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Désertification médicale, baisse du nombre de libéraux jusqu'en 2025... Les stigmates d'une politique d'étatisation de la médecine (que la réforme Touraine ne risque pas de soigner)

Consultation la plus basse d'Europe, dégradation des rémunérations... Depuis des années, l'Etat crée un déséquilibre entre secteur public et secteur privé, en plaçant au cœur du système de soin l’hôpital. Pourtant, les libéraux pourraient être une solution contre les déserts médicaux.

SOS médecins

Publié le
Désertification médicale, baisse du nombre de libéraux jusqu'en 2025... Les stigmates d'une politique d'étatisation de la médecine (que la réforme Touraine ne risque pas de soigner)

Atlantico : Selon les prévisions de la Direction de la recherche du ministère des Affaires sociales, le nombre de médecins en 2025 devrait être de 7% inférieur à 1991. Dans quelle mesure les stratégies publiques en matière de santé sont-elles responsables ?

Jean-Paul Hamon : Madame Bachelot avait déjà bien chargé la barque avec la loi HPST… Les énarques qui nous gouvernent pensent que la vertu et la qualité sont exclusivement à l'hôpital par dogmatisme. On fait donc sortir l'hôpital de ses murs et on décourage les médecins de s'installer sur des territoires où l'on manque de médecins libéraux.

On rémunère les médecins de façon scandaleusement basse et on ne leur permet pas de travailler dans les mêmes conditions que leurs collègues européens : ils travaillent avec 0,3 salarié chacun, alors que la moyenne européenne est de 2,4 salariés par médecin. La consultation est quasiment la plus basse d'Europe, il n'y a que Malte qui soit sur un niveau inférieur au nôtre. Et enfin, quand on revalorise des médecins, c'est en échange de rémunérations prétendues sur objectif de santé publiqueCe qui équivaut à dire qu'on accorde les rémunérations en échange de protocolisation et de remplissage d'indicateurs qui sont, pour la plupart, obsolètes.

Nous sommes donc en train de compliquer la vie des médecins. Le statut du médecin a changé par rapport aux 30 ou 40 dernières années. Ce n'est plus une personne respectée pour son savoir. Dans les ministères, certains aimeraient les voir travailler nuit et jour et retravailler le lendemain dans de bonnes conditions… Or, le médecin qui travaillerait nuit et jour six jours sur sept serait un médecin divorcé, qui paierait une pension alimentaire et qui serait atteint d'épuisement professionnel !  Les patients ont changé. Il y a 40 ans, ils ne savaient rien et le médecin était censé tout savoir alors qu'il ne savait pas grand-chose. Maintenant, les patients – et heureusement pour eux – sont beaucoup mieux informés. Ils sont bien plus exigeants, et quand on leur donne un traitement ou qu'on leur propose un plan thérapeutique, il faut expliquer en détail ce que l'on va faire et que le patient soit d'accord avec ce qu'on lui propose, car il s'est renseigné sur Internet et il est informé !

Les conditions de travail sont donc différentes. Vous avez un patient beaucoup plus informé, une Sécurité sociale beaucoup plus exigeante, voire harcelante : on se rend compte de ce qu'il se passe quand on poursuit les médecins pour des arrêts de travail ou des prescriptions de transport en ambulance… Récemment, une femme a décroché sa plaque et deux autres ont arrêté de travailler avant de recommencer après un long moment d'arrêt, justement parce qu'elles avaient été harcelées par la Sécurité sociale.

C'est donc tout un ensemble de choses : entre le numerus clausus, le harcèlement de la Sécurité sociale, les contraintes que veut nous coller le ministère (et je ne vous parle pas du tiers payant…), les médecins hésitent vraiment à s'installer.

 
Commentaires

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  • Par JG - 16/02/2016 - 11:11 - Signaler un abus Merci messieurs (et cher confrère !)

    Mais j'en entends encore qui vont dire "c'est normal que l'Etat contrôle tout- rémunérations et installation- puisque c'est l'Etat qui paye vos études et la sécu qui vous rémunère".... Tant que ce genre de raisonnement sera majoritaire dans la population et surtout dans la tête de nos dirigeants de droite et de gauche- on n'a pas attendu la gauche pour nous taper dessus- il n'y aucune autre espoir que de - Soit fuir la France si l'on peut - Soit faire une spécialité pas trop pénible en termes d'horaire, de gardes et de contraintes : donc éviter généraliste, chirurgie, obstétricien, anesthésiste et privilégier radiologie, cardiologie, ophtalmologie, ORL, etc.... Bon courage à tous les jeunes confrères qui vont être dans la tourmente pendant un moment... Quant à moi, je n'attends qu'une seule de ces trois possibilités : 1°) Une proposition intéressante à l'étranger 2°) Le déconventionnement collectif de tous les médecins de France 3°) La retraite....

  • Par vauban - 16/02/2016 - 12:32 - Signaler un abus JG

    Je suis cardiologue J ai 58 ans Je suis d'astreinte opérationnelle ou de garde en USIC une nuit/4 un WE/4 depuis mon entrée en internat à l âgé de 25ans Vous trouvez cela "pas trop pénible "?

  • Par JG - 16/02/2016 - 22:27 - Signaler un abus A vauban

    Désolé cher collègue, je ne parlais pas des cardiologues-réanimateurs comme vous mais de ceux qui sont installés en ville et qui ne font plus de garde . Le terme anesthésiste englobe aussi pour moi les réanimateurs (bien que cela ne soit pas tout à fait pareil je vous le concède !!) ....tout aussi pénible !! Je pense que vous avez compris l'esprit de mon message. Il y a une immense différence entre le collègue qui travaille (beaucoup) mais n'a plus de gardes et maitrise à peu près son revenu grâce aux compléments d'honoraires (je déteste le mot "dépassement" qui ne veut rien dire quand le prix de la consultation est le plus bas d'Europe !!) et celui qui croule sous les gardes (donc bosse au minimum 70 h par semaine) et/ou qui n'a pas la possibilité de prendre des compléments d'honoraires.

  • Par Neurohr Alain - 16/02/2016 - 22:32 - Signaler un abus Maudit numerus clausus

    Il faut être juste et dire que c'est aussi les médecins eux-mêmes (par le bras armé du Conseil de l'Ordre) qui ont exigé le maintien du numerus clausus. C'est un sujet qui me fait baver de rage : pendant mes études, à Strasbourg dans les années soixante, j'entendais sans arrêt parler de copains étudiants en première année de médecine qui se plantaient plusieurs fois sur le terrible concours de fin d'année à 80 % d'échecs et s'en trouvaient désespérés. Je me souviens d'avoir même entendu parler d'un suicide. Maintenant, dans ma petite ville de Dordogne, pourtant charmante, les médecins ont mon âge et sont clairement en voie de disparition par retraite ou décès.

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Jean-Paul Hamon

Jean-Paul Hamon est président de la Fédération des médecins de France.

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Frédéric Bizard

Frédéric Bizard est économiste de la santé et enseignant à Sciences Po Paris. Il est un expert reconnu du secteur de la santé en France et à l'international. Il dirige la société Salamati Consulting, société de conseil en stratégie de santé.

Il est notamment l’auteur de Protection sociale: Pour un nouveau modèle, Dunod, Mars 2017 et de Politique de santé: réussir le changement, Dunod, 2015

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