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La diplomatie des grands pays d’Europe est-elle (enfin) en train d'infléchir son approche vis à vis de la Russie ?

En dépit d'une volonté de certains grands pays européens comme la France et l'Allemagne de renouer le dialogue avec la Russie, il serait naïf d'espérer une quelconque normalisation. La Russie continuera à s'opposer aux Européens pendant encore longtemps. Et pourtant, une relation russo-européenne apaisée profiterait à la stabilité mondiale.

Frémissement

Publié le - Mis à jour le 16 Mai 2016
La diplomatie des grands pays d’Europe est-elle (enfin) en train d'infléchir son approche vis à vis de la Russie ?

Atlantico : Alors que le Premier ministre russe Dmitri Medvedev a déclaré que le monde était entré dans une nouvelle guerre froide, certaines voies en Europe plaident en faveur d'un renouvellement de l'approche de l'UE vis-à-vis de la Russie. C'est notamment le cas de la chef de la diplomatie européenne, Federica Mogherini et du ministre des Affaires étrangères allemand. La diplomatie européenne reste à ce jour une coquille vide, toutefois, est ce que certains grands pays européens sont en train d'infléchir leurs positions vis-à-vis de la Russie ?

Y'a-t-il une fracture qui se dessine entre d'un côté des pays foncièrement anti-russes et de l'autre des pays dont l'approche tend vers davantage de réalisme ?

Michael Lambert :  La rhétorique du Premier ministre de la Fédération semble en décalage avec la situation actuelle dans laquelle se trouve la Russie car celle-ci ne semble objectivement pas à même de rivaliser avec la grandeur de l’Union soviétique. Dès lors, l’expression “Guerre-froide” semble inadéquate et évoque une certaine nostalgie de l’avant 1991, une stratégie courante pour la caste politique.

Dans la pratique, la Russie n’est plus une puissance économique car elle se situe derrière les Etats-Unis, l’Union européenne et la Chine. Sa situation est similaire sur le plan démographique car elle est un pays de taille “moyenne” avec 144 millions d’habitants, et ce alors même que les Etats-Unis en comptent plus de 320, l’Union européenne 505 et la Chine plus de 1.4 milliards.

Moscou reste aujourd'hui une puissance exclusivement militaire. Le ministère de la Défense dispose d’une bonne maîtrise du processus de Guerre hybride, et l’Armée modernise son arsenal nucléaire, sa force aérienne avec des avions de 5ème génération type T-50 et ses forces terrestres avec les Ak-12 et de nouveaux véhicules blindés. Malgré cela, et comme peuvent en attester les interventions en Syrie, la puissance du Kremlin repose toujours sur des appareils de l’époque Soviétique à l’image du Su-24, et les capacités militaires du pays ne peuvent permettre d’envisager une comparaison avec celles des Etats-Unis.

Au regard de la situation au sein de l'Union européenne, se dessine une fracture apparente entre les pays qui souhaitent renouveler le dialogue avec la Russie (Grande Bretagne, France, Allemagne) et ceux qui abordent avec scepticisme l’avenir des relations Euro-Russes (Pays-Baltes, Pologne, Roumanie). Cette division s’explique en grande partie par le manque de réalisme des pays de l’Ouest, qui appréhendent assez mal la Russie et ont une encore une vision d’elle comme étant “Européenne”, un héritage du XIXème siècle.

Dans les faits, le projet d’Union eurasiatique lancé par Moscou en 2015 endigue le développement de l’Union européenne, des Droits de l’Homme et de la lutte contre la corruption dans les pays membres du Partenariat oriental (Biélorussie, Moldavie, Ukraine, Caucase). De manière plus inquiétante et au regard de l'approche russe vis-à-vis du Kurdistan, le Kremlin semble vouloir perfectionner le processus de Guerre hybride afin de continuer de déstabiliser l’Europe et les Etats-Unis en contournant l’article 5 du Traité de Washington. On pourrait avancer qu’avoir une vision positive de la Russie reste donc plus naïf que réaliste.

Le Kremlin n’hésite pas également à instrumentaliser les réfugiés. L’Armée russe bombarde massivement la Syrie en vue de pouvoir créer des flux de migrants pour affaiblir économiquement la Turquie, l’Allemagne et les pays Scandinaves. Ce phénomène atteste du caractère coercitif de Moscou et du besoin de fédérer l’Union européenne pour apporter une réponse à cette problématique.

 
Commentaires

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  • Par Liberte5 - 17/02/2016 - 19:23 - Signaler un abus cet article à charge contre la Russie....

    est tout le contraire de ce que doit-être une réalpolitique. Quelques soient les divergences, les conflits d'intérêt, nous devons discuter et réduire les divergences. C'est notre intérêt. Si l'on ne devait discuter qu'avec les pays avec qui nous sommes d'accord sur tout, cela se compterait sur les doigts des deux mains.Au regard des relations contre nature que nous entretenons avec l'Arabie Saoudite et le Qatar, rien ne doit empêcher de retrouver rapidement des relations responsables avec la Russie. Les échanges commerciaux gelés entre la France et la Russie sont extrêmement préjudiciables aux éleveurs et aux agriculteurs Français.

  • Par von straffenberg - 17/02/2016 - 19:29 - Signaler un abus Curieuse analyse

    Ce n'est pas la fédération de Russie qui s'oppose à l'Europe mais l'inverse avec la France leader ; mr Lambert devrait mieux écouter les déclarations de Vladimir je trouve cet article teinté d'un esprit anti "russe" un peu léger quant je lis la Russie apporte son soutien aux dictatures et alors !!!!! La démocratie telle que nous la concevons est incompatible avec l'Islam actuel .Le vrai problème c'est que nos dirigeants ne sont pas à la hauteur de l'analyse poutinienne pragmatique.....mais au fait Mr Lambert j’espère que vous avez déjà mis les pieds en Russie car votre analyse rappelle le discours officiel elyséen

  • Par de20 - 17/02/2016 - 22:57 - Signaler un abus Les Americains doivent aimer

    Les Americains doivent aimer cet article qui ne reflète pas l opinion d une majeure partie des Français qui verraient d un bon oeil le rapprochement avec la Russie

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Michael Lambert

Michael E. Lambert est doctorant en Relations internationales et Histoire au Collège doctoral de la Sorbonne et à l'Université de Tampere en Finlande. Ses recherches portent sur le soft power de l'Union européenne, le smart power Transatlantique après la Guerre froide et les Etats de facto dans la zone d'influence de Moscou.

 

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