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Le discret mais ferme message de François Fillon à ses concurrents à la primaire quand il dit vouloir arrêter la politique en cas d’échec

Au micro de Jean-Jacques Bourdin, pour BFMTV et RMC, François Fillon a annoncé ce vendredi 15 janvier qu'il quitterait la politique s'il ne parvenait pas à remporter la primaire de la droite et du centre. Derrière une déclaration ferme, un message politique subtile à l'attention de ses rivaux dans la course pour la candidature à la présidentielle de 2017.

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Le discret mais ferme message de François Fillon à ses concurrents à la primaire quand il dit vouloir arrêter la politique en cas d’échec

Atlantico : Ce vendredi 15 janvier, François Fillon s'est engagé à quitter la politique en cas de défaite à la primaire de la droite et du centre. Il n'est pas le premier homme à annoncer son retrait de la vie politique. Quel message politique, au travers de cette déclaration, destine-t-il à ses rivaux ?

Bruno Jeudy : Le message politique qu'il faut comprendre, dans la déclaration de François Fillon, c'est avant tout sa totale détermination à aller au bout de cette primaire. Par conséquent, il cherche à couper court aux différentes spéculations et rumeurs relatives à un éventuel retrait d'ici le mois de novembre, notamment au profit d'Alain Juppé comme évoqué en 2015. Ce n'est pas la première fois que François Fillon présente la primaire comme son dernier combat politique : il n'y a plus que la fonction de Président de la République qui l'intéresse.

Il le dit et le répète depuis qu'il a décidé – le premier – de se lancer en 2013. Il m'en avait fait part lors d'un déplacement dans les Vosges, peu de temps après l'élection manquée à l'UMP. Déjà à l'époque, il expliquait qu'il ne candidaterait plus à une autre élection que la primaire — et la présidentielle s'il remportait la primaire. C'est pourquoi je crois qu'il faut avant tout y voir sa détermination. Il s'organise depuis sa sortie de Matignon pour être prêt en novembre 2016, à la fin de cette année donc, pour concourir à la primaire. Il ira jusqu'au bout : il s'est organisé pour cela. François Fillon a derrière lui une longue carrière politique, commencée dans le début des années 1980. Il a déjà été maire, conseiller général, président de conseil général de la Sarthe, président du conseil régional de la Loire... Mais aussi député, sénateur, ministre à plusieurs reprises et Premier ministre. Il n'a – en aucun cas – la volonté de recommencer une carrière à remonter les marches avant d'arriver à quelque chose d'autre. C'est sa dernière élection et s'il la manque il s'arrêtera. Il y a une certaine cohérence dans son message.

Aujourd'hui, dans le cadre de cette primaire, il est primordial pour chacun de réaffirmer son intention d'aller à terme de cette élection. Alain Juppé est annoncé en tête, François Fillon est en troisième position. Il pourrait potentiellement être un allié du maire de Bordeaux — il n'est pas difficile de constater les ponts que l'on pourrait établir entre les deux hommes, sans compter la proximité entre les deux équipes de campagne. François Fillon a besoin de montrer qu'il n'y a aucun accord possible. Chacun court dans son couloir et il entend mener sa course jusqu'au bout. C'est également valable pour Nicolas Sarkozy : le débat commence à se centrer sur sa volonté à aller au bout de cette primaire. Le contexte actuel, ou Alain Juppé apparaît en tête induit nécessairement une certaine pression pour ses rivaux, qui pourraient s'interroger sur leur intérêt à mener leur projet jusqu'à son terme. Avec cette déclaration, François Fillon fait état de sa totale détermination. Il envoie un message aux juppéïstes : il n'est pas la peine d'essayer de le convaincre d'obtenir un accord. Pas avant le premier tour, du moins.

Avec Nicolas Sarkozy, il n'y a de toute façon pas de possibilité d'accord en l'état. Ne serait-ce qu'en raison de la rancoeur de Nicolas Sarkozy à l'égard de François Fillon. L'ancien Président n'a pas apprécié l'attitude adoptée par François Fillon entre 2012 et  2013, les critiques qu'il a émise. Egalement, Nicolas Sarkozy a vu dans l'affaire Jouyet un acte de traîtrise. Quand bien même les deux candidats se parlent et se voient régulièrement, un accord est donc à exclure.

François Fillon et Alain Juppé se sont d'ores et déjà engagés à n'exercer qu'un seul mandat s'ils étaient élus en 2017. Faut-il y voir une façon de mettre, une fois de plus, la pression sur Nicolas Sarkozy ?

Il est vrai que François Fillon comme Alain Juppé se sont ralliés à l'idée de n'exercer qu'un seul mandat de Président de la République s'ils étaient élus en 2017. Alain Juppé l'a dit très tôt, ce que l'on comprend aisément compte-tenu de l'âge auquel il serait élu : 72 ans pour un premier mandat de 5 ans. Pour François Fillon, c'est déjà plus surprenant. D'abord parce qu'il est plus jeune (s'il était élu, il le serait à 63 ans, ce qui laisse tout à fait l'opportunité d'engager un second mandat). Néanmoins, il explique qu'au vu de ce qu'il faudra faire pour redresser la France, il connaîtrait trop de remous et de difficultés à prendre les mesures radicales qu'il estime s'imposer qu'il sera très compliqué d'envisager un second mandat pour lui même. C'est une autre façon d'indiquer qu'il ne ferait qu'un seul mandat, et c'est très clairement une manière – quand bien même les arguments diffèrent – de mettre la pression sur Nicolas Sarkozy qui, jusqu'à présent, ne s'interdit rien. Il refuse jusqu'à présent de se positionner et de répondre à la question. C'est, par ailleurs, Nicolas Sarkozy qui a fait inscrire dans la Constitution la limitation à deux mandats successifs pour un Président de la République.

