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Derrière le divorce Le Pen/ Philippot, la question à 1000 euros : mais où sont donc passées les questions de l'identité, de l'intégration et de l'immigration dans la vie politique française ?

Florian Philippot en amenant son logiciel a peut-être pu permettre d'élargir ou de toucher partiellement d'autres cibles. Mais le cœur du réacteur nucléaire frontiste c'est toujours la question de l'immigration.

La séparation

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Derrière le divorce Le Pen/ Philippot, la question à 1000 euros : mais où sont donc passées les questions de l'identité, de l'intégration et de l'immigration dans la vie politique française ?

Atlantico : Derrière le divorce entre Florian Philippot et Marine Le Pen, la question politique clé n'est-elle pas celle de savoir si, véritablement, les questions d'immigration et d'identité ont été remplacées par la question sociale ? Ne s'agit-il pas, en ce cas, d'une illusion qui pourrait s'expliquer par la transformation de ces enjeux, par le manque de crédibilité des partis sur ces questions ou par l'élargissement de la prise en compte de ces thématiques par d'autres (Manuel Valls, la gauche laïque etc..) ? 

Jean-Philippe Moinet : Je pense que, comme toujours en politique, ce divorce s'explique par la superposition de divergences d'idées ou de stratégie et le choc d'ambitions personnelles.

Ce divorce reflète une crise profonde du lepénisme "mariniste", une personnalisation radicale du leadership - ce n'est qu'une confirmation pour ce parti qui, de père en fille, n'a cessé de reposer sur une conception familiale clanique - qui ne supporte aucune ouverture. La notion même de courants, par exemple, y est exclue. Florian Philippot, avec son association "Les patriotes", tout en le sachant très bien, vient d'en faire la brutale expérience.

Quant à la ligne choisie au fond par Marine Le Pen, elle reste à clairement définir - c'est l'un des problèmes majeurs de Marine Le Pen, mais cette question de ligne semble être relativement secondaire dans la dure crise qu'elle vit depuis la présidentielle. Les tenants de deux lignes qui étaient présentées au FN comme fortement opposées, la ligne ultra-conservatrice (sur les questions de sociétés), ultra-catholique et "identitaire" (racialiste et religieuse) de Marion Maréchal Le Pen d'une part, et la ligne dîte "sociale" (interventionnisme étatique), ultra-souverainiste (sortie de l'euro) et ultra-laïque (surtout quand il s'agit des musulmans) d'autre part, ces deux lignes n'ont pas abouti à une synthèse vivable : de manière différente, mais avec le même résultat, les deux figures emblématiques de ces tendances ont quitté le navire Marine Le Pen. C'est bien la preuve que ce sont des questions de personnes qui ont prévalu et que, dans la débâcle de l'après-présidentielle, Marine Le Pen ne réussit pas à rassembler, à concilier des antagonismes, les forces sont devenues centrifuges, elles quittent le centre "mariniste" pour des ailleurs incertains. 

C'est un rétrécissement à conséquence durable, que Marine Le Pen, comme son père vis-à-vis de Bruno Mégret en 1998-1999, semble assumer: elle préfère organiser une défense autour de sa seule personne, plutôt que choisir une ligne directrice claire et subir le poids de personnalités à la popularité, en interne, trop encombrante. Le conflit a été plus discret mais tout aussi important avec sa nièce Marion Maréchal Le Pen, celle-ci a pris les devants en quittant, pour quelques temps en tout cas, la politique active, mais le syndrome est exactement le même : pour le leader du FN, mieux vaut perdre des troupes -et peut-être de prochaines batailles électorales - que le commandement ! N'oublions jamais que Marine Le Pen a tout appris des ressorts de la politique et de son parti, de son père qui, contre vents, marées et tout compromis, a opéré des purges pour garder la main sur la présidence du parti, pendant 40 ans !

Jérôme Fourquet : Au sein du Front National, on avait incontestablement, un débat  qui devenait de plus en plus bruyant sur la question du dosage dans le discours frontiste entre les différentes problématiques et enjeux habituellement exploités pour faire campagne.  Les tenants d'une recette traditionnelle et historique qui souhaitait qu'on accorde la part belle à la question d l'insécurité, de l'immigration et de l'identité avec en toile de fond la question de l'islamisation de la société français. Et puis celui de Philippot qui, lui, mettait les questions sociales et la question de l'appartenance à l'Europe, de la monnaie unique, au cœur de son discours politique. Mais qu'il s'agisse de Florian Philippot ou de ses adversaires internes, chacun reprenaient à son compte les thématiques de l'autre.  La seule différence c'était le dosage et l'intensité de l'accent qui était mis sur tel ou tel. Florian Philippot a toujours parlé de l'insécurité, des migrants et de terrorisme. Tout comme des gens comme Nicolas Bay ou Marion Marechal ont toujours parlé de l'Europe technocratique de Bruxelles et de l'euro qui affaiblissait nos entreprises. Sauf que ça arrivait plutôt en fin de discours et qu'une bonne partie de leur discours était consacré à la dénonciation de l'islamisation de la société française.

