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Disparition de Jamal Khashoggi : le moment de se fâcher avec l’Arabie Saoudite est-il venu pour Washington et les Européens ?

Mardi 2 octobre, le journaliste saoudien Jamal Khashoggi, exilé aux Etats-Unis depuis 2017 par crainte des effets de ses désaccords avec le prince héritier Mohammed Ben Salman, entre au consulat saoudien à Istanbul, pour n'en jamais ressortir. Disparu depuis lors, des sources anonymes de la police turques affirment qu'un commando saoudien l'aurait assassiné sur place. Aucun pouvoir officiel n'a encore confirmé des faits qui paraissent suffisants pour mettre en crise la position de centralité occupée par l'Arabie Saoudite au Moyen-Orient.

Bras de fer diplomatique

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Disparition de Jamal Khashoggi : le moment de se fâcher avec l’Arabie Saoudite est-il venu pour Washington et les Européens ?

Atlantico : Au regard du contexte actuel, la disparition de Jamal Khashoggi pourrait-elle entraîner une réelle dégradation des relations entre Riyad et Washington ? Quels sont les risques pris par le régime saoudien, avec de telles pratiques, si celles-ci venaient à être confirmées ?

 
Maître Ardavan Amir-Aslani : Avec cette affaire, l’Arabie Saoudite du prince héritier Mohammad Bin Salman vient de franchir une nouvelle étape dans la violence gratuite. Il est vrai que ce prince héritier se croit tout permis. En effet, il aurait suffi d’une déclaration banale du Ministre canadien des affaires étrangères appelant à la libération d’une femme, militante des droits de l’homme, pour que non seulement Riyad rompe toute relation diplomatique avec Ottawa mais que de surcroît ce pays rappelle ses étudiants inscrits dans les universités canadiennes et y retire tous ses investissements.
On n’est plus dans une démarche fondée sur la diplomatie du portefeuille mais sur celle du chantage. Et ceci n’est qu’un petit aspect des initiatives hasardeuses auxquelles ce prince a habitué le monde. Un tel sentiment d’impunité est la conséquence du silence américain et européen. 
 
Or, avec la composition actuelle de la Maison Blanche, totalement obnubilée par l‘Iran, il est peu probable que l’administration américaine fasse un cas d’école de cette affaire. Rappelons que Donald Trump a choisi Riyad pour son premier déplacement à l‘étranger en qualité de Président élu alors que traditionnellement un tel premier voyage d’un Président américain fraichement élu est réservé pour Mexico City ou Ottawa, les deux voisins des Etats-Unis. Cette situation traduit la complaisance de Washington à l’égard de l’Arabie Saoudite. Cette attitude américaine n’est pas passée inaperçue à Riyad puisque ce pays participe impunément à la perturbation de l’ordre mondial et du droit international. Qu’il suffise de citer la guerre tragique menée contre le peuple yéménite, le blocus du Qatar, le kidnapping du premier ministre libanais…
 
Washington, aujourd’hui totalement dominé sur la question iranienne par l’aile dure du Likoud et l’argent saoudien, n’est donc pas près de bouger. Ceci n’est pas en revanche le cas de la société civile américaine qui, fermement décidée à se faire entendre, agit avec vigueur et appelle à une refonte de la relation américano-saoudienne. Le fait que ce journaliste disparu saoudien ait été un éditorialiste à Washington Post contribue au grand sentiment de malaise qui prévaut chez une partie de la société américaine. En fait, la polarisation de la vie politique américaine est devenue telle qu’un véritable gouffre sépare les republicains des démocrates. Cette bipolarisation, en cas de victoire des démocrates au mois de novembre, pourrait avoir une conséquence sérieuse sur la position américaine face à Riyad.
 

La stabilité du soutien américain est-il surestimé à Riyad ? Quelles pourraient être les conséquences d'un affaiblissement du soutien américain à l'Arabie ?

 
L’Arabie Saoudite est un monstre aux pieds d’argiles. Seulement un tiers des 14 millions de nationaux saoudiens appartient à l’école wahhabite, la plus radicale des écoles musulmanes, servant d’idéologie à Daech et autres mouvements terroristes. Les deux tiers restants sont quasiment à parts égales composés de chiites et de membres d’autres écoles sunnites, plus modérées. Cette disparité prive la société saoudienne d’une unité sociale. Les Chiites en particulier, exclus du pouvoir et de la prospérité économique sont particulièrement maltraités. Ils n’espèrent qu’une chose, une autonomie accrue. Le pouvoir saoudien ne tient que par la répression de toute forme d’opposition et par une alliance presque centenaire entre la famille Saoud et le clergé Wahhabite. Cette alliance est aujourd’hui mise à mal par la volonté du prince héritier de tout contrôler y compris les imams wahhabites. Le pays est financièrement aux abois avec une dilapidation grandissante de ses réserves de devises. C’est cette situation qui a incité le prince héritier à regrouper 400 princes et personnalités saoudiennes de l’ère du précèdent Roi Abdallah afin de leur extorquer leur fortune pour pallier aux besoins financiers de plus en plus pressants du pouvoir.
 
 
Commentaires

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  • Par Marie-E - 09/10/2018 - 14:11 - Signaler un abus bof

    deja quand je lis "Washington, aujourd’hui totalement dominé sur la question iranienne par l’aile dure du Likoud" je ne vois pas ce que cela veut dire... alors le reste

  • Par pale rider - 10/10/2018 - 08:22 - Signaler un abus Eh oui l Europe , ce machin

    ...

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Ardavan Amir-Aslani

Ardavan Amir-Aslani est avocat et essayiste, spécialiste du Moyen-Orient. Il tient par ailleurs un blog www.amir-aslani.com, et alimente régulièrement son compte Twitter: @a_amir_aslani.

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