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Déni ou aveuglement ? Le gouvernement semble oublier de s’attaquer à la (large) zone grise des complaisances envers le terrorisme

Les annonces ont été nombreuses. Les analyses philosophiques profuses et très développées. Mais pour ce qui est de la mise en oeuvre d'un début de solution aux questions épineuses de déradicalisation ou de la zone grise, Emmanuel Macron est moins expansif.

Il n’y a pas que le sécuritaire

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Déni ou aveuglement ? Le gouvernement semble oublier de s’attaquer à la (large) zone grise des complaisances envers le terrorisme

Atlantico : En février dernier, Emmanuel Macron annonçait se lancer dans la réforme de l'Islam de France afin de combattre la montée d'un islamisme politique et violent. Mais s'il a dressé un plan philosophique consistant sur l'esprit qu'il souhaitait voir défendu dans son action, qu'en est-il dans la pratique ? Comment aborde-t-il par exemple la question de la "zone grise", espace dans lequel on retrouve des soutiens informels du terrorisme par exemple ?

Guylain Chevrier : Tout d’abord, on ne peut que constater sur ce sujet comme sur d’autres, qu’Emmanuel Macron joue la politique des deux fers au feu. D’un côté, lors d’une rencontre avec les représentants des principaux cultes à l’Elysée, courant décembre, il a exprimé selon le président de la Fédération protestante de France (FPF) François Clavairoly, que le chef de l'Etat aurait fait montre d'une conception plutôt "ouverte" de la laïcité. "Il a dit : 'c'est bien la République qui est laïque et non la société, les cultes peuvent s'exprimer dans l'espace public'", qui pouvait être entendu comme un encouragement au communautarisme, les piétistes musulmans défendant pour cela justement que seul l’Etat est laïque et en dehors de lui, tout est permis.

On sait combien la fermeture communautariste est contraire à notre vivre-ensemble et ferait voler en éclat la citoyenneté, l’individu de droit s’effaçant derrière des groupes religieux. La liberté de conscience de l’individu garantie par la loi ne s’arrête pourtant pas aux bâtiments publics. Il s’est aussi "interrogé de manière critique sur la radicalisation de la laïcité » pour se dire « vigilant là-dessus". Une appréciation à contre-sens plutôt mal venue. Quelques jours plus tard, le 4 janvier dernier, lors de ses vœux aux autorités religieuses, il exprime que, dans sa volonté de recomposition générale, il n’entend pas ignorer la laïcité. Il en a résumé le principe par cette adage: « la laïcité, oui, mais pas sans les religions ». On ne peut pas être plus dans la confusion quant à la laïcité.
 
De l’autre, il missionne Gilles Clavreul sur celle-ci, l’ancien préfet à la tête de la Dilcra, la Délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l'antisémitisme et la haine anti-LGBT, sous le gouvernement précédent, proche de Manuel Valls, qui est tout sauf favorable à la laïcité dite « ouverte ». Il livre un document explosif qui fait état de nombreuses dérives identitaires et de remises en cause de la laïcité et préconise des mesures fortes. Il souligne la contestation des valeurs républicaines, et le non-respect des exigences minimales de la vie en société, particulièrement dans les quartiers prioritaires et là où existe une forte présence de population musulmane, avec en toile de fond des troubles qui sont majoritairement le fait d'un «islam rigoriste voire radical», mais aussi de la radicalisation d’autres courants religieux, «catholiques intégristes», «évangéliques et juifs orthodoxes» Il met donc en lumière les failles du respect du principe de laïcité dans certains territoires. Un diagnostic qui devrait inspirer au Président de la République une toute autre posture que celle qu’il affiche vis-à-vis des rapports qu’entretiennent les religions avec la République.
 
D’autant plus que ce rapport arrive en amont d’un plan de lutte contre la radicalisation du gouvernement plein de bonnes intentions et de propositions, publié le 23 février dernier, qui parle de développer un « contre-discours » et de « prémunir les esprits contre la radicalisation », de formation de tous les acteurs de terrains qui peuvent y jouer un rôle... Pour autant, on n’y trouve rien de clair sur le contenu de ce contre-discours, et comme Gilles Clavreul le souligne au début de son rapport : « Force est de constater qu’il n’y a pas de consensus sur la définition et la portée de la laïcité, » Il ajoute même que la dynamique de ces dernières années en a été affectée et que les valeurs de la République sont en recul sur notre territoire. Ce qui devrait attirer de façon sérieuse l’attention du Président de la République, d’autant plus au regard d’une évolution qui veut que nous soyons passés en quelques années, d’un millier de radicalisés à environ 20.000 selon les chiffres de ce Plan de prévention de la radicalisation. Aussi, ce qui fait principalement problème, c’est bien cette absence de définition claire de ce dont l’Etat et les partenaires associés à cette démarche de prévention de la radicalisation, entendent défendre comme contenu et sens. Définir cela donnerait déjà une indication sur les intentions du chef de l’Etat.
 
Notre Président ne cesse de donner des signaux brouillés à notre société et « quand c’est flou, c’est qu’il y a un loup » dirait quelqu’un. Il y a mille canaux par lesquels on se fait subventionner par l’argent public pour faire du prosélytisme, comme ce cas d’une association de vacances se faisant financer par des bons Caf donnés aux familles modestes, qui a été repérée comme proposant des séjours à caractère religieux et prosélyte. Mais quels moyens existent aujourd’hui de contrer ce genre de dérive, sinon en s’y attaquant par la loi ? Il existe tout un milieu associatifs pseudo-culturel et en réalité cultuel, oeuvrant à la radicalisation religieuse, qui n’a pas pour l’instant à être inquiet et peut compter sur cette zone grise, qui va avec le flou du discours, qui lui laisse largement les mains libres.