Il y a toujours eu cette opposition. Et Marine Le Pen essayait de concilier les deux même si elle avait, semble-t-il, accordé son crédit et son intérêt au logiciel proposé par Florian Philippot. C'est aujourd'hui un rééquilibrage qui s'opère avec le départ de ce dernier. C'est à la fois quelque chose d'idéologique, (c'est la victoire des opposants) mais il y aussi un grand pragmatisme. Car avec les répressions internes fortes et le fait qu'elle ait été personnellement mise en cause suite à sa piètre performance au débat de l'entre-deux tours, il fallait trouver une échappatoire pour faire baisser la pression ou la détourner sur quelqu'un d'autre.

Florian Philippot, en créant au lendemain de la présidentielle cette structure "Les Patriotes", a donné l'occasion rêvée et le bâton pour se faire battre. On a pu instruire contre lui le procès qu'il était "dedans-dehors" et qu'il avait fourni un logiciel non gagnant et peu performant à la candidate. Vous avez à la fois cet affrontement idéologique mais chacune des lignes reprenait les arguments de l'autre. Ce qui variait c'était le dosage. Il porte la responsabilité de cet échec.

Quand vous regardez les enquêtes, depuis 30 ans, quand on interroge les sympathisants frontistes, ce qui les distingue des autres, c'est leur extrême sensibilité sur la question de l'immigration. Donc c'est toujours central.

 
Commentaires

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  • Par vangog - 22/09/2017 - 09:16 - Signaler un abus Ces analystes n'y connaissent absolument rien au FN!

    Ils tentent maladroitement d'analyser un départ sous l'angle biaisé de leurs fantasmes idéologiques et de la perception lointaine et erronée qu'ont les médias du FN. Cet ancien "observateur de l'extrémisme" a certainement beaucoup de diplômes de sociologie approfondie, mais n'a certainement jamais mis les pieds au siège du FN, ni interrogé ses dirigeants. Ce type de journalisme déconsidére totalement les médias Français et pervertit le débat politique. Encore une fois, Atlantico, vous auriez mieux été inspiré d'interroger les intéressés eux-mêmes, Florian Philippot et Marine Le Pen, plutôt que laisser le clavier à ces idéologues...vous auriez alors probablement appris, et transmis, que Marine Le Pen a tout fait pour garder Philippot, mais qu'elle a du affronter la grogne de certains membres du comité central qui estiment que Philippot faisait cavalier seul. Interrogez-les et vous comprendrez mieux...

  • Par Ex abrupto - 22/09/2017 - 10:33 - Signaler un abus Ce moinet...

    ...on voit de quel coté il penche!

  • Par Olivier62 - 22/09/2017 - 10:35 - Signaler un abus Une fois de plus la caricature sur le FN

    Comme le dit vangog, ces "analystes" auto-proclamés ne font que ressortir les fantasmes du "Nouvel Obs" et de "Libération" sur le FN. La question identitaire est primordiale parce que les élites mènent une manipulation anthropologique et idéologique totale, en voulant changer le caractère ethnique du pays pour assouvir les utopies du mondialisme. Quand M. Valls parlait de "politique de peuplement" c'est exactement cela qui se passe, et les élites sont tout à fait prêtes à s'accommoder du terrorisme islamique que génère cette immigration de masse !

  • Par cloette - 22/09/2017 - 14:00 - Signaler un abus @olivier62

    C'est exactement cela , et il faut voir la gueule de bobo gaucho fricard parisien du directeur du Nouvel Obs , et surtout l'entendre sur je ne sais quelle chaine, pour comprendre qui mène la danse .

  • Par Mario - 23/09/2017 - 09:02 - Signaler un abus Et la partition du pays de

    Et la partition du pays de Hollande . Ils savent mais leur idéologie ne l'accepte pas. Malgré des instants de lucidité , rares, leur logiciel les ramène à leur mode de pensée multiculturaliste où l'hégémonisme occidental est à combattre.

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Jérôme Fourquet

Jérôme Fourquet est directeur du Département opinion publique à l’Ifop.

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Jean-Philippe Moinet

Jean-Philippe Moinet, ancien Président de l’Observatoire de l’extrémisme, est chroniqueur, directeur de la Revue Civique et directeur éditorial de l'Hôtel de l'Industrie/Société d'Encouragement pour l'industrie nationale. @JP_Moinet.

 

 

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