 
Commentaires

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  • Par asphodèle - 18/01/2016 - 10:12 - Signaler un abus Mandat présidentiel

    Tout à fait d'accord pour un seul mandat,mais un mandat de sept ans! Un quinquennat ne permet pas de mener à bien les réformes qui seraient engagées compte tenu de la force d'inertie de l'Administration!

  • Par jurgio - 18/01/2016 - 10:33 - Signaler un abus Dire quitter la politique en cas d'échec

    c'est dire déjà que la politique n'intéresse plus vraiment. Par ailleurs, je suis pour l'idée d'un unique septennat. P.-S. : mais avec la malchance de devoir supporter un Hollande sept années durant... Je n'ai pas suffisamment confiance en l'électeur français qui vote pour soi et non pour le pays, ménageant des dérives démagogiques honteuses. Je ferai accompagner ce septennat d'un referendum de confirmation à mi-parcours pour mieux tenir le chien en laisse (un éventuel chien galeux...)

  • Par MONEO98 - 18/01/2016 - 10:37 - Signaler un abus Extraordinaire

    Fillon annonce son retrait de la vie politiques ,s'il ne gagne pas les primaires faut il que la parole des politiques soit dévaluée puisque ,à la fin de l 'article , l'auteur spécule sur les alliances possibles de Fillon en cas d’échec... Jospin a quitté la vie politique après sa défaite face à Lepen ( merci mme Taubira qui voulait être ministre) c'est tout à son honneur, je crois que Fillon fera de même.On peut être un homme politique ,avaler des couleuvres jusqu'à un certain point pour certains sauf à être une girouette... Enfin c'est l'opinion que j'ai de l'homme.

  • Par zouk - 18/01/2016 - 12:28 - Signaler un abus Bruno Jeudy

    Quel impardonnable néologisme que "candidater". Se porter/être candidat ou "faire acte de candidature". Et le pire est que ce n'est pas la première fois que des journalistes l'écrivent ou le disent. Quelle inculture! et contagieuse!

  • Par zouk - 18/01/2016 - 12:30 - Signaler un abus Fr. Fillon

    Il serait bien dommage qu'il se retire, alors qu'il est de loin le meilleur candidat.

  • Par arcole 34 - 18/01/2016 - 15:10 - Signaler un abus JE NE VOIS PAS FRANCOIS FILLON

    Faire tout ce travail pour favoriser en dernier ressort Alain Juppé ?. Je suppose qu'il s'agit une fois de plus d'une spéculation de ces journalistes politiques qui se croient au fait de tout mais ne savent rien .

  • Par Gordion - 18/01/2016 - 16:12 - Signaler un abus D'accord avec les commentaires

    Il a une casserole tout de même, son coup de Jarnac avec Jouyet contre Sarkozy...pas très joli joli. Il a le mérite d'avoir écrit un programme, et de proposer des solutions "libérales"....pas fréquent depuis Madelin.

  • Par jurgio - 18/01/2016 - 18:01 - Signaler un abus Fillon semble dans la lignée de Séguin et Madelin

    De beaux parleurs ! Mais qu'ont-ils fait réellement ?

  • Par Akilès - 18/01/2016 - 19:20 - Signaler un abus Akilés_

    C 'est le programme qui fait l' homme : surtout lorsque l' ambition des idées et des propositions dépassent celles des autres candidats. Cela interpelle directement ceux qui pensent qu'on n'échappera pas à ces potions magiques, si, d'aventure, on voulait sérieusement faire quelque chose de global : que la France se "mette à jour", au lieu d' être à la remorque de l' Allemagne (qui a su le faire, il y déjà pas mal de temps). On sait bien que ce sera (ou serait) difficile, mais la victoire de Sarkozy reposait quand même sur cette espérance, détaillée dans le fameux discours d'investiture avec Guaino à la manœuvre. C'est qu'il n'y a rien d'autre de sérieux et éprouvé en portefeuille. Donc, c'est un fait, il existe quelqu'un qui récupérera la mise … en cas d' effondrement d'un des deux autres candidats actuellement "en vogue". Une nouvelle version du jeu " à qui perd gagne" ? … ( donné perdant longtemps avant gagne sur le fil ) Ça n'est pas Monsieur H qui dira le contraire. Il s'agirait presque de reprendre le témoin là où il est tombé : depuis l' ouverture à gauche, par exemple … (LOL)

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Bruno Jeudy

Bruno Jeudy est rédacteur en chef Politique et Économie chez Paris Match. Spécialiste de la droite, il est notamment le co-auteur du livre Le Coup monté, avec Carole Barjon.

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