert la semaine dernière la présence de proches d'Al Qaida au sein de l'opposition armée syrienne, pas plus qu'ils ne l'avaient ignoré lors du dossier lybien. La preuve, c'est bien que ni les USA ni les européens n'ont fourni d'armes sophistiquées et notamment aucun missile sol-air pour faire cesser les raids meutriers de avions d'Assad; ayant peur que les missiles en question ne soient plus tard récupérés par Al Qaida pour cibler des avions de ligne. www.monde2bestfriend.over-blog.com

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Frédéric Pichon

Frédéric Pichon est diplômé d’arabe et de sciences-politiques. Docteur en histoire contemporaine,  spécialiste de la Syrie et des minorités, il est chercheur associé au sein de l'équipe EMAM de l'Université François Rabelais (Tours).

 Il est également l'auteur de "Syrie : pourquoi l'Occident s'est trompé" aux éditions du Rocher,  "Voyage chez les Chrétiens d'Orient", "Histoire et identité d'un village chrétien en Syrie" ainsi que "Géopolitique du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord".

Il anime en parallèle le site Les yeux sur la Syrie.

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