 
Commentaires

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  • Par Citoyen-libre - 27/03/2018 - 09:23 - Signaler un abus Ignoble

    Aller dire en Algérie que la "colonisation" est un crime contre l'humanité, reste une phrase impardonnable. C'est une faute impardonnable, c'est pire que la collaboration, c'est une traitrise. Abjecte. Sur ce plan, on ne peut plus rien attendre de ce gouvernement.

  • Par lasenorita - 27/03/2018 - 09:55 - Signaler un abus Complaisance des gauchistes envers les terroristes islamiques.

    Citoyen-libre...Macron a ,peut-être,obtenu de ''l'argent sale'' du F.L.N. pour dire cette phrase...et les égorgeurs du F.L.N. lui ont promis que les Franco-Algériens(très nombreux en France) voteraient pour lui! Hollande avait, lui aussi, fait ''un pacte'' avec les lâches et les barbares du F.L.N. voir le livre: ''Paris-Alger Une Histoire passionnelle'' (de Christophe Dubois et de Marie-Christine Tabet)..les gauchistes ont intérêt à faire entrer, dans notre pays, beaucoup de terroristes musulmans parce que les musulmans votent ''à gauche'' et Macron...La loi pour la déchéance de la nationalité française pour les bi-nationaux délinquants n'a pas été votée à cause des socialistes voir le lien https://fr.wikipedia.org/wiki/Déchéance_de_la_nationalité_française et nous sommes ''obligés'' de garder tous ces terroristes musulmans,chez nous,à cause des gauchos-islamos-collabos...ces gauchos qui ont ''aidé'' les felouzes à tuer nos soldats et des ''civils innocents''...

  • Par Atlante13 - 27/03/2018 - 10:33 - Signaler un abus Macron n'est qu'une mascarade,

    il n'a ni convictions ni grandeur d'esprit, il n'a que l'ambition dévorante d'une jeunesse desoeuvrée. Il fait, ou fait faire de beaux discours, mais n'a aucune consistance dans l'action, et restant toujours dans l'obscurité coupable des rencontres à huis clos, il se permet des 180° sans scrupules. Il n'est que l'acteur d'un Théâtre des ombres. Le réveil sera sanglant.

  • Par padam - 27/03/2018 - 11:50 - Signaler un abus @Atlante13

    Tout à fait d'accord avec votre analyse du personnage, "le maître de l'Elysée", pour parodier les journaleux affidés et subventionnés. Opportunisme nourri d'un subtil mélange de nihilisme et de relativisme, bien en phase avec son époque. Bref, rien à en attendre...

  • Par cloette - 27/03/2018 - 12:30 - Signaler un abus Stupéfiant

    Des Français partent pour la Syrie et s'enrôlent chez Daech, et le pouvoir continue à berner le peuple par pur cynisme et calcul électoral .

  • Par zen-gzr-28 - 27/03/2018 - 13:18 - Signaler un abus Déni, aveuglement ou choix délibéré

    de nos élites françaises et européennes ? Que d'enfumage !

  • Par jurgio - 27/03/2018 - 15:12 - Signaler un abus Une France nue et désarmée

    Aucun politique français ne semble capable aujourd'hui d'apprendre ce qui n'est pas du programme des écoles, avec le préalable que les idées venues du peuple ne peuvent être que mauvaises. Toujours cette prétention de pouvoir finalement gouverner des populations qui n'ont d'autre but que d'avoir leur propre gouvernance ! Nous n'avons vu pour l'instant que les vapeurs violentes d'une masse tiède qui ne se refroidit pas. Les précautions et les réparations multipliées vont nous coûter cher sans espoir de grands résultats. Nous avions un sentiment religieux pérenne qui avait construit et stabilisait le pays et qui aurait été aujourd'hui le seul rempart possible contre les sectes souterraines et nocives.

  • Par vangog - 27/03/2018 - 22:19 - Signaler un abus Les « solutions » de Gilles Clavreul sont une vaste foutaise!

    La laïcité est un piège, qui condamnera les derniers Chrétiens résistants au silence, mais ne réussira pas à faire bouger les islamistes. Ceux-ci se nourrissent de la faiblesse de l’occident chretien, et les compromissions sont leur lot quotidien...Macron-Rothschild est un President « parfait » pour ces radicaux, car il incarne totalement cette faiblesse, cette incapacité à trancher, à faire des choix. Son parcours politique louvoyant, comme sa vie sentimentale et ses réformettes sans vision démontrent la nature trouble du personnage...vous en avez encore pour quatre an de « en même temps »...et les islamistes qui ont choisi la France gauchistes, plus faible et masochiste entre tous les pays occidentaux, auront le sadisme et la patience d’attendre...

  • Par Semper Fi - 28/03/2018 - 07:55 - Signaler un abus @vangog

    Rien à ajouter... sinon que nous avons la montre et eux (les islamistes) le temps !

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Guylain Chevrier

Guylain Chevrier est docteur en histoire, enseignant , formateur et consultant.

Il est membre du groupe de réflexion sur la laïcité auprès du Haut conseil à l’intégration.

Dernier ouvrage : LAÏCITÉ, ÉMANCIPATION ET TRAVAIL SOCIAL
 
L’Harmattan, Sous la direction de Guylain Chevrier, Les Ecrits de BUC Ressources SOCIOLOGIE TRAVAIL SOCIAL, juillet 2017, 270 pages.

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